les enseignements d'Ajahn Chah
Pourquoi
sommes nous ici
Notre
vraie demeure
Pourquoi
sommes-nous ici ?
Un exposé donné dans un
monastère de forêt retiré, Tum Saeng Pet,
dans
le Nord-est de la Thaïlande en septembre 1981.
Cet exposé
est l'un des tout derniers que Luang Por donna
avant de perdre
définitivement l'usage de la parole.
Aujourd'hui
vous êtes venus tous - aussi bien laïcs que moines -
offrir des fleurs en signe de révérence. Faire des
offrandes et montrer du respect à nos aînés est
une bonne chose. Durant cette retraite de la Saison des Pluies, je
n'ai pas beaucoup d'énergie; je ne me sens pas en bonne forme,
c'est pour cela que je suis venu dans cette montagne pour avoir un
peu d'air frais pour mieux passer ces Pluies. Les gens viennent nous
rendre visite mais je ne peux pas vraiment les recevoir comme j'en
avais l'habitude car ma voix et ma respiration arrivent au bout.
C'est un bonheur que ce corps soit encore capable d'être assis
là pour que vous puissiez le voir maintenant. C'est une
bénédiction en soi. Bientôt vous ne le verrez
plus. Le souffle sera au bout, la voix s'en sera allée. Ils
suivent la loi des supports régissant les choses composées.
Le Bouddha appelait cela Khaya vayam, le déclin et la chute de
tous les phénomènes conditionnés.
Comment
déclinent-ils? Nous pouvons comparer cela à un bloc de
glace. Au début, c'était simplement de l'eau; on la
congèle et cela devient de la glace. Bientôt elle se met
à fondre. Prenez un gros bloc de glace, mettons aussi gros que
cet enregistreur ici et mettez-le au soleil. Vous pourrez constater
la disparition de ce bloc de glace de la même manière
que le corps décline. Il va fondre petit à petit. D'ici
peu, le bloc de glace aura disparu, transformé en eau. C'est
cela qu'on appelle Khaya vayam, le déclin et la cessation de
toutes choses composées. Il en a été ainsi
depuis longtemps, depuis le commencement des temps. Lorsque nous
naissons, nous apportons avec nous cette nature inhérente:
nous ne pouvons y échapper. En naissant, nous amenons avec
nous la vieillesse, la maladie et la mort.
C'est
pour cette raison que le Bouddha a parlé de Khaya vayam, le
déclin et la cessation de toutes les choses composées.
Tous ceux d'entre nous qui sommes assis ici dans ce hall, sans
exception - hommes et femmes laïcs, moines et novices - sommes
simplement des "blocs en déclin". En ce moment-même,
le bloc est dur, tout comme le bloc de glace qui était
auparavant de l'eau. Il devient un bloc de glace et ensuite fond de
nouveau. Pouvez-vous voir sa disparition? Regardez-le ce corps qui
est le nôtre décliner chaque jour; les cheveux
grisonnent, les ongles se racornissent. Tout décline.
Vous
n'étiez probablement pas ainsi auparavant, n'est-ce pas? Vous
étiez probablement beaucoup plus petit. Maintenant vous avez
grandi et mûri. A partir de maintenant, vous allez décliner
en suivant la voie de la nature. On décline, tout comme le
bloc de glace. Bientôt tout aura disparu: le bloc de glace sera
devenu de l'eau. Il en va de même avec notre corps. Tous les
corps sont composés des éléments terre, eau, air
et feu. Quand il y a un corps, les quatre éléments
terre, eau, air et feu se mettent ensemble et nous appelons cela une
"personne". Cela excite fortement notre intérêt
et nous appelons ceci un homme et cela une femme; nous leur donnons
des noms -Monsieur Untel, Mademoiselle Untel - de sorte que nous
puissions les identifier et remplir nos fonctions plus facilement.
Mais à vrai dire, il n'y a personne ici. Il y a de la terre,
de l'eau, de l'air et du feu. Quand il se rencontrent tous à
la fois dans un corps, nous appelons cela une "personne".
Maintenant ne vous montez pas la tête. Si vous regardez
vraiment bien à l'intérieur de ce corps, il n'y a
personne.
Ce
qui est solide, c'est le corps - la chair, la peau, les os, etc. - on
appelle cela terre. Les aspects du corps qui sont liquides sont
l'élément eau. L'aspect chaleur dans le corps est
appelé feu et les souffles qui entrent et qui sortent du corps
sont l'élément vent.
A
Wat Pah Pong, nous avons un corps qui n'est ni mâle ni femelle.
C'est un corps mort dont la chair a été retirée
et dont ne subsistent que les os. C'est le squelette qui est suspendu
dans le hall principal. En le regardant, on ne peut dire si c'est
celui d'un homme ou d'une femme. Les gens demandent si c'est un homme
ou une femme et tout ce qu'ils peuvent faire, c'est se regarder
déconcertés les uns les autres parce que c'est
seulement un squelette. Toute la peau et la chair ont disparu.
Les
gens ne se rendent pas compte. Ils vont à Wat Pah Pong, ils
vont dans le hall principal et voient le squelette ... Certains ne
supportent pas de regarder et courent à l'extérieur.
Ils ont peur... peur d'eux-mêmes! J'imagine que ces gens ne se
sont jamais vus auparavant. Ils ont peur de squelettes ... Ils ne
réfléchissent pas à la grande valeur que peut
avoir un squelette. Pour venir ici, ils ont dû prendre la
voiture et marcher ... s'ils n'avaient pas eu de squelette, comment
auraient-ils pu le faire Ils s'asseyent
dans leur voiture et vont à Wat Pah Pong, marchent dans le
hall, voient le squelette et ressortent à nouveau en courant!
Ils n'ont jamais vu cela auparavant. Ils sont nés avec et
pourtant ils ne l'ont jamais vu. Ils dorment avec lui dans le même
lit et pourtant ils ne l'ont jamais vu. C'est vraiment heureux qu'ils
aient une chance de le voir maintenant. Des gens de 50, 60 ou même
70 ans voient des squelettes et sont effrayés. Qu'est-ce que
cela signifie? Cela montre qu'ils ne sont pas en contact avec
eux-mêmes, ils ne se connaissent pas vraiment. De retour à
la maison, ils ne peuvent dormir pendant trois ou quatre jours et
pourtant ils dorment avec un squelette, rien d'autre! Ils s'habillent
avec lui, mangent avec lui, font tout avec lui... et pourtant ils en
sont effrayés. Cela montre que les gens sont vraiment éloignés
d'eux-mêmes. Quel dommage! Ils regardent toujours au-dehors,
ils regardent les arbres et d'autres choses, disant: ceci est grand,
ceci est petit, ceci haut, ceci court. Ils sont tellement occupés
à regarder d'autres choses qu'ils ne se voient jamais
eux-mêmes. Pour dire vrai, les gens sont vraiment à
plaindre. Ils n'ont pas de refuge.
Lors
des cérémonies d'ordination, ceux qui vont être
ordonnés doivent apprendre les cinq objets de base de la
méditation: kesa (les cheveux), loma (les poils), nakha (les
ongles), danta (les dents) et taco (la peau). Les étudiants et
les gens instruits rient probablement sous cape quand ils entendent
ceci: "Mais qu'est-ce que Tahn Ajahn cherche à nous
enseigner là? Il nous parle des cheveux alors qu'on en a
depuis longtemps. Il n'a pas besoin de nous enseigner cela. On
connaît déjà cela. Pourquoi donc se donne-t-il
tant de peine pour nous raconter quelque chose que nous sachions
déjà?" Les gens qui sont vraiment endormis pensent
ainsi, ils croient qu'ils peuvent déjà voir les
cheveux. Je leur réponds que lorsque je dis "voir les
cheveux", cela veut dire les voir tels qu'ils sont vraiment,
voir les poils du corps comme ils sont réellement, voir les
ongles, la peau et les dents comme ils sont en réalité.
C'est ce que j'appelle "voir". Cela ne veut pas dire
seulement voir de manière superficielle, mais voir selon la
vérité. Nous ne serions probablement pas aussi absorbés
dans ce monde si nous pouvions voir les choses telles qu'elles sont
vraiment. Les poils, les ongles, les dents, la peau... A quoi
ressemblent-ils vraiment Ont-ils une
existence réelle ... Non . IL N'Y A RIEN DE
TEL. Ils ne sont pas beaux mais nous les imaginons ainsi. Ils n'ont
pas de substance réelle mais nous imaginons qu'ils en ont.
Les
cheveux, les ongles, les dents, la peau... les gens tiennent vraiment
à cela. Le Bouddha en a fait des objets de base pour méditer.
Il nous a appris à connaître ces cinq choses. Elles sont
impermanentes, imparfaites et dénuées de soi; elles ne
sont ni "nous" ni "elles". Nous sommes nés
avec ces choses et sommes induits en erreur par elles mais elles sont
en vérité des choses qui ne sont pas propres. Supposons
que nous n'ayons pas pris de douche depuis quelques jours,
pourrions-nous supporter d'être proches les uns des autres?
Nous sentirions vraiment mauvais. Lorsque nous transpirons, comme par
exemple quand nous travaillons beaucoup, cela sent mauvais. On rentre
à la maison et on se lave avec du savon et l'odeur du corps
s'atténue un peu; le parfum du savon la remplace. Frotter le
corps avec du savon peut donner l'impression de sentir bon mais à
vrai dire, la mauvaise odeur du corps est toujours là,
sous-jacente. Le parfum du savon la recouvre juste. Lorsque le parfum
du savon a disparu, l'odeur du corps refait surface, comme avant.
Maintenant
on aime penser que nos corps sont beaux, plaisants, solides et forts.
On a tendance à croire qu'ils ne vieilliront jamais ni ne
deviendront malades ni ne mourront. Nous sommes induits en erreur et
charmés par le corps et ainsi nous ne savons pas comment
trouver le vrai refuge en nous-mêmes. Le vrai refuge est le
coeur/mental. Le coeur/mental est notre vrai refuge. Ce hall-ci est
grand mais ce n'est pas un vrai refuge. C'est simplement un refuge
temporaire. Des pigeons s'y mettent à l'abri, des geckos, des
putois. N'importe quel animal peut venir se mettre à l'abri
ici. Nous pouvons penser que cela nous appartient mais cela ne nous
appartient pas. Nous vivons ici ensemble avec les rats et d'autres
animaux encore. C'est ce que nous appelons un "refuge
temporaire". Bientôt nous devrons le quitter. Les gens ont
tendance à prendre ces endroits pour des refuges. Ceux qui ont
de petites maisons sont mécontents parce que leurs maisons
sont trop petites; mais ceux qui ont de grandes maisons sont
mécontents parce qu'il est impossible de les garder propres.
Ils se plaignent le matin, ils se plaignent le soir... Les gens
prennent les choses puis les laissent traîner. Ils ne s'en
séparent jamais. L'épouse à la maison finit par
piquer une crise de nerfs!
C'est
pourquoi le Bouddha dit de trouver notre propre refuge. Ce qui veut
dire trouver notre vrai coeur. Le coeur est vraiment important. La
plupart du temps, les gens ne regardent pas les choses importantes,
ils passent leur temps à regarder des choses sans importance.
Par exemple, quand ils balayent la maison, lavent la vaisselle, etc.,
leur but c'est la propreté. Ils lavent les plats pour les
nettoyer, ils veulent tout nettoyer... mais ils oublient de voir que
leur propre coeur n'est pas vraiment propre. Cela s'appelle "avoir
besoin d'un refuge mais prendre seulement un abri temporaire".
Ils embellissent leur maison, embellissent ceci et cela, mais ils ne
songent pas à embellir leur propre coeur. Ils n'examinent pas
la souffrance. C'est pour cela que ce coeur est la chose importante.
Le Bouddha nous a pressé de trouver un refuge dans nos coeurs:
attahi atano natho - "Faites de vous-mêmes un refuge pour
vous-mêmes". Qui d'autre peut être un refuge? Ce qui
est un vrai refuge c'est notre coeur, rien d'autre. On peut essayer
de dépendre d'autres choses mais ce ne sont pas des choses
sûres. On ne peut dépendre d'autres choses que si l'on a
déjà un refuge en soi. Il nous faut d'abord avoir un
refuge. Avant de pouvoir dépendre d'un maître, d'une
famille, d'amis ou de parents, il faut que l'on fasse de soi un
refuge.
Alors
aujourd'hui, vous tous laïcs et moines qui êtes venus pour
nous rendre visite et présenter vos hommages, recevez s'il
vous plaît cet enseignement et contemplez-le. Demandez-vous:
"Qui suis-je" Demandez-vous souvent:
"Pourquoi suis-je né?" Certaines personnes n'en
savent rien. Elles désirent être heureuses mais la
souffrance n'a pas de fin. Riches ou pauvres, les gens souffrent.
Qu'ils soient jeunes ou vieux, ils souffrent encore. Tout cela c'est
de la souffrance. Et pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas la sagesse.
S'ils sont pauvres, ils sont malheureux parce qu'ils sont pauvres;
s'ils sont riches, ils sont malheureux parce qu'ils sont riches; il y
a trop de choses dont il faut s'occuper.
Dans
le passé, quand j'étais un jeune novice, on m'a demandé
une fois de donner un exposé sur le Dhamma. J'ai parlé
de la richesse d'avoir des domestiques. Supposons que quelqu'un ait
une centaine de domestiques... disons une centaine d'employés
et une centaine d'employées, une centaine d'éléphants,
une centaine de vaches, une centaine de buffles... une centaine de
chaque chose! Les gens gobent vraiment cela. Mais, aimeriez-vous vous
occuper d'une centaine de buffles? Disons que vous ayez une centaine
de buffles, de vaches, de domestiques hommes et de domestiques femmes
et que vous ayez à vous en occuper vous-même. Est-ce que
cela serait agréable? Les gens ne pensent pas à cela.
Ils ont seulement le désir de posséder..., d'avoir les
vaches, les buffles, les éléphants, les domestiques...
des centaines d'entre eux. Cela vaut la peine d'écouter... Ah,
cela vous fait sourire, n'est-ce pas? Pourtant 50 buffles, ce serait
déjà trop! Mais les gens ne pensent pas à cela.
Ils pensent seulement à acquérir mais pas à aux
ennuis que cela comporte.
Si
nous n'avons pas la sagesse, chaque chose à l'intérieur
de nous sera une cause de souffrance. Si nous avons la sagesse, cela
vous conduira hors de la souffrance. Les yeux, les oreilles, le nez,
la langue, le corps, l'esprit... Les yeux ne sont pas nécessairement
une bonne chose, vous savez. Si notre coeur n'est pas bon, le simple
fait de voir d'autres personnes peut nous mettre en colère et
nous ôter le sommeil. Il se peut que nous voyions quelqu'un et
que nous en tombions amoureux; cette sorte d'amour est aussi de la
souffrance si l'on n'obtient pas ce que l'on veut. L'aversion est
souffrance et l'attirance aussi à cause de notre désir.
Vouloir est souffrance, ne pas vouloir est souffrance; nous avons
envie de nous débarrasser des choses que nous n'aimons pas.
Nous désirons acquérir les choses que nous aimons mais
à supposer que nous arrivions à les acquérir,
c'est encore de la souffrance... Nous avons peur de les perdre. C'est
encore de la souffrance. Oui mais comment doit-on vivre alors?
Chacun
d'entre nous devrait bien se regarder lui-même. Pourquoi
sommes-nous nés
J'ai posé la question à des personnes de huitante ans
et plus, à de simples fermiers. Ici à la campagne, les
gens commencent à planter du riz dès leur plus jeune
âge. Quand ils atteignent 17 ou 18 ans, ils se dépêchent
de se marier parce qu'ils ont peur de ne pas avoir assez de temps
pour devenir riches. Ainsi ils commencent à travailler très
jeunes, pensant que c'est ainsi que l'on devient riche. Ils font
pousser du riz, jusqu'à l'âge de 70, 80, voir même
90 ans. Quand ils viennent écouter un exposé, je leur
demande: "Depuis le jour de votre naissance jusqu'à
maintenant vous avez été en train de travailler.
Maintenant que c'est presque le moment de mourir, avez-vous quelque
chose à emmener avec vous?" Ils ne savent pas quoi
répondre. Tout ce qu'ils peuvent dire c'est "Cela me
dépasse! Cela me dépasse!" Dans cette région,
nous avons un proverbe qui dit: "Ne perdez pas votre temps à
cueillir des baies sur le chemin. Avant que vous ne vous en soyez
rendus compte, la nuit sera tombée." Juste à cause
de ce "Cela me dépasse!" Ils ne sont ni ici ni
là-bas, se contentant d'un "Cela me dépasse!"
Assis au milieu des branches, se gorgeant de baies... "Cela me
dépasse!" "Cela me dépasse!"
Quand
on est encore jeune, on pense que ce n'est pas bien de rester
célibataire et que cela vaudrait mieux de se trouver un
partenaire. Alors vous vous trouvez un partenaire pour partager votre
vie. Mais si vous mettez deux choses ensemble, elles se heurtent.
Vivre seul c'est trop tranquille, on se sent seul mais vivre à
deux, cela donne des frictions...
Quand
les enfants naissent et qu'ils sont encore petits, les parents
pensent: "Quand ils seront grands, nous serons tranquilles".
Alors ils élèvent leurs enfants, trois, quatre, cinq,
pensant que quand leurs enfants seront grands, ils seront dans une
meilleure situation. Mais quand ils sont grands, c'est même
encore plus difficile. C'est comme deux morceaux de bois, un petit et
un gros. Vous jetez le petit et vous prenez le gros, pensant qu'il
est moins lourd mais naturellement il est plus lourd que l'autre.
Quand les enfants sont petits, ils ne vous coûtent pas
grand-chose en réalité - juste un peu de riz et une
banane de temps à autre. Quand ils grandissent, ils commencent
à vouloir une moto ou une voiture. Bien sûr, vous aimez
vos enfants, vous ne pouvez rien leur refuser, alors vous leur donnez
ce qu'ils désirent. Il y a des problèmes. Parfois le
père et la mère se disputent: "Ne lui achète
pas une voiture, nous n'avons pas assez d'argent!" Mais quand
vous aimez vos enfants, vous allez emprunter de l'argent. Parfois
vous allez même vous priver de nourriture. Ensuite il y a
l'éducation des enfants. "Quand il finira ses études,
nous serons tranquilles." Il n'y a pas de fin aux études!
Quand va-t-il finir? Il n'y a pas de fin. Seulement dans le
Bouddhisme il y a une fin, toutes les sciences tournent en rond. A la
fin c'est un vrai casse-tête. Si quatre ou cinq enfants
étudient en même temps dans une famille, les parents se
disputent tous les jours.
Nous
n'arrivons pas à voir la souffrance qui se prépare pour
le futur; nous pensons qu'elle ne se produira jamais. Quand elle
apparaît, alors nous savons. Cette sorte de souffrance, la
souffrance inhérente à nos corps est difficile à
prévoir. Lorsque j'étais enfant, m'occupant des buffles
et des vaches, je prenais du charbon et j'en frottais mes dents pour
les blanchir. J'étais séduit par mes propres os, c'est
tout. Lorsque j'ai atteint 50 - 60 ans, mes dents ont commencé
à branler. Quand les dents commencent à tomber, vous
avez envie de pleurer tellement cela fait mal. Quand vous mangez, les
larmes commencent à couler - vous avez l'impression qu'on vous
donne un coup de pied dans la bouche. Les dents font vraiment mal,
c'est beaucoup de souffrance et de douleur. J'ai déjà
passé par cette épreuve; j'ai carrément demandé
au dentiste de m'enlever toutes mes dents. Maintenant j'ai un
dentier. Mes vraies dents me causaient tant de problèmes que
je les ai fait arracher, seize à la fois. Le dentiste ne
voulait pas les enlever les seize à la fois, alors je lui ai
dit: "Docteur, enlevez-les simplement, j'en supporterai les
conséquences." Alors il les a toutes arrachées, à
la fois. Il y en avait qui étaient encore bonnes, en tous cas
cinq d'entre elles. Il les a toutes arrachées. C'était
risqué. Après cette extraction, je n'ai pas pu manger
pendant deux ou trois jours.
Dans
le passé, quand j'étais enfant et que je gardais les
buffles, je pensais que c'était bien de se polir les dents.
J'aimais mes dents. Je pensais qu'elles étaient bonnes mais à
la fin, elles sont quand même tombées. La douleur m'a
presque tué. J'ai eu des maux de dents pendant des mois, des
années. Parfois mes gencives étaient ouvertes les deux
à la fois. Vous aurez tous l'occasion d'expérimenter
cela un jour. Ceux dont les dents sont encore bonnes, qui les
brossent constamment pour les garder belles et blanches - prenez
garde! Faites attention qu'elles ne vous fassent pas souffrir plus
tard.
Maintenant,
je vous raconte cela. Il se peut que vous viviez cela un jour - la
souffrance qui monte en nous, la souffrance à l'intérieur
de notre propre corps. Il n'y a rien dans ce corps dont nous
puissions dépendre. Mais la situation est un peu meilleure
quand on est encore jeune. En vieillissant, les choses commencent à
se délabrer. Tout commence à s'effondrer de tous les
côtés. Les sankharas (phénomènes composés)
suivent leurs cours naturel. Que nous pleurions ou que nous riions,
ils continuent selon leur voie. Ils vont leur chemin sans se soucier
le moins du monde de l'impression que nous pouvons avoir à
leur sujet. Que nous soyons dans la douleur ou la détresse,
que nous soyons vivants ou morts, ils continuent de toutes façons.
Vous allez chez le dentiste pour qu'il examine vos dents; même
s'il peut les soigner, elles suivent quand même le cours de
leur évolution. Parfois même le dentiste se trouve
devant le même problème, il ne peut rien faire de plus.
A la fin, tout s'effondre.
Ce
sont des choses à contempler avec un sens de l'urgence; tant
que nous sommes encore vigoureux, nous devrions commencer à
pratiquer. Si vous voulez acquérir des mérites, alors
dépêchez-vous de vous y mettre. Mais la plupart des gens
laissent cela aux gens d'un certain âge. Les gens attendent
d'être âgés avant d'aller au monastère
étudier le Dhamma. Les hommes et les femmes sont pareils:
"Attends que je devienne vieux en premier." Je ne sais pas
à quoi ils pensent. Est-ce qu'une personne âgée a
encore de l'énergie? Mesurez-vous à la course avec
quelqu'un de jeune et voyez pour vous-mêmes. Pourquoi attendre
d'être vieux? Comme s'ils n'allaient jamais mourir ! Quand ils
atteignent 50 ou 60 ans, ils disent: "Hé, grand-mère!
Allons au monastère." "Oh, mes oreilles n'entendent
plus très bien!" Vous voyez? Quand ses oreilles
fonctionnaient bien, qu'écoutait-elle? "Cela me dépasse!"
Juste perdre son temps à cueillir des baies. Finalement quand
ses oreilles n'entendent plus, elle va au monastère. C'est
sans espoir. Elle écoute l'exposé mais n'a pas idée
de ce qui se dit. Les gens attendent d'être usés jusqu'à
la corde avant de songer à pratiquer.
Dans
le passé, mes jambes pouvaient courir. Maintenant rien que de
me promener par là les rend lourdes. Avant, mes jambes me
portaient; maintenant je dois les porter. Quand j'étais
enfant, je voyais de vieilles gens se lever de leurs sièges en
disant "ouille!", s'asseoir en disant "ouille!".
Même quand les choses en arrivent là, ces personnes
n'apprennent toujours pas. En s'asseyant, elles disent "ouille!",
en se levant "ouille!". Il y a toujours ce "ouille!".
Mais elles ne savent pas ce qui leur fait dire "ouille!"
comme cela. Il n'y a que "ouille! ... ouille!".
Même
quand les choses en arrivent là, les gens ne voient toujours
pas le fléau qu'est le corps. Nous ne savons jamais quand nous
en serons séparés. Ce qui nous cause toute cette
douleur, ce sont simplement les sankharas (phénomènes
conditionnés) qui suivent leur cours naturel. Les gens pensent
qu'il s'agit de rhumatismes, d'arthrite, de goutte, etc. Le docteur
vient et vous donne un médicament mais la douleur ne s'en va
jamais vraiment. A la fin, tout s'écroule, même le
docteur! Ce sont les sankharas qui suivent leur déclin selon
leur nature. C'est leur manière d'être, leur nature.
Par
conséquent, frères et soeurs, regardez bien. Si vous
voyez cela à l'avance, tout se passera bien pour vous, comme
de voir à temps un serpent venimeux qui se trouve devant nous.
Si nous le voyons à temps, alors nous pouvons nous écarter
de son chemin et il ne nous mordra pas. Si nous ne le voyons pas,
nous continuerons à marcher droit sur lui et nous lui
marcherons dessus. Et alors il nous mordra. Ensuite survient la
douleur et nous ne savons pas vers qui aller. Où irez-vous
pour vous faire soigner cela? La seule chose que les gens veulent
c'est de ne pas avoir à souffrir. Ils veulent être sans
souffrance, mais ils ne savent pas comment soigner cette souffrance
quand elle survient. Et ils vivent ainsi jusqu'à ce qu'ils
deviennent vieux, malades, et meurent.
Autrefois,
on avait cette coutume: lorsque quelqu'un était sur son lit de
mort, l'un de ses plus proches parents allait doucement vers lui et
lui murmurait à l'oreille "Buddho Buddho". Que va
faire cette personne avec "Buddho"? Quand une personne se
trouve presque sur le bûcher funéraire, à quoi
peut bien lui servir "Buddho" ?. Maintenant, avec une
respiration haletante, vous dites "Maman, maman! ... Buddho
Buddho". Pourquoi perdre votre temps? Ne la troublez pas, vous
ne feriez que la rendre confuse: laissez cette personne s'en aller
paisiblement.
Les
gens aiment bien les débuts et les fins. Ils ne se soucient
pas vraiment du milieu. C'est ainsi qu'ils sont. Tous nous sommes
ainsi, laïcs, moines, novices... ils ne savent pas comment
résoudre les problèmes dans leur coeur. Ils ne
connaissent pas leur refuge. Alors ils se mettent facilement en
colère, ils ont beaucoup de désirs. Pourquoi cela? Ils
n'ont pas de refuge dans le coeur.
Les
couples mariés, quand ils sont encore jeunes et en bonne santé
supportent assez bien de se parler. Mais après 50 ans, ils ne
se comprennent plus. La femme parle et le mari ne peut pas le
supporter. Le mari parle et la femme n'écoute pas. Alors ils
se tournent le dos. L'un favorise le fils, l'autre la fille; il n'y a
pas d'harmonie.
Maintenant
j'aimerais juste dire cela: en effet je n'ai pas fondé de
famille. Et pourquoi ne me suis-je pas mis en ménage? Parce
que dans le mot "household" il y a "maison" et
"lien", je savais de quoi il s'agissait. Qu'est-ce qu'un
ménage? C'est un "lien": si nous sommes
confortablement assis ici et que quelqu'un surgisse brusquement et
vienne nous ligoter, quel effet cela fait-il? D'être assis
normalement ne pose pas de problème mais si nous nous laissons
enfermer par quelque chose, cela s'appelle "être pris au
piège". A quoi que cela puisse ressembler, "la
fixation" ressemble à cela. C'est un cercle vicieux.
Quand j'ai lu ce mot "household"... ah! c'est un mot lourd
de sens. Ce n'est pas une bagatelle. C'est un mot qui tue. Le mot
"hold" est un mot désignant une souffrance. On ne
peut s'échapper nulle part, on tourne en rond.
C'est
à cause de ce mot que je suis devenu moine et que je n'ai pas
défroqué. "Household" est effrayant. On est
cloué au sol et on ne peut aller nulle part. Il y a des
problèmes avec les enfants, avec l'argent et tout le reste,
mais où peut-on aller? On est pieds et poings liés. Il
y a des fils et des filles - des discussions sans fin jusqu'à
notre dernier jour et on ne peut aller nulle part, peut importe
combien nous souffrons. Les larmes coulent et elles continuent à
couler. Les larmes n'ont jamais fini de couler avec ce mot "ménage",
vous savez. S'il n'y a pas de "ménage", alors
peut-être qu'on peut en finir avec les larmes, mais sinon il
est à peu près impossible d'y mettre fin.
Considérez
bien cette chose. Si vous n'avez pas encore vécu cela, il se
peut que vous le viviez plus tard - certaines personnes l'ont
peut-être déjà expérimenté à
un certain degré. D'autres sont déjà à
bout de forces: "Resterai-je ou partirai-je?"
A
Wat Pah Pong, il y a environ 70 à 80 huttes. Parfois quand
elles sont toutes occupées, je dis: "Gardez-en
quelques-unes de libre. Peut-être qu'un mari ou une femme a une
scène de ménage et viendra pour trouver un endroit où
demeurer." C'est sûr, ils viendront ici! Une dame arrive
avec ses bagages. Je lui demande: "D'où venez-vous?"
"Je suis venue pour présenter mes hommages, Luang Por.
J'en ai assez du monde." "Whao! Ne dites pas cela! Vous me
faites peur!" Ensuite le mari arrive et dit qu'il en a aussi
assez. Ils restent deux ou trois jours au monastère et ensuite
leur fatigue du monde disparaît. La dame dit qu'elle en a
assez, mais elle ne se prend pas au sérieux. Le mari dit qu'il
en a assez... et lui non plus ne se prend pas au sérieux. Ils
viennent et méditent dans des huttes séparées,
au calme, dans leur coin en pensant: "Quand est-ce que ma femme
va venir me chercher pour rentrer à la maison?" "Quand
est-ce que mon mari viendra pour me ramener à la maison?"
Voyez! Ils ne savent pas réellement ce qui se passe en eux.
Qu'est-ce que ce sentiment d'en avoir assez? Ils sont fâchés
et frustrés et courent au monastère. Quand il étaient
à la maison, ils ne voyaient que ce qui allait de travers: le
mari avait complètement tort, la femme avait complètement
tort. Après trois jours de réflexion, ils pensent: "Ma
femme a raison après tout, c'est moi qui ai eu tort."
"Mon mari avait raison, j'avais tort." Ils changent d'avis
comme cela. C'est ainsi que cela se passe. C'est pour cela que je ne
prends pas le monde trop au sérieux. Je sais que ce sont des
choses qui vont et viennent, et c'est pourquoi j'ai choisi de vivre
en tant que moine.
Quand
vous êtes aux champs ou que vous faites le jardin, considérez
ces paroles... "Pourquoi suis-je né?" "Que
puis-je emporter avec moi?"
Reposez-vous
la question sans cesse. Quiconque se pose souvent cette question
deviendra sage. Celui qui ne se la pose pas restera ignorant.
Il
se peut que vous écoutiez cet exposé et que vous ne le
compreniez que lorsque vous rentrerez à la maison peut-être
ce soir ou sous peu - cela arrive chaque jour. Quand on écoute
un exposé sur le Dhamma, parfois tout semble se mélanger
mais peut-être que les choses s'éclairciront. Lorsque
vous entrerez dans votre voiture, "cela" entrera avec vous.
Quand vous rentrerez à la maison, cela deviendra clair: "Oh,
Luang Por avait quelque chose à nous faire comprendre. Je ne
pouvais le voir avant."
Bien,
je crois que cela suffit pour aujourd'hui. Si je parle trop, ce vieux
corps n'arrive plus à suivre.
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Notre
Vraie Demeure
Un exposé adressé à
une dame laïque d'un certain âge au seuil de la mort.
Essayez
maintenant d'être bien résolue à écouter
avec respect la Vérité de ce qui est. Pendant tout le
temps durant lequel je parlerai, soyez aussi attentive à mes
paroles que si c'était le Bouddha en personne qui était
assis en face de vous. Fermez les yeux, prenez une position
confortable, calmez votre mental et concentrez-le en un point.
Laissez humblement séjourner dans votre coeur le Triple Joyau
de la sagesse, de la vérité et de la pureté
comme étant une façon de témoigner du respect à
Celui qui est pleinement Eveillé.
Aujourd'hui,
je n'ai rien de matériel à vous offrir, simplement la
Vérité, les enseignements du Bouddha. Ecoutez bien, il
vous faut comprendre que même le Bouddha avec tous ses mérites
accumulés n'a pas pu éviter la mort physique. Quand il
atteignit un certain âge, il abandonna son corps et lâcha
prise de ce fardeau pesant. Maintenant vous aussi devez apprendre à
être satisfaite des nombreuses années pendant lesquelles
vous avez pu compter sur votre corps. Vous devriez sentir que c'est
suffisant.
Vous
pouvez comparer ce corps à des ustensiles ménagers que
vous avez eus pendant longtemps - vos tasses, sous-tasses, assiettes,
etc. Au début, elles étaient propres et brillantes mais
maintenant après les avoir utilisées pendant si
longtemps, elles commencent à être usées.
Certaines sont déjà cassées, d'autres ont
disparu et celles qui restent se détériorent, elles
n'ont plus la forme initiale et c'est leur nature d'être comme
cela. Votre corps fonctionne de la même manière - il
s'est continuellement mis à changer depuis le jour de votre
naissance à travers l'enfance et la jeunesse jusqu'à ce
qu'il atteigne la vieillesse. Il vous faut accepter cela. Le Bouddha
disait que les conditions (les sankharas), que ce soient les
conditions internes, physiques ou externes, n'ont pas d'identité
propre, leur nature est de changer. Contemplez cette vérité
jusqu'à ce que vous la compreniez clairement.
Cette
masse de chair sur le déclin, c'est saccadhamma, la vérité.
La vérité de ce corps est saccadhamma, et c'est
l'enseignement immuable du Bouddha. Celui-ci nous a appris à
prendre ce corps en considération, à le contempler et à
accepter sa nature. Nous devons être capables d'être en
paix avec le corps, quel que soit l'état dans lequel il puisse
se trouver. Le Bouddha nous a appris à nous assurer que c'est
uniquement le corps qui est emprisonné et qu'il ne faut pas
que nous laissions le mental être emprisonné avec le
corps. Maintenant que votre corps commence à s'essouffler et à
se détériorer avec l'âge, ne résistez pas
à ce phénomène mais ne laissez pas non plus
votre mental se détériorer avec votre corps, gardez le
mental séparé du corps. Donnez de l'énergie au
mental en réalisant la vérité des choses telles
qu'elles sont. Le Bouddha a enseigné que telle est la nature
du corps, il ne peut en être autrement: quand il naît, il
vieillit, tombe malade et meurt. C'est une grande vérité
que vous rencontrez en ce moment. Regardez le corps avec sagesse et
réalisez cette vérité.
Même
si votre maison est inondée ou qu'elle brûle de fonds en
combles, quel que soit le danger qui la menace, que cela ne touche
que la maison. S'il y a une inondation, ne laissez pas l'inondation
envahir votre mental. S'il y a le feu, ne laissez pas le feu brûler
votre coeur, que ce soit simplement la maison qui est extérieure
à vous qui est inondée ou incendiée. Permettez
au mental de lâcher prise de ses attaches. Le temps est venu.
Vous
avez vécu longtemps. Vos yeux ont vu tant de formes et de
couleurs, vos oreilles ont entendu tant de sons, vous avez eu
beaucoup d'expériences. Et c'est tout ce qu'elles étaient:
simplement des expériences. Vous avez mangé des mets
délicieux et tous les goûts excellents furent simplement
des goûts excellents, rien de plus. Les goûts
désagréables furent simplement des goûts
désagréables, c'est tout. Si les yeux voient une forme
magnifique, c'est juste une forme magnifique. Une forme laide n'est
qu'une forme laide. L'oreille entend un son enchanteur et mélodieux
et ce n'est rien de plus que cela. Un son grinçant et
dissonant est simplement comme cela.
Le
Bouddha a dit qu'aucun être dans ce monde ne peut se maintenir
pendant longtemps dans le même état, que ce soient des
êtres riches ou pauvres, jeunes ou âgés, humains
ou animaux, chaque chose connaît le changement et l'aliénation.
C'est un fait de la vie auquel nous ne pouvons remédier. Mais
le Bouddha a aussi dit que ce que nous pouvons faire est de
contempler le corps et le mental de façon à voir
qu'aucun des deux ne s'identifie à "moi" ou n'est "à
moi". Ils n'ont qu'une réalité provisoire. C'est
comme cette maison. Elle est à vous par le nom mais vous ne
pouvez l'emporter nulle part. C'est la même chose pour vos
richesses, vos biens et votre famille - ils sont à vous
seulement par le nom, ils ne vous appartiennent pas vraiment, ils
appartiennent à la nature. Maintenant cette vérité
ne s'applique pas seulement à vous, chacun est dans la même
situation, même le Bouddha et ses disciples éveillés.
Ils ne diffèrent de nous que sur un point, c'est leur
acceptation des choses telles qu'elles sont, ils ont vu qu'il n'y
avait pas d'autre issue.
Ainsi
le Bouddha nous a appris à scruter et à examiner ce
corps depuis la plante des pieds jusqu'au sommet du crâne et
vice-versa en retournant vers les pieds. Regardez bien votre corps.
Quel genre de choses y voyez-vous? Y a-t-il quoi que ce soit
d'intrinsèquement propre? Pouvez-vous y trouver une seule
essence durable? Tout ce corps dégénère
progressivement et selon les enseignements du Bouddha, il ne nous
appartient pas. C'est la nature du corps d'être comme cela
parce que tous les phénomènes conditionnés sont
sujets au changement. Comment voudriez-vous qu'il en soit autrement?
En fait, il n'y a rien de mal avec la façon d'être du
corps. Ce n'est pas le corps qui vous cause de la souffrance c'est
votre manière de penser erronée. Si vous voyez ce qui
est juste de manière erronée, il y aura nécessairement
de la confusion.
C'est
comme l'eau d'une rivière. Elle suit naturellement la pente,
elle ne va jamais aller à l'encontre de la pente, c'est sa
nature. Si quelqu'un se tenait au bord de la rivière et
regardait l'eau s'écouler rapidement en souhaitant de manière
déraisonnable qu'elle remonte la pente, il souffrirait
sûrement. Quoi qu'il puisse faire, sa fausse manière de
penser ne lui laisserait aucun répit dans son esprit. Il
serait malheureux à cause d'une opinion fausse, pensant à
contre-courant. S'il avait la vue juste, il verrait que l'eau suit
inévitablement son cours. Cet homme sera agité et
troublé jusqu'à ce qu'il réalise et accepte ce
fait-là.
La
rivière qui coule selon la pente est comparable à notre
corps. Ayant été jeune, votre corps est devenu vieux et
maintenant il s'en va vers la mort. N'espérez pas qu'il en
soit autrement, vous n'avez pas le pouvoir de changer cela. Le
Bouddha nous a dit de voir la réalité des choses et
ensuite de lâcher prise de notre attachement à ces
choses. Prenez la sensation du lâcher-prise comme votre refuge.
Continuez à méditer même si vous vous sentez
épuisée. Laissez votre mental aller avec votre
respiration. Prenez quelques respirations profondes et ensuite
établissez l'attention du mental sur la respiration en
utilisant le mantra "Buddho". Rendez cette pratique
habituelle. Plus vous vous sentez épuisée, plus votre
concentration doit être subtile et bien focalisée, de
manière à faire face aux sensations douloureuses qui
apparaissent. Quand vous commencez à vous sentir fatiguée,
amenez toute votre pensée vers une pause, laissez le mental se
rassembler et ensuite tournez-vous vers la respiration. Continuez
simplement la récitation intérieure "Buddho,
Bud-dho". Laissez de côté tout ce qui est
extérieur. Ne vous attachez pas aux pensées de vos
enfants et de vos parents, ne vous attachez à rien d'autre.
Lâchez prise. Laissez le mental s'unifier en un point unique et
laissez ce mental unifié demeurer avec la respiration. Laissez
la respiration être l'unique objet de connaissance.
Concentrez-vous de manière à ce que le mental devienne
de plus en plus subtil, jusqu'à ce que les sensations soient
insignifiantes et qu'il y ait une grande clarté intérieure
et une grande vigilance. Ainsi, quand des sensations douloureuses
apparaîtront, elles cesseront progressivement d'elles-mêmes.
Finalement vous considérerez votre respiration comme si
c'était un parent venu vous rendre visite. Quand un parent
nous quitte, nous le suivons et nous le regardons s'en aller. Nous le
regardons partir jusqu'à ce qu'il soit hors de notre vue et
ensuite nous rentrons à la maison. Nous considérons la
respiration de la même manière. Si la respiration est
grossière, nous savons qu'elle est grossière, si elle
est fine, nous savons qu'elle est fine. Comme elle devient de plus en
plus fine, nous continuons à la suivre en même temps que
nous éveillons le mental. A la fin, la respiration disparaît
tout à fait et ce qui reste alors c'est la sensation de
vigilance. C'est cela qu'on appelle rencontrer le Bouddha. Nous avons
cette conscience claire et vigilante qu'on appelle "Buddho",
celui qui connaît, celui qui est éveillé, celui
qui est rayonnant. C'est cela rencontrer le Bouddha, rester avec lui
dans la connaissance et la clarté. Car seul le Bouddha
historique en chair et en os est entré dans le Parinibbana; le
vrai Bouddha, le Bouddha qui est la connaissance claire et
rayonnante, nous pouvons en faire l'expérience et l'atteindre
aujourd'hui même et quand nous faisons cela, le coeur/mental
est unifié.
Alors
lâchez prise, déposez tout, tout sauf la connaissance.
Ne vous laissez pas abuser si des visions ou des sons surgissent dans
votre mental pendant la méditation. Déposez tout cela.
Ne vous accrochez à rien. Restez simplement avec cette
conscience non duelle. Ne vous préoccupez ni du passé,
ni du futur, restez simplement tranquille et vous atteindrez
l'endroit où il n'y a rien qui aille vers l'avant, rien qui
aille vers l'arrière, rien qui s'arrête, l'endroit où
il n'y a rien à saisir, rien à quoi s'attacher.
Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas de soi, pas de "moi", rien
"à moi". Tout a disparu. Le Bouddha nous a appris à
nous vider de tout dans le sens de ne rien emporter avec nous,
connaître et lorsqu'on connaît, lâcher prise.
De
réaliser la Vérité, le chemin vers la liberté,
hors du Cycle des Naissances et des Morts, est un travail que chacun
de nous a à faire seul. Alors continuez à lâcher
prise et à comprendre les enseignements. Mettez vraiment de
l'effort dans votre contemplation. Ne vous faites pas de soucis pour
votre famille. En ce moment, ils sont comme ils sont, dans le futur,
ils seront comme vous. Personne au monde ne peut échapper à
ce destin. Le Bouddha nous a dit de déposer tout ce qui n'a
pas de réelle substance durable. Si vous déposez tout,
vous verrez la vérité, si vous ne le faites pas, vous
ne la verrez pas. C'est ainsi et c'est la même chose pour tout
le monde. Alors, ne vous faites pas de soucis et ne vous accrochez à
rien.
Si
vous vous surprenez à penser, c'est bien aussi, pour autant
que vous pensiez avec sagesse. Ne pensez pas de manière
déraisonnable. Si vous pensez à vos enfants, pensez à
eux avec sagesse, pas de manière déraisonnable. Quelle
que soit la chose vers laquelle votre mental se tourne, pensez et
prenez connaissance de cette chose avec sagesse, en étant
consciente de sa nature. Si vous connaissez quelque chose avec
sagesse, alors vous pouvez lâcher prise de cette chose et il
n'y a pas de souffrance. Le mental est lumineux, joyeux, en paix et
comme il tourne le dos aux distractions, il est indivisé.
En
ce moment même, la chose qui peut vous aider et vous soutenir
est de suivre votre respiration.
C'est
votre tâche, pas celle de quelqu'un d'autre. Laissez les autres
faire leur propre travail. Vous avez votre devoir et votre
responsabilité et vous n'avez pas à prendre sur vos
épaules ceux de votre famille. Ne prenez rien d'autre, lâchez
prise de tout. Ce lâcher prise rendra votre mental calme. Votre
seule responsabilité en ce moment est de focaliser votre
mental et de l'amener vers la paix. Laissez tout le reste aux autres.
Les formes, les sons, les odeurs, les goûts, laissez les autres
s'en occuper. Laissez tout derrière vous et faites votre
propre travail, remplissez votre propre responsabilité. Ce qui
apparaît dans votre mental, que ce soit de la peur ou de la
douleur, la peur de la mort, de l'anxiété au sujet des
autres ou n'importe quoi d'autre, dites à cette chose "Ne
me dérange pas. Ce n'est plus mon affaire". Continuez à
vous dire cela quand vous voyez ces phénomènes (=
dhammas) se produire.
A
quoi se rapporte le mot dhamma ?. Tout est dhamma. Il n'y a rien qui
ne soit pas un dhamma. Et à propos du mot "monde"?
Le monde est l'état même du mental qui vous agite en ce
moment. "Que va faire cette personne
Quand je serai morte, qui va s'occuper d'eux? Comment vont-ils
réussir?" Tout cela n'est que le "monde". Même
la simple apparition d'une pensée de peur de la mort ou de
douleur, c'est le monde. Jetez le monde par-dessus bord! Le monde est
comme il est. Si vous lui permettez de surgir dans le mental et de
dominer la conscience, alors le mental s'obscurcit et ne peut se voir
lui-même. Alors, quelle que soit la chose qui apparaisse dans
le mental, dites-vous seulement "Cela ne me concerne pas. Cela
ne dure pas, c'est non-satisfaisant et ça n'a pas d'identité
propre".
Si
vous pensez que vous aimeriez vivre longtemps, cela vous fera
souffrir. Mais vouloir mourir tout de suite ou très
rapidement, c'est aussi de la souffrance, n'est-ce pas? Les
conditions ne nous appartiennent pas, elles suivent leurs propres
lois naturelles. Vous ne pouvez rien changer à la manière
d'être du corps. Vous pouvez l'embellir un peu, vous pouvez le
rendre attrayant et propre pendant un temps, comme les jeunes filles
qui peignent leurs lèvres et se laissent pousser les ongles,
mais quand l'âge arrive, tout le monde est dans le même
bateau. Ainsi va le corps, vous ne pouvez le changer. Ce que vous
pouvez améliorer et embellir par contre c'est le mental.
Tout
le monde peut construire une maison en bois et en briques, mais le
Bouddha a enseigné que cette sorte de maison n'est pas notre
vraie demeure, elle ne nous appartient que par le nom. C'est une
maison dans le monde et elle suit les manières du monde. Notre
vraie demeure est la paix intérieure. Une maison matérielle
extérieure peut bien être belle mais elle n'est pas très
paisible. Il y a ce souci et puis celui-là, cette anxiété-ci
et puis celle-là. Ainsi nous disons que ce n'est pas notre
vraie demeure, elle est extérieure à nous, tôt ou
tard, nous devrons y renoncer. Ce n'est pas un endroit où nous
pouvons vivre de manière permanente parce qu'elle ne nous
appartient pas vraiment, elle fait partie du monde. C'est la même
chose avec notre corps; nous nous identifions à lui, c'est
"moi" et c'est "le mien" mais en fait ce n'est
pas du tout comme cela, c'est aussi une demeure qui fait partie du
monde. Votre corps a suivi son cours naturel, depuis la naissance
jusqu'à ce qu'il devienne vieux et malade et vous ne pouvez
l'empêcher de fonctionner ainsi, c'est la vie. Vouloir qu'il
soit différent serait aussi insensé que de vouloir
qu'un canard ressemble à un poulet. Quand vous voyez cela,
c'est impossible; en voyant qu'il est dans l'ordre des choses qu'un
canard soit un canard et un poulet un poulet, que les corps doivent
vieillir et mourir, vous trouverez de la force et de l'énergie.
Même si vous souhaitez très fort que votre corps
continue à vivre très longtemps, il ne suivra pas votre
envie.
Le
Bouddha a dit:
Anicca
vata sankhara
Uppadavayadhammino
Upajjhitva nirujjhanti
Tesam vupasamo sukho
Le
mot "sankhara" se rapporte à ce corps et à ce
mental. Les sankharas sont impermanents et ils ne sont pas stables;
étant apparus, ils disparaissent; ayant surgi, ils s'en vont
et pourtant tout le monde a envie qu'ils soient permanents. C'est de
la folie. Regardez la respiration. Etant entrée dans le corps,
elle ressort, c'est sa nature, c'est ainsi que cela doit être.
L'inspiration et l'expiration doivent alterner, il doit y avoir
changement. Les sankharas existent à travers le changement,
vous ne pouvez les en empêcher. Pensez seulement à cela
: pouvez-vous expirer sans inspirer
Ou bien pouvez-vous seulement inspirer? Nous voulons que les choses
soient permanentes mais elles ne peuvent pas l'être, c'est
impossible. Une fois que la respiration est entrée, elle doit
ressortir. Quand elle est sortie, elle doit entrer à nouveau
et c'est naturel, n'est-ce pas? Quand nous naissons, nous prenons de
l'âge, nous devenons malades et puis nous mourrons et c'est
tout à fait naturel et normal. C'est parce que les sankharas
ont fait leur travail, parce que les inspirations et les expirations
ont alterné de cette manière que la race humaine est
encore ici aujourd'hui.
Aussitôt
que nous naissons, nous signons notre arrêt de mort. Notre
naissance et notre mort sont une seule et même chose. C'est
comme un arbre: quand il y a une racine, il doit y avoir des branches
mortes. Quand il y a des branches mortes, il doit y avoir une racine.
Vous ne pouvez avoir l'une sans avoir l'autre. C'est un peu ridicule
de voir à la mort de quelqu'un combien les gens sont accablés
de douleur, perdus, en larmes et tristes, et combien à une
naissance ils sont joyeux et réjouis. C'est une illusion.
Personne n'a jamais considéré cela clairement. Je pense
que si vraiment vous voulez pleurer, ce serait mieux de le faire à
la naissance de quelqu'un. Car en fait, la naissance c'est la mort et
la mort c'est la naissance, la racine c'est la branche morte, la
branche morte c'est la racine. Si vous voulez pleurer, pleurez à
la racine, pleurez à la naissance. Regardez bien: s'il n'y
avait pas de naissance, il n'y aurait pas de mort. Pouvez-vous
comprendre cela?
Ne
pensez pas trop. Pensez simplement "C'est comme ça que
les choses sont" C'est votre travail, votre devoir. Juste en ce
moment, personne ne peut vous aider, il n'y a rien que votre famille
et vos biens puissent faire pour vous. Tout ce qui peut vous aider en
ce moment, c'est une présence d'esprit correcte.
Alors
n'hésitez pas. Lâchez prise. Jetez tout loin.
Même
si vous ne lâchez pas prise, les choses commenceront à
s'en aller de toutes manières. Pouvez-vous voir cela, comment
toutes les différentes parties de vous-même essayent de
s'en aller? Prenez vos cheveux: quand vous étiez jeune, ils
étaient épais et noirs, maintenant ils tombent ! Ils
s'en vont. Vos yeux voyaient bien et étaient en bonne santé
et maintenant ils sont faibles et votre vision est incertaine. Quand
les organes en ont assez, ils s'en vont, le corps n'est pas leur
demeure. Lorsque vous étiez enfant, vos dents étaient
saines et solides, maintenant elles branlent, peut-être même
avez-vous un dentier? Vos yeux, vos oreilles, votre nez, votre langue
- tout essaie de s'en aller, parce que le corps n'est pas leur
demeure. Vous ne pouvez faire d'un sankhara une demeure permanente,
vous pouvez rester un petit moment et ensuite vous devez vous en
aller. C'est comme un locataire qui veille sur sa petite maison avec
la vue qui baisse. Ses dents ne sont pas si bonnes que ça, ni
ses oreilles ni son corps en trop bonne santé, tout s'en va.
Alors
inutile de vous faire du souci parce que ce corps n'est pas votre
vraie demeure, c'est simplement un refuge temporaire. Etant venu au
monde, vous devriez contempler sa nature. Tout ce qui existe est
destiné à disparaître. Regardez votre corps. Y
a-t-il quoi que ce soit qui existe encore dans sa forme originale?
Est-ce que votre peau est semblable à ce qu'elle était?
Et vos cheveux Où
est-ce que tout cela s'en est allé? C'est la nature, c'est la
vie. Quand le temps est venu, les conditions suivent leur cours. On
ne peut s'appuyer sur le monde - c'est un cycle sans fin de troubles,
d'ennuis, de plaisirs et de douleurs. Il n'y a pas de paix.


