Dans le bouddhisme,
ce n'est pas la connaissance ni la mémoire qui comptent, mais la compréhension
un entretien avec le vénérable Walpola Rahula
Quelle est votre impression sur le développement du bouddhisme en Occident?
Je
ne crois pas qu'il y ait jamais eu beaucoup de bouddhistes, même dans
des pays traditionnellement bouddhistes, comme l'Inde ou le Sri Lanka.
Pas même en Inde, du temps du Bouddha, parmi ses disciples, dont
beaucoup n'avaient pas compris son enseignement. Aujourd'hui, c'est la
même chose. On ne peut pas avoir la compréhension d'une vérité par une
technique. La pratique n'est pas suffisante pour atteindre la
réalisation. Dans les textes bouddhiques, il est question d'un homme
qui n'avait encore jamais rencontré le Bouddha, n'avait donc jamais
pratiqué. Il l'écouta et comprit la réalité.
Mais
que pensez-vous des moyens enseignés pour guider vers cette
réalisation, comme vipassana ou samatha ? Il s'agit bien de techniques
qui incorporent des postures physiques et des exercices mentaux...
Tout cela est surtout intéressant pour les gens qui ne peuvent pas faire autrement !
Alors, quelle voie conseillez-vous ?
Aucune.
Si vous conseillez une voie, une technique, c'est fini. Dans la
méditation vipassana, il n'y a pas de technique. Vous êtes conscient de
toutes vos actions. Non pas une heure ou deux, mais toute la vie, en
toute circonstance.
Ma question était aussi de savoir s'il y avait une différence de compréhension entre les Orientaux et les Occidentaux.
Il
n' y en a aucune. Dans l'enseignement du Bouddha, les soutras, les
tantras... Pas les tantras, Tout est venu après le Bouddha. Tous les
"yanas" : Vajrayana, Mahayana, Hinayana, Theravada, etc., sont
postérieurs au Bouddha. Ils ont été développés par les maîtres
bouddhistes, comme les pères de l'Eglise l'ont fait pour le
christianisme. Non sans erreur par rapport à l'enseignement originel.
Votre réponse laisserait penser que tous ceux qui s'engagent dans une pratique bouddhiste sont dans l'erreur...
L'erreur
est de s'attacher à la forme. Si vous avez la vérité dans votre main,
c'est fini. Je pense que cela renvoie à l'essence de la vérité. La
vérité n'est pas quelque chose que l'on peut trouver. Elle n'est pas
exprimable par le langage.
Pourtant, il faut des étapes pour conduire la conscience à cette réalisation...
Quelles
vies, quelles étapes ? Le Bouddha l'a dit : il n'y a pas de chemin. Un
brahmane avait une fille très belle et il vint proposer au Bouddha de
l'épouser. Celui-ci refusa, déclarant qu'il ne voudrait pas même lui
toucher le pied. Le brahmane lui demanda alors par quel moyen il avait
obtenu ce degré de compréhension. Il a dit: non par une pratique ni par
quelque manière ou chose, mais sans ces choses. C'est-à-dire: vous
pratiquez, mais vous n'êtes pas esclave de la pratique.
Que
pensez-vous de l'ego et des émotions perturbatrices? Si la personne
n'est pas guidée correctement, comment peut-elle atteindre la
réalisation?
Dans
le bouddhisme, ce n'est pas la connaissance ni la mémoire qui comptent,
mais la compréhension et non pas celle qui repose sur la mémoire. La
connaissance du Dharma, c'est la mémoire, et ce n'est rien du tout. Ce
n'est qu'un processus. La compréhension de la vérité n'est pas mémoire.
On ne peut pas oublier la vérité et, dans la vérité, il n'y a rien à se
souvenir. Après son Ilumination, le Bouddha a insisté là-dessus : il y
a la vision, c'est tout. Si vous voyez une fleur, vous la voyez, c'est
tout. Il n'y a là rien de mauvais. Mais tout vient après, quand vous
réfléchissez sur cela.
Les
techniques du Vajrayana qui me sont un peu plus familières, amènent la
conscience actuelle dans un état de non-saisie de l'expérience.
Certains maîtres enseignent ces techniques pour faire comprendre cette
vérité où rien n'est ajouté.
Il s'agit bien, alors, d'un chemin. Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui veulent atteindre cette vérité?
Il n'y a pas de conseil à donner, sinon, c'est le chemin.
Les
enseignants du Dharma vont bientôt se réunir à Karma-Ling pour
envisager les différentes formes que prend le bouddhisme en Occident.
Ce sujet préoccupe beaucoup les personnes engagées dans le Dharma...
Cette
situation n'est pas nouvelle. Dans le passé, des concertations ont déjà
cu lieu entre des grands bodhisattvas, des sravakas et des pratiekas
bouddhas, etc. Ils ont débattu de ce qu'est la réalité. Si je me
rappelle bien, il y a trente-deux définitions., Chacun a donné la
sienne. A la fin, pour conclure, le grand bodhisattva a répondu par un
grand silence car, dès qu'il y a des mots, il y a dualité. C'est une
très belle histoire !
Le
développement du bouddhisme en Asie a été très lent. En Occident,
actuellement, ce processus est très rapide. D'où le questionnement des
enseignants du Dharma: que faut-il faire et ne pas faire? Quelles
erreurs éviter? A vous entendre, toutes les possibilités sont
offertes...
En
Occident, le bouddhisme n'est pas encore établi. Je parle de l'aspect
institutionnel, non de la vérité. Ici, les aspects matériels et
techniques sont très développés, mais pas la connaissance de l'esprit.
Votre grand philosophe Descartes a dit: "Je pense, donc, je suis."
Cette proposition n'est pas logique. Selon le bouddhisme, il n'y a pas
de moi ni de pensée, il y a seulement action, mais personne derrière.
L'eau coule, mais il n'y a personne qui fait couler l'eau.
publié dans Terre d'Eveil

Qu'est
ce, O bhikkhus, que la Noble Vérité de la Voie
menant
à la Cessation de la Souffrance ?
C'est
la Noble Voie à huit branches, à savoir:
Compréhension
Juste,
Pensée
Juste,
Parole
Juste,
Action
Juste,
Moyens
d'existence Justes,
Effort
Juste,
Attention
Juste,
Concentration
Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que la Compréhension Juste ?
O
bhikkhus, c'est la compréhension de la souffrance,
la
compréhension de l'Origine de la souffrance,
la
compréhension de la Cessation de la souffrance,
la
compréhension de la Voie menant à la Cessation de la
souffrance;
cela
est appelé la compréhension de la souffrance.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que la Pensée Juste ?
La
pensée libre de désir,
la
pensée libre de malveillance,
la
pensée libre de cruauté,
cela
est appelé la Pensée Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que la Parole Juste ?
S'abstenir
de dire des paroles fausses,
s'abstenir
de colporter des histoires,
s'abstenir
de prononcer des paroles dures,
s'abstenir
de bavardages,
cela
est appelé la Parole Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que l'Action Juste ?
S'abstenir
d'ôter la vie,
s'abstenir
de prendre ce qui n'est pas donné,
s'abstenir
de mauvais comportement envers les plaisirs sensuels (adultère...),
cela
est appelé l'Action Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que les Moyens d'existence Justes ?
Quand
le Noble Disciple, évitant un mauvais moyen d'existence
subvient
à ses besoins par un bon moyen d'existence,
cela
est appelé le Moyen d'existence Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que l'Effort Juste ?
Voici
un bhikkhu, face à quelque chose de mal et de non salutaire
qui n'est pas encore apparu,
il
élève sa volonté, fait un effort, secoue son
énergie, y applique son esprit et lutte.
Face
à quelque chose de mal et de non salutaire qui est apparu,
il
élève sa volonté, fait un effort, secoue son
énergie, y applique son esprit et lutte.
Face
à quelque chose de salutaire qui n'est pas encore apparu,
il
éveille sa volonté, fait un effort, secoue son énergie,
y applique son esprit et lutte.
Face
à quelque chose de salutaire qui est apparu, pour le maintenir
et ne pas le négliger,
pour
le développer, l'amener à pleine maturité, le
faire grandir,
il
éveille sa volonté, fait un effort, secoue son énergie,
y applique son esprit et lutte.
Cela
est appelé l'Effort Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que l'Attention Juste ?
Voici
O bhikkhus, un bhikkhu demeure dans la contemplation du corps sur le
corps,
ardent,
avec claire compréhension, observant attentivement
et
ayant écarté la convoitise et les soucis envers le
monde.
Il
demeure dans la contemplation des sensations sur les sensations,
ardent,
avec claire compréhension, observant attentivement
et
ayant écarté la convoitise et les soucis envers le
monde.
Il
demeure dans la contemplation de l'esprit sur l'esprit,
ardent,
avec claire compréhension, observant attentivement
et
ayant écarté la convoitise et les soucis envers le
monde.
Il
demeure dans la contemplation des objets mentaux sur les objets
mentaux,
ardent,
avec claire compréhension, observant attentivement
et
ayant écarté la convoitise et les soucis envers le
monde.
Cela
est appelé l'Attention Juste.
Qu'est-ce,
O bhikkhus, que la Concentration Juste ?
Voici,
O bhikkhus, un bhikkhu:
Détaché
des plaisirs sensuels grossiers, détaché des choses non
salutaires,
avec
pensée appliquée à un objet (vitakka) et pensée
analysant cet objet (vicâra),
avec
la joie (pîti) et le bonheur (sukha) né de cette
discrimination,
il
entre dans la première absorption et y demeure.
Lorsque
la pensée appliquée à un objet (vitakka) et la
pensée analysant cet objet (vicâra) se sont calmées,
et
que intérieurement l'esprit est tranquilisé et unifié,
il
entre dans un état libre de pensée appliquée et
de pensée analytique,
avec
le ravissement (pîti) et le bonheur (sukha) né de cette
composition de l'esprit;
ainsi
il entre dans la deuxième absorption et y demeure.
Avec
le détachement du ravissement, il demeure dans l'équanimité,
attentif
et clairement conscient, éprouvant dans son corps ce bien-être
dont les Nobles disent: '
équanime
et attentif, il demeure dans le bonheur';
ainsi
il entre dans la troisième absorption et y demeure.
Ayant
abandonné le bonheur,
ayant
abandonné la douleur,
ayant
résorbé le plaisir et la peine précédente,
il
se trouve dans un état au-delà du plaisir et de la
souffrance,
purifié
par l'équanimité et l'attention;
ainsi
il entre dans la quatrième absorption et y demeure.
Cela
est appelé la Concentration Juste.
Ceci,
O bhikkus, est la Noble Vérité de la Voie menant à
la Cessation de la Souffrance.
Ainsi
il demeure contemplant les objets mentaux sur les objets mentaux
intérieurement.
Ainsi
il demeure contemplant les objets mentaux sur les objets mentaux
extérieurement.
Ainsi
il demeure contemplant les objets mentaux sur les objets mentaux
intérieurement et extérieurement.
Il
demeure contemplant l'apparition des objets mentaux,
Il
demeure contemplant la disparition des objets mentaux,
Il
demeure contemplant l'apparition et la disparition objets mentaux.
La
conscience: " Voilà des objets mentaux" est établie
en lui dans la simple mesure nécessaire à la
connaissance et à l'observation attentive. Ainsi il demeure
libéré, ne s'attachant à rien dans le monde.
Mahasatipatthana
sutta


