Quelques
mots encore...
par
Ajahn Chah
J'ai
étudié
en dehors des cadres, par la contemplation et la pratique, par la
réflexion et la pratique. Je n'ai donc pas
l'étiquette
comme les autres. Dans ce monastère, nous avions des moines
ordinaires, des gens qui n'avaient pas forcément un grand
savoir, mais qui étaient déterminés
dans leur
pratique.....
..../....
À cette époque,
la forêt était vraiment un coin perdu. Loin de
tout. Et
la vie y était très dure. Il y avait des
manguiers
plantés par les villageois mais, souvent, les fruits
mûrissaient puis pourrissaient. Des ignames poussaient aussi
et
pourrissaient sur place. Mais je n'aurais pas osé y toucher.
La forêt était très dense. Quand on
arrivait ici
avec son bol à aumônes, on n'avait même
pas la
place pour le poser. J'avais demandé aux villageois de
dégager
quelques emplacements dans la forêt. Mais c'était
un
lieu que les gens n'osaient pas fréquenter, ils en avaient
peur.
Personne ne savait vraiment ce que je faisais ici. Les gens
ne comprenaient pas le mode de vie d'un moine de la forêt. Je
suis resté ici comme cela une paire d'années,
puis sont
arrivés les premiers disciples. |
Que
ce soit en ville ou à la campagne, en forêt comme
en
montagne, au sein de chaque foyer, de chaque communauté,
nous
sommes tous, également, confrontés à
l'expérience du bonheur, et de la souffrance. Et il en est
tant parmi nous, qui n'ont pas de refuge, un lieu, un jardin
où
cultiver les qualités positives du coeur. C'est parce que
nous
n'avons pas de véritable engagement, pas de
compréhension
de ce qu'est la vie et de la manière dont nous devrions
agir,
que nous vivons dans cet état de pauvreté
spirituelle.
Depuis
notre enfance, depuis notre jeunesse, et jusqu'à
l'âge
adulte, nous n'apprenons qu'à rechercher les plaisirs,
à
nous complaire dans les objets des sens. Et nous sommes loin de
penser, alors que nous vivons notre vie, que nous fondons une
famille... qu'un danger nous guette.
Si nous n'avons ni terre à
cultiver, ni toit pour nous abriter, nous n'avons pas de refuge, dans
le sens matériel du terme. Difficultés et
détresse
sont alors notre lot. Mais plus grave que ce manque
matériel,
il y a le manque intérieur : sîla, Dhamma
absents
de notre vie, ne pas aller entendre les enseignements, ne pas mettre
le Dhamma en pratique. Le résultat, c'est une vie
dénuée
de sagesse, dans laquelle tout régresse et
dégénère.
Le Bouddha, notre Maître Suprême,
possédait la
qualité de bonté bienveillante envers les
êtres.
Il a conduit des fils et filles de famille à choisir la vie
religieuse, à pratiquer pour réaliser la
vérité,
à établir et répandre le
sâsana, pour
montrer aux autres comment vivre, quotidiennement, dans le bonheur.
Il a enseigné les moyens justes de gagner sa vie, de rester
modéré et économe dans la gestion de
ses
finances, à agir sans négligence dans tous les
domaines.
Mais
si nous manquons des deux, le support matériel ET le support
spirituel, alors, avec le temps et l'accroissement de la population
dans le monde, l'illusion, la pauvreté, les
difficultés
nous éloignent encore et encore du Dhamma. Ce sont les
difficultés dans lesquelles nous nous débattons
qui
expliquent notre désintérêt pour le
Dhamma. Un
monastère peut se trouver dans les environs, nous ne sommes
pas tellement tentés de nous y rendre pour
écouter
l'enseignement qu'on y donne, obsédés que nous
sommes
par notre pauvreté, et par les problèmes auxquels
nous
sommes confrontés quotidiennement pour notre seule survie
matérielle. Le Bouddha l'a pourtant
enseigné : si
pauvre que nous soyons, ne laissons pas pour autant notre coeur
s'appauvrir et la sagesse nous abandonner. Peu importe si
l'inondation submerge nos champs, nos villages, nos maisons et qu'il
n'y ait plus espoir de sauver le moindre petit quelque chose. Le
Bouddha nous met en garde : ne laissons pas
l'inondation
envahir aussi notre coeur et le submerger. Dans un coeur
inondé,
le Dhamma est invisible et inconnaissable.
Le
flot de la sensualité, le flot du devenir, le flot des vues,
le flot de l'ignorance, ces quatre flots obscurcissent et enveloppent
le coeur des êtres. Ils sont plus dangereux que l'eau qui
envahit nos champs, nos villages ou nos villes. Même si l'eau
inonde nos champs d'année en année, que le feu
détruit
nos maisons, il nous reste notre esprit. Si le Dhamma et sîla
sont présents dans nos esprits, nous pourrons alors faire
usage de notre sagesse pour trouver un moyen de vivre, de subvenir
à
nos besoins matériels. Nous pourrons acquérir une
terre, et prendre un nouveau départ.
Avec
les moyens de notre subsistance matérielle, une maison, et
le
reste, nous avons la force d'esprit nécessaire pour nous
permettre de nous entraider. Partager la nourriture, le
vêtement,
donner un toit à celui qui est dans le besoin, ce sont des
actes de bonté bienveillante. De mon point de vue, donner
dans
cet esprit de bonté bienveillante, est infiniment
supérieur
à vendre ce que l'on aurait pu donner, pour en tirer un
profit. Celui qui a la qualité de bonté
bienveillante
ne désire rien de plus pour lui-même. Il n'a
d'autre
souhait que de voir les autres vivre dans le bonheur.
Si notre
résolution de nous engager dans le droit chemin est ferme,
je
ne pense pas que nous puissions avoir de réel
problème.
Nous ne connaîtrons pas l'extrême
pauvreté. Nous
ne serons pas comme le ver de terre. Nous, nous avons toujours un
squelette, des yeux, des oreilles, des bras, des jambes. Nous sommes
capables de manger des aliments variés, des fruits etc.,
nous
ne sommes pas contraints de manger la poussière, comme le
ver
de terre. Vous vous plaignez de votre
pauvreté, vous vous
engluez dans la contemplation complaisante de votre propre malheur ?
Le ver de terre vous rappellera à l'ordre :
« Ne
vous apitoyez pas trop sur vous-même ! Vous n'avez
pas des
bras, des jambes, des os ? Moi je n'ai pas tout cela !
Pourtant,
je ne me sens pas pauvre. ». C'est ainsi que le ver
de
terre vous rappellera à l'ordre.
Un jour, un
éleveur
de porcs est venu me trouver. Il se lamentait :
« Ah,
pauvre de moi ! Cette année, c'est
épouvantable !
Les prix des aliments pour le bétail montent. Le prix du
porc
baisse. Je vais y laisser ma chemise ! ».
J'ai
écouté ses plaintes, puis je lui ai
dit : «
Ami, ne vous apitoyez pas sur votre propre sort. Imaginez que vous
soyez un cochon. Là vous auriez des raisons d'être
inquiet de votre sort. Que le prix du porc soit bas, qu'il soit
élevé, les cochons sont abattus tout
pareil ! Les
cochons ont de vraies bonnes raisons de se plaindre. Les hommes, eux,
ne devraient pas se plaindre. Pensez-y
bien ! ».
Lui
ne se préoccupait que de l'argent qu'il obtenait en
paiement.
Les cochons ont bien plus de motifs d'inquiétudes, mais nous
nous en moquons. On ne nous abat pas, nous, comme les cochons, donc
nous pouvons toujours trouver un moyen de nous en sortir.
Je
pense vraiment que par l'écoute, la contemplation, la
compréhension du Dhamma, on peut mettre fin à ses
propres souffrances. On sait alors ce qui est bien, ce qui est
nécessaire, ce que nous devons utiliser, combien
dépenser.
On sait comment mener sa vie en conformité avec
sîla et
le Dhamma, en appliquant la sagesse aux affaires du monde
matériel.
Mais nous sommes, pour la plupart d'entre nous, bien loin de cet
idéal. Nous n'intégrons pas le Dhamma, la
moralité
dans notre vie quotidienne, qui n'est plus que discordes et disputes.
Entre mari et femme, entre parents et enfants. Les enfants
n'écoutent
pas leurs parents, simplement parce que Dhamma est absent du
foyer. Les gens ne s'intéressent pas à
l'écoute
du Dhamma, apprendre ne les intéresse pas. Et au lieu de
développer le bon sens et l'habileté, ils restent
englués dans l'ignorance. Résultat : des
vies de
souffrance sans cesse recommencées.
Le
Bouddha a enseigné le Dhamma et ouvert la voie de la
pratique.
Il ne cherchait pas à nous rendre la vie difficile, mais
à
faire de nous des êtres meilleurs, plus habiles. Simplement,
nous n'écoutons pas. Et c'est bien dommage. Nous sommes
comme
l'enfant qui refuse de prendre son bain en plein hiver parce qu'il
fait trop froid. Il finit par sentir si mauvais que ses parents ne
peuvent même plus dormir la nuit à cause de
l'odeur.
Alors, les parents finissent par le prendre par la peau du cou pour
lui donner son bain. Cela le rend dingue, et il hurle, maudissant son
père et sa mère.
L'enfant
et ses parents voient la situation de deux points de vue
différents.
Pour l'enfant, ce qui est insupportable, c'est de prendre un bain en
hiver. Pour les parents, c'est l'odeur de l'enfant qui est
insupportable. Et les deux points de vue ne peuvent être
conciliés. Le Bouddha n'a pas voulu nous laisser tels que
nous
sommes. Il nous a voulu diligents, nous efforçant de
manière
bonne et génératrice de bienfaits pour nous, et
enthousiastes à la perspective d'emprunter le chemin
correct.
Efforçons-nous, au lieu de nous laisser aller à
la
paresse. Ce n'est pas là un enseignement qui fera de nous
des
idiots et des inutiles. Il nous enseigne comment développer
et
appliquer la sagesse à tout ce que nous faisons (travail,
activités agricoles, éducation de notre famille,
gestion de nos finances) et à rester attentif à
tous
les aspects de ces activités. Dans la mesure où
nous
vivons dans le monde, nous devons rester attentifs et
connaître
les voies du monde. Sinon, nous courons au désastre.
Là
où nous vivons, le Bouddha et le Dhamma sont des notions
familières. Et nous avons, pour cette raison, tendance
à
penser qu'on peut se contenter d'aller écouter des
enseignements et que, ensuite, on peut se la couler douce et
continuer à vivre comme avant. Grossière
erreur !
Le Bouddha aurait-il atteint l'accomplissement de cette
manière
? Il n'y aurait jamais eu de Bouddha !
Le
Bouddha a donné des enseignements sur les diverses formes de
richesse : la richesse de la vie humaine, celle des royaumes
célestes, et celle du Nibbâna. Ceux qui ont le
Dhamma,
même s'ils vivent dans le monde, ne sont pas pauvres. Et
s'ils
sont pauvres, ils n'en souffrent pas. Quand on vit en accord avec le
Dhamma, on n'a pas à regretter ce que l'on a fait dans le
passé. On ne crée que du bon kamma. Mais si vous
créez
du mauvais kamma, la misère fondra sur vous. Pas de mauvais
kamma, pas de mauvais résultat. Mais si nous ne cherchons
pas
à changer nos habitudes, à cesser de commettre
des
actes mauvais, les difficultés ne peuvent que s'accumuler et
tout ne sera alors que détresse, mentale et
matérielle.
C'est pourquoi il est indispensable que nous écoutions
(l'enseignement), que nous examinions attentivement de
manière
à pouvoir ensuite voir clairement d'où viennent
les
problèmes.
Avez-vous jamais
transporté des charges
jusqu'à un champ en les plaçant sur une palanche
posée
sur votre épaule ? Quand la charge est trop lourde
à
l'avant, c'est inconfortable, non ? Quand elle est trop lourde
à
l'arrière, c'est inconfortable aussi. Alors, quelle position
est équilibrée, laquelle est
déséquilibrée ?
En faisant l'expérience, vous vous rendez compte. Le Dhamma,
c'est pareil. Il y a la cause et l'effet, le bon sens. Quand la
charge est équilibrée, le transport est plus
facile.
Vous pouvez mener votre vie de manière
équilibrée,
avec modération. Vos relations avec votre famille, votre
travail, peuvent être plus légers à
porter. Même
si vous n'êtes pas riche, vous pouvez avoir l'esprit en paix.
Pourquoi souffrir pour cela ?
Imaginez une famille qui se
complait dans l'oisiveté. Les difficultés
s'amoncellent. Ils voient les autres autour d'eux, des gens qui ont
plus qu'ils n'ont eux-mêmes... la jalousie, la convoitise, le
ressentiment s'emparent d'eux et finissent par les conduire au vol.
Le village entier devient alors la proie du malheur. N'est-il pas
préférable de travailler vous-même pour
en
profiter vous-même, en faire profiter votre famille, dans
cette
vie comme dans les prochaines ?
Quand vos propres
efforts vous
permettent de subvenir à vos besoins matériels,
votre
esprit est en paix, et c'est tout naturellement que vous serez
conduit à écouter l'enseignement du Dhamma pour
distinguer ce qui est bien de ce qui est mal, ce qui est vertueux de
ce qui ne l'est pas, et pour améliorer encore votre
manière
de mener votre vie. Vous apprenez à reconnaître
que les
actes mauvais ne conduisent qu'au malheur, vous cesserez de les
commettre, et vous vous améliorerez encore. Votre
manière
de travailler va changer, et votre esprit aussi va changer. Vous
étiez ignorant, vous allez devenir quelqu'un qui sait. Vous
laisserez derrière vous les habitudes néfastes
pour
devenir un être au coeur généreux. Vous
pourrez
transmettre ce savoir à vos enfants et petits-enfants. Faire
dès à présent ce qui est bien, c'est
semer des
bienfaits pour l'avenir. Mais les êtres sans sagesse ne font
rien de bien et seront affligés par le malheur. S'ils
deviennent pauvres, ils penseront pouvoir s'en sortir par le jeu....
et sombreront un jour dans le vol.
Aujourd'hui, nous
sommes bien
en vie. Il est donc temps pour nous de parler de tout cela. Si vous
ne recevez pas l'enseignement du Dhamma pendant que vous vivez dans
la condition d'être humain, vous n'aurez pas d'autre chance.
Vous croyez qu'on peut enseigner le Dhamma à un animal ? La
condition animale est bien plus dure que la condition
humaine :
imaginez une seconde renaître crapaud, grenouille, cochon,
chien, cobra, vipère, écureuil, lapin... On voit
un
animal.... on pense à quoi tout de suite ? Le tuer,
ou le
battre, ou l'attraper, ou l'élever pour en faire de la chair
à
pâté.
Nous
autres, hommes, nous avons cette possibilité, d'entendre le
Dhamma. Quel privilège ! Nous sommes là,
bien
vivants, le moment de regarder les choses plus à fond, et de
changer nos habitudes, c'est maintenant. Si les temps sont durs, eh
bien essayez de supporter les difficultés pour le moment et
de
vivre selon la voie juste, jusqu'au jour où vous pourrez
aller
plus loin. C'est cela, pratiquer le Dhamma. J'aimerais rappeler
à
quel point il est nécessaire d'avoir un bon esprit et de
mener
une vie conforme à l'éthique. Quelle que soit la
manière dont vous vous êtes conduits
jusqu'à
présent, faites un retour en arrière et
réfléchissez :
« Est-ce que j'ai agi comme il le
fallait ? »
Et si vous vous rendez compte que la réponse est
négative,
changez votre manière d'agir. Laissez de
côté les
mauvais moyens de mener votre vie. Gagnez votre vie d'une
manière
correcte, décente, qui ne nuise ni à autrui, ni
à
vous-mêmes, ni à la société.
Quand on
conduit sa vie de manière correcte, l'esprit est libre.
Nous
autres, moines et nonnes, dépendons des fidèles
laïcs
pour notre subsistance matérielle. Et nous nous appuyons sur
la contemplation pour pouvoir leur expliquer le Dhamma, pour qu'ils
le comprennent, en tirent bienfait, et soient en mesure
d'améliorer
leur vie. On peut identifier les causes de la misère, des
conflits et de les éliminer. Efforcez-vous de bien vous
entendre avec les autres, d'entretenir avec autrui des relations
harmonieuses, plutôt que d'exploiter et de vous nuire
mutuellement.
Aujourd'hui, cela va plutôt mal partout. Les
gens ont bien du mal à s'entendre. Même au sein
d'un
tout petit groupe, cela ne va pas. On se regarde à peine et
l'on est déjà prêts à
s'entretuer...
Pourquoi ? Parce qu'il n'y a ni sîla ni Dhamma, tout
simplement.
Du temps de nos parents, c'était bien
différent. La seule manière dont les gens se
regardaient suffisait à montrer qu'ils ressentaient amour et
amitié les uns pour les autres. Aujourd'hui, c'est fini. Un
étranger débarque dans un village à la
nuit
tombante ? Aussitôt les soupçons
s'éveillent.
Qu'est-ce qu'il fabrique ici en pleine nuit ?
Hé !
Pourquoi avoir peur d'un être humain qui arrive dans un
village
? Si un chien que personne ne connaît arrive dans le village,
personne n'y fera attention. Cela veut dire quoi ? Un être
humain, c'est pire qu'un chien ? Oui, mais un étranger est
une
personne étrange. Comment peut-on être
étranger?
Quand
quelqu'un arrive dans le village, nous devrions nous
réjouir :
l'étranger qui arrive dans notre village a besoin d'un toit,
il peut trouver refuge chez nous, et nous pouvons nous occuper de lui
et lui venir en aide. Cela nous fait de la visite.
Mais, de nos
jours, la tradition d'hospitalité, la bonne
volonté se
sont perdues. Il n'y a plus que peur et suspicion. Je dirais presque
que, dans certains villages, les quelques hommes qui sont encore
là
ne sont pas mieux que des animaux. Tout est sujet à
soupçon,
on est prêt à se disputer pour la possession du
moindre
buisson, du moindre centimètre carré de terrain.
Et
tout cela simplement par manque de spiritualité et de
moralité. Sans sîla, sans Dhamma, nous vivons dans
l'angoisse et la paranoïa. Les gens vont se coucher le soir et
se réveillent aussitôt, inquiets de ce qui les
entoure,de ce qui se passe autour d'eux, parce qu'ils ont entendu un
bruit bizarre. Les villageois ne s'entendent pas, ne se font pas
confiance. Parents et enfants ne se font pas confiance. Mari et femme
ne se font pas confiance. Mais qu'est-ce qui se passe ?
Il
se passe que nous sommes éloignés du Dhamma et
qu'il
est absent de nos vies. Où que vous regardiez, c'est pareil
et
la vie est dure. Des gens arrivent dans un village et demandent un
toit pour la nuit ? On leur dit d'aller se trouver un hôtel.
C'est le business qui est aux commandes ! Autrefois, personne
n'aurait une seconde pensé à les renvoyer de
cette
manière. Tout le village se serait associé pour
faire
preuve d'hospitalité. On aurait fait venir les voisins,
chacun
aurait apporté de la nourriture et de la boisson et l'on
aurait partagé avec les invités. Maintenant, fini
tout
cela. Après le dîner, on verrouille les portes.
Partout
dans le monde, où que vous regardiez, c'est la
même
chose. C'est un signe : le « non
spirituel »
(adhamma, la voie de l'ombre, le côté
obscur) progresse
et est en train de gagner la bataille. Nous autres, nous sommes en
général malheureux et ne nous faisons pas
confiance. Il
y a même des gens qui tuent leurs propres parents. Des
époux
qui s'entretuent. Il y a bien des souffrances dans la
société,
simplement par manque de sîla et de Dhamma. Tâchez
de le
comprendre et ne rejetez pas les principes de la vertu. Par la vertu
et la spiritualité, la vie humaine peut être
heureuse.
Sans ces qualités, nous ne sommes que des animaux.
Le
Bouddha est né dans la forêt. Il a
étudié
le Dhamma dans la forêt. Il a enseigné le Dhamma
dans la
forêt, à commencer par le
« Sermon de la mise
en mouvement de la roue de la Loi ». Et c'est dans
la
forêt qu'il est entré dans le Nibbâna.
Il
est important que ceux qui vivent dans forêt la comprennent,
cette forêt où ils vivent. Vivre en
forêt ne veut
pas dire que notre esprit doive être comme celui des animaux
sauvages qui hantent les bois. Notre esprit peut être
spirituellement noble et élevé. C'est ce que le
Bouddha
a dit. Celui qui vit en ville est perpétuellement distrait
et
confronté à l'agitation. La forêt,
c'est le calme
et la tranquillité. Nous pouvons y contempler les choses
avec
clarté et développer la sagesse. Ce calme, cette
tranquillité sont pour nous des amis et des aides. C'est un
environnement favorable à la pratique du Dhamma, et c'est
pourquoi nous avons choisi la forêt comme lieu de
résidence.
Les montagnes et les grottes sont notre refuge. Là, par
l'observation des phénomènes naturels, vient la
sagesse. Les arbres et la nature tout entière nous
instruisent, nous apprenons à les comprendre, et c'est pour
nous la source d'une grande joie. Les bruits de la nature ne nous
perturbent pas. Les cris spontanés des oiseaux que nous
entendons nous remplissent d'une vraie joie. Nous
réagissons
sans aversion et nous ne nourrissons pas de pensées
nuisibles.
Nous parlons sans dureté et nos actes envers les
êtres
et les choses sont dénués
d'agressivité.
Entendre les bruits de la forêt apporte le bonheur dans
l'esprit ; des bruits peuvent toujours surgir, notre esprit
reste en paix.
En
revanche, les bruits des hommes ne sont pas des facteurs
d'apaisement. Même la voix de quelqu'un qui parle aimablement
n'engendre dans l'esprit ni paix ni tranquillité profonde.
Les
bruits qu'aime l'homme, la musique par exemple, ne sont pas des
bruits paisibles. Ils sont générateurs de
plaisir,
d'excitation, mais ils n'amènent pas la paix. Quand des gens
sont ensemble et recherchent le plaisir de cette manière,
cela
génère généralement un
discours
irréfléchi, agressif et
générateur de
conflit, et cela ne fait que monter la tension.
C'est
ainsi que sont les bruits des hommes. Ils n'apportent pas de
réel
réconfort, pas de bonheur, sauf quand ce sont des paroles du
Dhamma. Généralement, quand les gens vivent en
société,
ils parlent selon leurs intérêts personnels, se
contredisent, prennent la mouche, s'accusent mutuellement, et il ne
peut en résulter que confusion et
contrariétés.
Sans le Dhamma, c'est ainsi que tendent à être les
hommes. Les bruits des hommes les mènent à
l'illusion.
Les sons de la musique, les paroles des chansons agitent l'esprit et
le plongent dans la confusion. Les sensations agréables que
provoque la musique par exemple. Les gens trouvent cela
génial,
ils disent qu'ils s'éclatent. Ils peuvent rester debout,
dehors, sous un soleil de plomb pour assister à un spectacle
de musique. Ils peuvent rester là jusqu'à ce
qu'ils
soient grillés à point, mais ils continueront
à
penser qu'ils s'éclatent et que c'est super. Mais pour peu
que
quelqu'un s'avise de leur parler durement, de les critiquer ou de les
maudire, et les voilà à nouveau malheureux,
insatisfaits. C'est comme cela, avec les bruits ordinaires des
hommes. Mais si les bruits des hommes laissent place au son du
Dhamma, si l'esprit est le Dhamma, si nous parlons du Dhamma,
là,
cela vaut la peine d'écouter. Cela vaut la peine d'y penser,
d'étudier, de contempler.
Ce
son-là, celui du
Dhamma, est plaisant, mais pas d'une manière
déséquilibrée
et excessive, il est plaisant parce qu'il apporte bonheur et
tranquillité. Les bruits ordinaires des humains
n'amènent
généralement que confusion,
contrariété
et tourment. Ils provoquent le désir, la colère,
la
confusion, et incitent à l'envie, à la
convoitise, ils
incitent à la violence et à la destruction de
l'autre.
Les bruits de la forêt sont différents. Le bruit
que
fait un oiseau ne provoque en nous ni désir ni
colère
quand nous l'entendons.
Nous
devrions utiliser notre temps pour semer dès aujourd'hui nos
bénéfices futurs. C'était
là l'intention
du Bouddha : bienfaits pour cette vie-ci, bienfaits pour les
prochaines. Dans cette vie-ci, il nous a fallu, dès
l'enfance,
nous appliquer à étudier, à apprendre
au moins
suffisamment pour être capables de gagner notre vie, de
manière
à pouvoir subvenir à nos besoins
matériels, et,
enfin, fonder une famille et ne pas vivre dans la misère.
Mais
notre attitude n'est, en général, pas aussi
idéalement
responsable. En fait, nous recherchons bien davantage les plaisirs.
Là où il y a une fête, une
pièce de
théâtre à voir, un concert, nous nous
précipitons, même si l'époque de la
moisson
approche. Et les vieux entraînent les jeunes pour aller
écouter
le chanteur à la mode.
« Où vous en
allez-vous grand-mère ?
- J'emmène les gamins
au concert. »
Je ne sais pas si, en réalité,
c'est la grand-mère qui emmène les gamins ou les
gamins
qui emmènent la grand-mère. Et peu importe la
longueur
et la difficulté du voyage. Ils iront et ils y retourneront.
Ils disent qu'ils emmènent les gamins écouter le
concert, mais en fait, ce sont eux qui ont envie d'y aller. Pour eux,
c'est cela prendre du bon temps. Si vous leur proposez de venir au
monastère pour écouter l'enseignement du Dhamma,
apprendre ce qui est bien, ce qui est mal, ils vous
répondront :
« Allez-y vous-mêmes ; je
préfère
rester à la maison, me reposer. » ou
« J'ai
mal à la tête, j'ai mal au dos, j'ai mal aux
genoux, je
ne me sens pas bien... ». Mais si c'est pour un
chanteur
populaire ou pour une pièce passionnante, ils sauront se
ruer
pour rameuter les gamins et rien ne les arrêtera.
C'est
ainsi que sont les hommes. Ils multiplient les efforts et ils ne font
pourtant que se créer souffrances et difficultés.
Ils
recherchent l'obscurité, la confusion, l'intoxication sur le
chemin de l'illusion. Le Bouddha nous enseigne à nous
créer
des bienfaits dans cette vie, le vrai bienfait, l'ultime
bienfait :
le bien-être spirituel. C'est maintenant que nous devrions
nous
y mettre. Dans cette vie-ci. Nous devrions rechercher la connaissance
qui nous aidera à faire cela, de telle sorte que nous
mènerons
nos vies comme il convient, faisant bon usage de nos ressources,
travaillant avec diligence sur le chemin de la vie juste.
Après
mon ordination, j'ai commencé : pratique,
étude,
pratique encore, et la confiance est venue. Quand j'ai
commencé
à pratiquer, je pensais à la vie de ceux qui
vivent
dans le monde. Cela me fendait le coeur, ils me faisaient
pitié.
Pourquoi ? Parce que tous les gens riches meurent un jour, et doivent
abandonner leurs somptueuses maisons, sachant que leurs enfants,
petits-enfants vont se disputer leurs propriétés.
Quand
j'étais le témoin de ce genre de choses, je me
disais :
« Oh, les
malheureux !... ». Cela me
faisait mal, vraiment. Cela provoquait en moi de la pitié,
tant pour les riches que pour les pauvres, pour les sages et pour les
sots, car tous les hommes qui vivent dans ce monde sont dans la
même
galère.
La contemplation de
notre corps, des conditions du
monde, des conditions de vie des êtres sensibles, fait
naître
le détachement et dégage des passions. Par la
contemplation de la vie religieuse, celle que nous avons choisie,
vivant et pratiquant en forêt, par le
développement
d'une attitude constante d'éloignement des passions et de
détachement, notre pratique progresse. Garder la
pensée
fixée sur les facteurs de pratique, et c'est le ravissement
qui nous envahit. Notre corps entier en frémit. À
contempler notre mode de vie, en comparant notre vie
présente
avec ce qu'elle fut auparavant, un sentiment de joie s'empare de
nous. C'est le Dhamma qui fait naître dans notre coeur ces
sentiments. Je ne savais pas à qui en parler.
J'étais
éveillé. Quelle que soit la situation dans
laquelle je
me trouvais, j'étais éveillé et
l'esprit alerte.
Ce qui voulait dire que j'avais acquis une certaine connaissance du
Dhamma. Mon esprit était illuminé et je
comprenais bien
des choses. J'avais l'expérience du ravissement, du parfait
bonheur, une réelle satisfaction dans mon mode de vie.
Pour
dire les choses simplement, je me sentais différent des
autres. J'étais un homme comme un autre, un adulte comme un
autre, mais j'étais capable de vivre en forêt.
Mais il
n'y avait en moi aucun regret, aucune impression d'avoir perdu
quelque chose (en optant pour ce mode de vie). « Les
pauvres ! » pensais-je en voyant les
autres, ceux qui
avaient une famille. Je regardais autour de moi, et je me
demandais :
« Comment peut-on vivre
ainsi ? ». Une
foi, une profonde confiance dans le chemin que j'avais choisi de
prendre dans ma pratique s'est progressivement installée en
moi. Elle m'a soutenu jusqu'à ce jour.
Dans les
débuts
de Vat Pah Pong, il y avait quatre ou cinq moines qui vivaient ici
avec moi. Nous étions confrontés à
bien des
problèmes. De ce que je peux voir maintenant, beaucoup
d'entre
nous, bouddhistes, ont de graves lacunes dans leur pratique. De nos
jours, quand vous entrez dans un monastère, vous voyez juste
les kutî, la salle commune, les parties conventuelles, les
moines. Mais vous ne trouverez pas ce qui est réellement au
coeur de la voie du Bouddha, Buddhasâsana. J'en ai
déjà
souvent parlé, c'est très affligeant.
Autrefois,
j'ai eu un compagnon dans le Dhamma, qui a commencé
à
s'intéresser davantage à l'étude pure
qu'à
la pratique. Il étudia le pâli, l'Abhidhamma et,
au bout
d'un certain temps, il est parti vivre à Bangkok.
Finalement,
l'année dernière, il a terminé ses
études
et reçu un certificat avec les titres correspondant
à
l'étendue de son savoir. Il est maintenant
estampillé.
Ici, moi, je ne suis pas estampillé. J'ai
étudié
en dehors des cadres, par la contemplation et la pratique, par la
réflexion et la pratique. Je n'ai donc pas
l'étiquette
comme les autres. Dans ce monastère, nous avions des moines
ordinaires, des gens qui n'avaient pas forcément un grand
savoir, mais qui étaient déterminés
dans leur
pratique.
À
l'origine, je suis venu ici à l'instigation de ma
mère.
C'est elle qui m'a élevé et a
été mon
soutien, depuis le jour de ma naissance. Mais je n'avais pas encore
eu l'occasion de lui retourner ses bienfaits. Je me suis dit qu'une
occasion se présentait en venant m'installer ici,
à Vat
Pah Pong. En fait, j'avais des liens de longue date avec cet endroit.
Je me souviens que, quand j'étais enfant, j'entendais mon
père
dire que Ajahn Sao était venu résider ici. Mon
père
avait reçu le Dhamma de lui. Je n'étais qu'un
enfant à
l'époque mais le souvenir m'en est resté,
imprimé
pour toujours dans mon esprit.
Mon père n'a jamais reçu
l'ordination mais il me racontait comment il allait rendre hommage au
moine méditant. Pour la première fois, il a vu un
moine
manger dans son bol, tout mélangé dans le
même
bol à aumônes. Riz, curry, sucreries, poisson,
tout. Il
n'avait jamais vu ça et cela l'a conduit à se
poser une
question : « Mais quel genre de moine
est-ce donc
là ? ». J'étais tout
jeune encore quand
il m'a raconté cela. Eh bien, c'était un moine
qui
méditait dans la forêt. Puis mon père
m'a raconté
comment il avait reçu le Dhamma de Ajahn Sao. Ajahn Sao
n'enseignait pas de la manière habituelle. Il disait juste
les
choses telles qu'elles lui venaient à l'esprit. Tel
était
le moine de la forêt qui est un jour venu résider
ici.
Aussi, lorsque je me suis lancé moi-même dans la
pratique, j'ai gardé des sentiments très
particuliers
pour cet endroit. Quand je repensais à mon village natal,
c'était toujours vers cette forêt que mon esprit
se
dirigeait. Et quand est arrivé le moment de revenir dans la
région, je suis venu m'installer ici.
J'ai
invité un
moine de haut rang à s'installer ici également.
Il
venait du district de Piboon. Il a répondu qu'il ne pouvait
pas. Il est venu un moment, puis a fini par dire :
« Ce
n'est pas un endroit pour moi. ». C'est ce qu'il a
dit aux
gens du coin. Un autre moine qui avait le titre de Ajahn est venu
ensuite. Lui aussi est resté quelques temps, avant de
repartir. Moi je suis resté.
À cette
époque,
la forêt était vraiment un coin perdu. Loin de
tout. Et
la vie y était très dure. Il y avait des
manguiers
plantés par les villageois mais, souvent, les fruits
mûrissaient puis pourrissaient. Des ignames poussaient aussi
et
pourrissaient sur place. Mais je n'aurais pas osé y toucher.
La forêt était très dense. Quand on
arrivait ici
avec son bol à aumônes, on n'avait même
pas la
place pour le poser. J'avais demandé aux villageois de
dégager
quelques emplacements dans la forêt. Mais c'était
un
lieu que les gens n'osaient pas fréquenter, ils en avaient
peur.
Personne ne savait vraiment ce que je faisais ici. Les gens
ne comprenaient pas le mode de vie d'un moine de la forêt. Je
suis resté ici comme cela une paire d'années,
puis sont
arrivés les premiers disciples.
Nous menions alors
une vie
paisible et très simple. Nous avons attrapé la
malaria
et nous avons tous frôlé la mort. Mais nous ne
sommes
pas allés à l'hôpital. Nous avions
déjà
notre refuge, confiants en le pouvoir spirituel du Seigneur Bouddha
et de son enseignement. La nuit, tout était parfaitement
silencieux. Personne ne s'aventurait ici. Le seul bruit audible
était
celui des insectes. Les kutî étaient
très
éloignés les uns des autres dans la
forêt.
Une
nuit, vers neuf heures, j'ai entendu quelqu'un marcher dans la
forêt.
C'était un moine. Il était très
malade,
fiévreux. Il avait peur de mourir et ne voulait pas mourir
seul dans la forêt. Je me suis dit :
« Bon.
Trouvons quelqu'un qui soit en bonne santé et qui puisse
veiller sur celui-ci qui est malade. Comment un malade pourrait-il
s'occuper d'un autre malade ? ». C'est
tout ! Et
pas de médicaments bien sûr.
Nous avions du borapet,
un alcool médicinal particulièrement amer. Nous
le
faisions bouillir pour le boire. Quand on se disait :
« On
se fait une boisson chaude ? », dans
l'après-midi,
il n'y avait pas loin à chercher. Cela voulait dire un coup
de
borapet. Tous, nous avions de la fièvre. Tous, nous buvions
du
borapet. Nous n'avions rien d'autre et nous ne demandions rien
à
personne. Si un moine était très
sérieusement
atteint, je lui disais : « N'aie pas peur.
Ne t'en
fait pas. Si tu meurs, je me chargerai de ta crémation. Cela
se fera ici, au monastère. Ce n'est pas la peine d'aller
ailleurs. ». C'est comme cela que je
réglais ce
genre de problème. Mes paroles leur donnaient de la force.
Nous étions confrontés à la peur. Ah,
les
conditions étaient rudes ! Les laïcs ne
connaissait
pas grand-chose. Ils nous apportaient du plah rah (poisson
fermenté,
un plat à la base du régime alimentaire dans la
région)
mais le plah rah est à base de poisson cru. Alors, nous ne
le
mangions pas. Je le remuais, le regardais bien, pour bien me
pénétrer
de quoi le plat était fait, puis je le laissais
là,
simplement.
Les choses
étaient vraiment dures à
l'époque, bien loin des conditions que nous avons
maintenant.
Personne ne le sait. Mais il en reste quelque chose dans la
manière
dont nous pratiquons aujourd'hui. Et aussi grâce aux moines
qui
ont connu cette époque et sont encore parmi nous.
Après
la retraite de saison des pluies, on pouvait pratiquer tudong ici,
dans le monastère. On allait s'asseoir dans la
quiétude
des profondeurs de la forêt. De temps à autre, on
se
rassemblait, j'enseignais, puis chacun repartait vers son coin de
forêt pour méditer, méditation assise,
méditation
en marche. On pratiquait ainsi pendant la saison sèche. Pas
besoin d'aller chercher une forêt pour y pratiquer, on avait
toutes les conditions requises sur place. On pouvait donc continuer
la pratique de tudong ici. Aujourd'hui, une fois la saison des pluies
terminée, tout le monde veut partir. Résultat, la
pratique est interrompue.
La constance, la
continuité dans
la pratique et la sincérité dans la poursuite de
la
pratique sont importantes pour réussir à voir ses
propres souillures. C'est une méthode qui est bonne et
authentique. Dans le passé, c'était beaucoup plus
dur.
Il y a un dicton qui dit que l'on pratique pour cesser d'être
une personne : la personne doit mourir pour devenir un moine.
On
se conformait très strictement aux règles du
Vinaya, et
chacun était bien conscient de ce que ses actes
impliquaient.
On n'aurait pas entendu un moine parler pendant qu'il accomplissait
ses tâches quotidiennes, tirant l'eau du puits ou balayant le
sol. Silence complet aussi pendant le lavage des bols.
Maintenant,
il m'arrive de devoir envoyer quelqu'un pour leur demander de se
taire, et me rapporter le pourquoi et le comment de tout ce raffut.
Je me demande s'ils sont en train de se boxer ou quoi. Il y a un tel
tapage que je ne comprends absolument pas ce qui peut se passer. Je
dois continuellement interdire de papoter.
Je ne vois pas de quoi
ils doivent parler. Quand ils se sont rempli le ventre, ils sont
étourdis par le plaisir qu'ils ont tiré de la
nourriture. Je n'arrête pas de leur dire :
« Quand
vous rentrez de votre collecte d'aumônes, ne parlez pas. Et
si
quelqu'un vous demande pourquoi vous ne voulez pas parler,
répondez :
" Je suis un peu dur
d'oreille. " ».
Sinon, c'est comme si on avait une meute de chiens en train d'aboyer.
Les discussions font jaillir des émotions et cela peut finir
par des coups, particulièrement à ce moment de la
journée, où tout le monde a faim. Les chiens ont
faim,
les souillures attendent au tournant.
J'ai
constaté que les gens ne se lancent pas dans la pratique en
y
mettant tout leur coeur. J'ai vu les choses changer d'année
en
année. Ceux qui ont été
formés autrefois
ont eu des résultats et ils peuvent se prendre en main.
Aujourd'hui, entendre parler des difficultés fait fuir les
candidats. C'est trop dur à envisager. Mais si vous
présentez
les choses comme étant faciles, alors tout le monde est
partant. Mais quel est l'intérêt ? Nous,
nous avons
pu, dans le passé, retirer des bienfaits, parce que tout le
monde pratiquait de tout son coeur.
Les moines qui
vivaient et
pratiquaient ici poussaient leur endurance à ses limites les
plus extrêmes. Nous avons, depuis l'origine,
traversé
bien des choses ensemble. Ils en connaissent un rayon sur la
pratique. Après quelques années de pratique
commune,
j'ai pensé que ce ne serait pas une mauvaise idée
de
les renvoyer dans leurs propres villages pour y créer des
monastères dépendant de celui-là.
Ceux
d'entre vous qui sont arrivés plus tard ne peuvent pas se
rendre compte de ce que c'était alors pour nous. Qui
pourrait
se rendre compte ? La pratique était d'une
extrême
rigueur. Patience et endurance, c'était ce qu'il y avait de
plus important pour nous permettre de tenir. Personne ne se plaignait
des conditions. Si on n'avait que du riz blanc à manger,
personne ne se plaignait. On mangeait dans le silence complet, ne
discutant jamais de la saveur de ce que nous mangions. Et en guise de
boisson chaude, nous n'avions que le borapet.
Un
des moines s'est un jour rendu en Thaïlande centrale
où
on lui a fait boire du café. Quelqu'un lui en a alors
donné
pour ramener ici. Nous avons donc bu une fois du café. Mais
on
n'avait pas de sucre à mettre dedans ! Personne ne s'est
plaint. Où aurait-on trouvé du sucre de toutes
manières ? Nous pouvons donc dire que nous avons bu
du
vrai café, sans sucre pour en adoucir la saveur. On
dépendait
des autres pour notre vie matérielle et l'on ne voulait pas
poser de problème à ceux qui nous entretenaient.
Aussi,
on ne demandait rien à qui que ce soit. Et comme cela, on a
continué à faire sans tout ce dont nous manquions
et à
supporter les conditions telles qu'elles étaient.
Un jour
Monsieur Puang et Madame Daeng, deux de nos bienfaiteurs
laïcs,
sont venus pour recevoir l'ordination. Ils venaient de la ville et
n'avaient jamais vécu comme nous, en se passant pratiquement
de tout, en endurant des conditions de vie très dures,
mangeant comme nous, pratiquant sous la conduite d'un Ajahn et
accomplissant les devoirs prescrits par les règles de
discipline. Mais ils avaient entendu dire que leur neveu vivait ici,
alors ils étaient venus demander l'ordination. À
peine
ordonnés, voilà qu'un ami leur apporte
café et
sucre. Ils vivaient dans la forêt pour pratiquer la
méditation,
mais avaient l'habitude de se lever tôt le matin pour se
faire
un café au lait avant de faire quoi que ce soit d'autre. Ils
ont donc rempli leur kutî de stocks de café et de
sucre.
Mais ici, on faisait les récitations et la
méditation
du matin, et aussitôt après, les moines se
préparaient
à aller faire leur collecte d'aumônes. Impossible,
donc,
de se faire un café auparavant. Au bout d'un moment, cela a
commencé à faire son chemin. Monsieur Puang
faisait les
cent pas en se demandant comment se débrouiller. Il n'avait
aucun endroit pour faire son café, personne ne venait le
faire
pour lui, il a donc fini par tout amener à la cuisine du
monastère et il a tout laissé là.
Venir
habiter ici, voir les réelles conditions de vie au
monastère,
le mode de vie du moine de la forêt, cela lui a vraiment fait
un coup. C'était un homme âgé, qui
était
un de mes proches parents. Cette même année, il a
renoncé à la vie religieuse. C'était
bien mieux
pour lui, car ses affaires n'étaient pas
réglées.
Après
cela, on a eu de la glace pour la première fois. On revoyait
passer du sucre, de temps en temps. Madame Daeng était
allée
à Bangkok. Quand elle parlait de la manière dont
on
vivait ici, elle se mettait à pleurer. Qui n'a jamais vu les
conditions de vie des moines de la forêt ne peut imaginer
à
quoi cela ressemble. Faire un seul repas par jour, c'est un
progrès
ou une régression ? Je ne sais pas trop...
Pendant la
collecte d'aumônes, les gens faisaient habituellement des
petits paquets pour la sauce de piment qu'ils mettaient dans nos bols
avec le riz. Quoi que nous recevions, on rapportait tout, on
partageait et l'on mangeait. Que nous ayons chacun reçu des
aliments différents qu'on aimait spécialement,
que la
nourriture soit savoureuse ou non, jamais on n'en discutait. On
mangeait simplement, pour se remplir le corps, c'est tout.
C'était
tout simple. Ni assiettes, ni bols. Tout allait dans le bol
à
aumônes.
Personne ne venait
nous rendre visite. Le soir,
chacun se rendait à son kutî pour pratiquer.
Même
les chiens ne supportaient pas de vivre ici. Les kutî
étaient
éloignés les uns des autres tout autant que de
notre
lieu d'assemblée. À la fin de la
journée, quand
tout ce qui était à faire était fait,
on se
séparait et chacun retournait à son
kutî. Cela
devait faire peur aux chiens de penser qu'ils n'auraient pas de
gîte
sûr. Alors ils suivaient les moines dans la forêt,
mais
quand les moines se retiraient dans leur kutî, les chiens se
retrouvaient seuls et avaient peur. Alors, ils essayaient de suivre
un autre moine, mais celui-là aussi finissait par
disparaître
dans son kutî. Donc, même les chiens ne pouvaient
pas
vivre ici. Telle était notre vie de pratique. Parfois je me
disais : « Même un chien ne peut
pas le
supporter et pourtant, nous, nous vivons
ici. ».
Extrême, non ? Cela me rendait parfois songeur.
Tous
ces obstacles... Nous avons vécu avec la fièvre,
nous
avons affronté la mort, mais nous avons survécu.
Au-delà de la mort, nous avions à vivre dans des
conditions difficiles, la mauvaise qualité de la nourriture
par exemple. Mais ce n'a jamais été un souci.
Quand je
repense aux conditions de l'époque, que je les compare avec
nos conditions de vie actuelles, il y a un monde !
Autrefois,
ni bols, ni assiettes. Tout allait dans le bol à
aumônes.
Cela n'est plus envisageable aujourd'hui. Et donc si cent moines
mangent, il faut cinq personnes après pour laver les plats.
Parfois, ils sont encore en train de faire la vaisselle quand arrive
l'heure de l'enseignement du Dhamma. Et cela crée des
complications. Je ne vois pas trop comment on peut s'en sortir, et je
vous laisse y réfléchir.
C'est insoluble. Celui qui
aime se plaindre trouvera toujours prétexte à se
plaindre, même si les conditions deviennent parfaites.
Résultat, les moines développent un attachement
terrible pour les goûts, les saveurs. Parfois, je les
entends,
par hasard, qui parlent de leurs pérégrinations
d'ascètes : « Dis
donc la nourriture est
vraiment géniale là-bas ! Je suis
allé
faire tudong dans le Sud, sur la côte, et j'ai
mangé des
crevettes. J'ai mangé des gros poissons de
mer. ».
Voilà
de quoi ils parlent ! Quand l'esprit est prisonnier de ce
genre
de préoccupations, on est facilement submergé,
attaché
au désir de nourriture. Un esprit
incontrôlé
divague, s'attache aux vues, aux sons, aux odeurs, aux goûts,
aux sensations physiques, aux idées, et la pratique du
Dhamma
devient difficile. De nos jours, c'est dur pour un Ajahn d'enseigner
aux hommes comment suivre le bon chemin ; ils sont
attachés
aux goûts. C'est un peu comme élever un chien. Si
vous
lui donnez juste du riz, le chien devient fort et reste en bonne
santé. Mais si vous lui mettez un bon curry par-dessus le
riz
pendant quelques jours, après cela, il ne regardera
même
plus le riz.
Les vues, les sons,
les odeurs, les goûts sont
les ennemis de la pratique du Dhamma. Ils peuvent faire bien des
dégâts. Si aucun d'entre nous ne respecte l'usage
des
quatre règles imposées : le port du
vêtement
monastique, se nourrir uniquement du produit des aumônes, la
règle sur le mode de logement et celle sur les
médicaments,
alors, la voie du Bouddha ne peut ni se développer, ni
prospérer. Malgré les progrès
matériels,
malgré le degré de développement dans
le monde,
on voit bien que la confusion, les souffrances des êtres ne
font que s'accroître en parallèle. Quand cela
continue
de cette manière, il devient, au bout d'un certain temps,
quasi impossible de trouver une solution. C'est ce qu'il faut
comprendre quand je dis que lorsqu'on va dans un monastère,
on
voit les moines, les kutî, mais qu'on ne voit pas le
Buddhasâsana. Le Buddhasâsana est en
déclin. Cela
saute aux yeux.
Le
sâsana, c'est-à-dire l'enseignement
véritable et
direct, celui qui apprend à être honnête
et droit,
à faire preuve de bonté bienveillante les uns
pour les
autres, s'est perdu. Le trouble et la détresse l'ont
remplacé.
Ceux qui ont vécu avec moi de longues années de
pratique ont maintenu leur diligence. Mais après vingt-cinq
années passées ici, je vois bien que la pratique
s'est
relâchée. Aujourd'hui, on n'ose plus aller
jusqu'au bout
de ses possibilités, pratiquer trop. On a peur. On a peur
qu'il s'agisse d'automortification extrême. Autrefois, on s'y
mettait. Simplement. Il arrivait aux moines de jeûner pendant
plusieurs jours, voire une semaine. Ils voulaient voir leur esprit,
le contrôler, le dompter : esprit
récalcitrant, pan !
un coup de fouet.
L'esprit
et le corps fonctionnent ensemble. Si on n'est pas encore
très
habile dans sa pratique, ou si le corps est trop gras, mal
à
l'aise, l'esprit est incontrôlable. Imaginez un incendie qui
commence : si le vent souffle, le feu s'étend et
toute la
maison brûle. C'est comme cela. Autrefois, quand je parlais
de
manger peu, de dormir peu, de parler peu, les moines comprenaient et
prenaient mes paroles à coeur. Mais aujourd'hui, ces mots ne
trouvent plus grâce aux oreilles des pratiquants.
« Nous
pouvons trouver notre voie. Pourquoi faudrait-il souffrir, pratiquer
de manière aussi austère ? C'est
l'automortification la plus extrême ; ce n'est pas
la voie
du Bouddha. ». Dès qu'on tient ce genre
de langage,
on a des chances d'être approuvé. Ils ont faim....
Qu'est-ce que je peux leur dire ? Je continue à essayer de
corriger leur attitude, mais c'est comme cela que les choses semblent
s'orienter maintenant.
Alors,
vous tous, je vous demande d'affermir votre esprit. Vous vous
êtes
rassemblés aujourd'hui, venant de différents
monastères
pour me rendre hommage parce que je suis votre Maître, pour
vous réunir entre amis dans le Dhamma. Je vous propose donc
quelques enseignements sur le chemin de la pratique.
La pratique
du respect est le Dhamma suprême. Là où
est le
vrai respect est aussi l'harmonie, les hommes ne se battront pas, ne
s'entretueront pas. Rendre hommage à un maître
spirituel, à nos précepteurs et à nos
enseignants nous est aussi cause de prospérité.
Le
Bouddha en a parlé comme étant un acte
auspicieux.
Prenons pour
exemple un homme de la ville. Il aime
manger des champignons. Alors il se pose la question :
« D'où
viennent les champignons ? ». On lui dit
que les
champignons poussent dans la terre. Alors il prend un panier et s'en
va dans la campagne, et il s'attend à trouver les
champignons
alignés sur le bord des routes, tout prêts
à être
cueillis. Il marche, marche, grimpe des collines, peine à
travers champs et il ne voit pas le moindre champignon. Le
villageois, lui, est déjà allé
cueillir des
champignons. Il sait où les trouver, il sait dans quelle
partie de la forêt il doit se rendre. Mais l'homme de la
ville
n'a que son expérience de voir les champignons tout
préparés
dans son assiette. Il a entendu dire que les champignons poussent
dans la terre, donc il se dit que cela doit être facile
à
trouver. Mais cela ne fonctionne pas ainsi.
Former
l'esprit au samâdhi, c'est pareil. On imagine que ce sera
facile. On s'assied, et voilà : les jambes, le dos
sont
douloureux, on se sent fatigué, on a trop chaud, cela
gratte.
Alors on commence à se décourager. Et l'on se dit
qu'en
fait, pratiquer le samâdhi, c'est aussi
éloigné
de nous que le ciel est éloigné de la terre. On
ne sait
pas quoi faire, et l'on est submergé par les
difficultés.
Mais, avec un peu d'entraînement, cela devient peu
à peu
plus facile.
Alors...
vous qui venez ici pour pratiquer le samâdhi, vous trouvez
cela
difficile... Moi aussi, j'ai connu les difficultés, j'ai
pratiqué sous la direction d'un Ajahn, et quand on
méditait
en position assise, j'ouvrais mes yeux pour regarder.
« Ah,
Ajahn est enfin disposé à
s'arrêter ! ».
Je refermais les yeux et essayais de tenir encore un peu. J'avais
l'impression que cela allait me tuer ; je n'arrêtais
pas
d'ouvrir les yeux, mais lui avait l'air parfaitement à
l'aise,
assis là. Une heure, deux heures. Je souffrais le martyre,
mais Ajahn ne bougeait pas. Alors, au bout d'un moment, j'ai fini par
prendre peur. Je redoutais le moment de pratiquer samâdhi.
C'est
dur la pratique de samâdhi, quand on débute. Tout
est
difficile quand on ne sait pas comment faire. C'est là
l'obstacle. Mais l'expérience fait évoluer les
choses.
Ce qui est bon se développe et peut finalement venir
à
bout de ce qui n'est pas bon. En luttant, on tend à devenir
timoré. C'est une réaction normale et nous en
faisons
tous l'expérience. Il est donc important de
s'entraîner
pendant un temps. C'est comme tailler un chemin à travers la
forêt. D'abord, le travail est rude, quantité
d'obstacles se dressent devant nous. Mais en y revenant encore et
encore, on finit par dégager la voie. Au bout d'un certain
temps, on a enlevé les branches et les souches, et le sol
devient ferme et lisse à force d'être
piétiné
de manière incessante et
répétée. Alors
nous avons un bon chemin pour traverser la forêt.
C'est
comme cela quand on forme l'esprit. En s'y tenant, l'esprit
s'illumine. Un exemple. Nous autres, gens de la campagne, nous
mangeons du riz et du poisson. Nous recevons l'enseignement du
Dhamma, et l'on nous dit qu'il faut s'abstenir de faire du
mal ;
nous ne devons pas tuer d'êtres vivants. Alors que faire
?
On est dans l'impasse. Le lieu où l'on fait son
marché,
pour nous, c'est le champ. Si les maîtres nous disent qu'il
ne
faut pas tuer, on n'aura rien à manger. Rien qu'un truc
comme
cela et l'on ne sait déjà plus quoi faire.
Comment
va-t-on se nourrir ? Pas de solution apparemment pour nous,
les
gens de la campagne. C'est dans notre champ et dans la forêt
qu'on fait notre marché. On doit attraper et tuer des
animaux
pour manger.
J'ai
essayé d'enseigner depuis des années
comment se tirer de ce genre de dilemme. Voilà
comment :
les fermiers mangent du riz. La plupart des gens qui travaillent les
champs cultivent du riz et le mangent. Et alors, un tailleur qui vit
en ville... Il mange des machines à coudre ? Il
mange du
tissu ? Réfléchissez un peu. Vous
êtes un
paysan, donc vous mangez du riz. Imaginez que quelqu'un vous propose
un autre travail. Vous allez refuser en disant :
« Je
ne peux pas, je n'aurai pas de riz à
manger. »
?
Les allumettes que
vous utilisez chez vous, c'est vous qui les
fabriquez ? Non, vous ne savez pas faire des allumettes.
Alors,
comment se fait-il que vous ayez des allumettes ? Est-ce que seuls
ceux qui savent fabriquer des allumettes ont l'usage des
allumettes ?
Et les bols que vous utilisez pour manger... Ici dans les villages,
est-ce qu'il y a quelqu'un qui sache les faire. Est-ce qu'on en a
dans les maisons Alors,
d'où
viennent-ils ? Il y a quantité de choses que nous
ne
savons pas faire nous-mêmes. Mais nous pouvons gagner de
l'argent pour les acheter. C'est cela utiliser son intelligence pour
trouver un moyen de s'en sortir.
Dans la
méditation, c'est
aussi ce qu'il faut faire. Trouver un moyen d'éviter les
mauvaises actions et pratiquer ce qui est bien. Voyez le Bouddha et
ses disciples. Ils ont été des êtres
ordinaires à
une époque, mais ils se sont perfectionnés pour
progresser d'étape en étape, vers
l'état de
celui qui est entré dans le courant, et jusqu'à
l'état
d'arahâ. Ils y sont parvenus par l'entraînement,
l'effort. La sagesse vient graduellement. Et apparaît le sens
de ce qui est bien et de ce qui ne l'est pas.
J'ai
autrefois enseigné à un sage. C'était
un
disciple laïc qui venait, les jours d'observance, pratiquer et
prendre les préceptes. Mais il continuait à
s'adonner à
la pêche. J'ai essayé de le faire progresser dans
l'enseignement, mais je n'arrivais pas à résoudre
son
problème. Il disait qu'il ne tuait pas les poissons, mais
que
c'était les poissons qui avalaient son hameçon.
J'ai
insisté, enseignant encore et encore jusqu'à ce
qu'il
éprouve des remords à l'égard de ses
actes. Il
avait honte, mais il n'en continuait pas moins. Puis il a
changé
de mode de fonctionnement. Il lançait sa ligne, puis
annonçait
tout haut : « Que tout poisson dont le
kamma qui le
maintient en vie est arrivé à son terme, vienne
mordre
à mon hameçon. Si votre temps n'est pas encore
venu,
alors, ne mordez pas à
l'hameçon. ». Il
avait changé son excuse, mais les poissons continuaient
à
venir. À la fin, il s'est mis à les regarder
lorsqu'ils
avaient la gueule prise à l'hameçon, et la
pitié
l'a envahi. Mais il ne pouvait toujours pas prendre de
décision.
« Zut alors ! Je leur ai dit de ne pas
mordre à
l'hameçon si ce n'était pas le moment. Qu'est-ce
que
j'y peux s'ils viennent quand
même ? » Alors il
s'est dit : « C'est à cause de
moi qu'ils
meurent. ». Sans cesse il a ressassé
cela, jusqu'à
pouvoir enfin s'arrêter.
Mais alors, est arrivée
l'affaire des grenouilles. Il ne pouvait supporter l'idée
d'arrêter d'attraper des grenouilles pour les manger.
« Ne
faites pas cela. » l'ai-je imploré.
« Regardez-les
bien. D'accord, d'accord, vous ne pouvez pas vous empêcher de
les tuer et je ne vous en empêche pas. Mais, je vous en prie,
regardez les seulement avant de le faire. ». Alors,
il a
pris une grenouille et l'a regardée. La tête, les
yeux,
les pattes. « Mais... oh... elle me fait penser
à
mon gamin ! Elle a des bras, des jambes ; ses yeux
sont
ouverts, elle me regarde. » Il a
été touché.
Et pourtant, il continuait ; il regardait chacune de cette
manière, et la tuait, sentant pourtant bien qu'il faisait
quelque chose de mal. Sa femme le poussait, disant que s'il ne tuait
pas de grenouilles, ils n'auraient rien à manger.
Finalement,
c'est devenu insupportable. Il s'est alors mis à les
capturer,
mais sans leur casser les pattes comme avant, pour les
empêcher
de s'enfuir. Mais il n'arrivait pas encore à se
décider
à les laisser en paix. « Je m'en occupe,
je les
nourris ici, je les élève. Maintenant, si
quelqu'un
d'autre leur fait quelque chose, ce n'est pas mon problème.
Je
n'en sais rien. ». Mais bien sûr qu'il le
savait !
Les autres les tuaient toujours pour les manger. Au bout d'un moment,
il a bien dû le reconnaître. Alors, il s'est
consolé :
« Oh, j'ai quand même fait baisser mon
mauvais kamma
de 50 %. C'est quelqu'un d'autre qui les
tue ! ».
Cette
situation a fini par le rendre fou. Et pourtant, il ne pouvait pas
s'en empêcher. Il continuait à avoir des
grenouilles
chez lui. Il ne leur cassait plus les pattes, c'était sa
femme
qui le faisait. « C'est ma
faute ! Même si
ce n'est pas moi qui accomplis le geste, ceux qui l'accomplissent le
font à cause de moi. ». Il a fini par
laisser
tomber complètement, mais sa femme se plaignait :
« Mais
qu'est-ce qu'on va devenir ? Qu'est-ce qu'on va
manger ? ».
Dilemme terrible ! Quand il
allait au monastère, Ajahn le sermonnait sur ce qu'il devait
faire. Quand il rentrait à la maison, c'était sa
femme
qui le sermonnait sur ce qu'il devait faire. Ajahn lui disait
d'arrêter, sa femme lui disait de continuer. Alors, quoi ?
Que
de souffrances. Tous, nous, les êtres qui sommes
nés
dans ce monde, c'est notre lot de souffrir ainsi.
C'est
finalement sa femme qui a dû céder. Ils ont donc
arrêté
de tuer des grenouilles. Il travaillait dans les champs, s'occupait
de ses buffles. Il a pris l'habitude de relâcher poissons et
grenouilles qu'il voyait captifs. Quand il voyait des poissons pris
dans des filets, il les libérait. Un jour, il va chez des
amis
et voit des grenouilles dans un récipient. Il les
libère.
La femme de son ami va préparer le repas. Soulevant le
couvercle du pot, elle constate qu'il n'y a plus de grenouilles. Elle
se doute de ce qui est passé. « C'est le
type au
coeur porté vers les actions
méritoires. ».
Elle
se débrouille pour attraper une grenouille et
prépare
de la pâte de piment avec. Ils s'installent pour manger et au
moment où il va tremper son riz dans le piment, elle
l'arrête : « Hé, le
grand méritant !
Tu ne devrais pas manger de cela, c'est du piment à la
grenouille ! ».
Là c'était trop.
Quel lot de souffrances. Le simple fait de vivre et de tenter de se
nourrir. En y réfléchissant bien, il ne voyait
pas
d'issue. Il était déjà
âgé, alors
il a décidé de se faire moine.
Il a
préparé
sa tenue d'ordination, s'est rasé le crâne, et est
entré
dans la maison. Quand sa femme l'a vu, le crâne
rasé,
elle s'est mise à pleurer. Il a plaidé :
« Depuis
ma naissance, je n'ai jamais eu l'occasion de recevoir l'ordination.
Je t'en supplie, donne-moi ton accord et ta
bénédiction.
Je veux recevoir l'ordination. Ce sera temporaire, je reviendrai
à
l'état laïc et je reviendrai à la
maison. ».
Alors, sa femme a accepté.
Il a reçu l'ordination
dans un monastère local et, après la
cérémonie,
a demandé à son précepteur ce qu'il
devait
faire. Le précepteur lui a répondu :
« Si
tu veux vraiment faire les choses sérieusement, il faut que
tu
ailles pratiquer la méditation. Suis un maître. Ne
reste
pas près des maisons. »
Il a compris ce que
cela
voulait dire et il a suivi ce conseil. Il a passé la nuit
dans
le temple et, au matin, a pris congé en demandant
où il
pourrait trouver Ajahn Tongrat. Il n'était qu'un moine frais
émoulu, à peine capable de draper son
vêtement
correctement. Son bol accroché à
l'épaule, il
s'est mis en route. Et il a trouvé le chemin qui l'a
mené
à Ajahn Tongrat.
« Tahn Ajahn, je n'ai pas
d'autre but dans la vie. Je veux vous offrir mon corps et ma
vie. »
Ajahn Tongrat a répondu :
« Très
bien. Mérites en vue ! Tu as failli me rater,
j'allais
partir. Allez, fais tes prosternations, et assieds toi ensuite
ici. »
Le nouveau moine a demandé :
« Maintenant que je suis ordonné,
qu'est-ce que je
dois faire ? »
Il se trouve qu'ils étaient
assis à côté d'une vieille souche
d'arbre. Ajahn
Tongrat a pointé le doigt vers la souche et dit :
« Fais
toi semblable à cette souche d'arbre. Ne fais rien d'autre.
Contentes-toi de te modeler sur cette souche. ».
C'est
comme cela qu'il lui a enseigné la méditation.
Ajahn
Tongrat est parti, et le nouveau moine est resté sur place,
méditant sur ses paroles. « Ajahn m'a dit
de me
faire pareil à une souche d'arbre. Qu'est-ce que je suis
donc
censé faire ? ».
Il y pensait sans
cesse, en marchant, assis ou couché pour dormir. Il
a
d'abord envisagé la souche comme une graine, qui grandit
pour
devenir un arbre, grandit encore, vieillit, puis est abattu et ne
laisse plus que la souche. Maintenant que ce n'est plus qu'une
souche, il ne va plus grandir et plus rien ne refleurira dessus. Il
ressassait ces réflexions sans cesse dans son esprit. Encore
et encore. C'est devenu l'objet de sa méditation. Puis il a
élargi cela à tous les
phénomènes et a pu
l'intérioriser et l'appliquer à
lui-même :
« Au bout d'un certain temps, je serai probablement
semblable à cette souche, une chose
inutile. ».
Prendre
conscience de ce fait a affermi en lui la détermination de
ne
pas revenir à l'état laïc. Je l'ai
rencontré
un peu plus tard et lui ai demandé :
« Ta
femme vit toujours ?
- Sais pas ! Pas la moindre
nouvelle. ».
(Note : ce passage peut, lui aussi,
paraître un peu dur et nécessite une explication
pour le
lecteur non averti. Dans la Thaïlande rurale, il n'est pas
exceptionnel qu'un homme ou une femme, arrivé
à un
certain âge, décide de quitter la vie de famille
pour
passer ses dernières années sous le
vêtement
monastique. Dans les villages, celui qui reste est alors au centre
d'une sorte de famille élargie.)
À ce stade, sa
décision était définitive. Les
conditions
avaient été réunies pour l'amener
là.
Quand l'esprit en est là, rien ne peut l'arrêter.
Nous
sommes tous dans la même galère. Pensez-y, je vous
le
demande, et essayez d'appliquer cela dans votre pratique. La vie sous
forme humaine est pleine de difficultés. Et cela n'a pas
seulement été difficile jusqu'à
maintenant. Il y
aura encore des difficultés dans le futur. Le jeune grandit,
et devient adulte. L'adulte vieillit. Le vieillard tombe malade. Le
malade meurt. Encore et encore, ce cycle sans fin de transformations
se poursuit éternellement.
Le Bouddha nous a
donc enseigné
à méditer. Dans la méditation, il nous
faut
d'abord pratiquer le samâdhi, ce qui veut dire, calmer,
apaiser
l'esprit. C'est comme l'eau dans un étang. Si on
n'arrête
pas d'y verser quelque chose et de remuer, l'eau sera toujours
boueuse et trouble. Si on laisse l'esprit penser,
s'inquiéter,
on ne pourra jamais rien voir clairement.
Mais si nous laissons
l'eau du bassin se déposer et se calmer, alors nous pourrons
voir s'y refléter plein de choses. Quand l'esprit est calme
et
apaisé, la sagesse peut voir les choses. La
lumière
éclatante de la sagesse surpasse toutes les autres
lumières.
Quels ont été les conseils du
Bouddha sur la pratique ? Il a enseigné la pratique
de la
terre, de l'eau, du feu, de l'air.
Pratiquer en se basant sur les
choses les plus simples, ce dont nous sommes
constitués :
l'élément solide de la terre,
l'élément
liquide de l'eau, l'élément chaud du feu,
l'élément
mouvant de l'air.
Si on creuse la terre, cela ne la dérange
pas. Elle peut être retournée à la
pelle,
cultivée, arrosée. On peut y enterrer des trucs
pourris. Cela la laisse indifférente. L'eau peut
être
bouillie ou gelée, elle peut être
utilisée pour
laver quelque chose de sale. Elle n'en est pas affectée. Le
feu peut brûler de belles choses parfumées, comme
d'horribles choses puantes, peu lui importe. Et quand le vent
souffle, il passe indifféremment sur toutes sortes de
choses,
fraîches ou pourries, belles ou moches.
Le Bouddha s'est
servi de l'analogie. Ce composé que nous sommes n'est
guère
qu'une combinaison des éléments terre, eau, feu
et air.
Essayez toujours de chercher là-dedans une vraie
personne, vous ne trouverez pas ! Il n'y a que cette
combinaison d'éléments. Mais, de toutes nos vies,
jamais l'idée ne nous est venue de séparer les
choses
de cette manière pour voir ce qui est réellement
là.
Nous avons simplement pensé :
« Ceci est moi,
ceci est mien. », nous avons toujours
perçu les
choses en termes de « moi » sans
jamais voir
les éléments terre, eau, feu, air. Mais c'est
ainsi
qu'enseigne le Bouddha. Il parle des quatre
éléments,
et nous presse de voir que c'est ainsi que nous sommes
constitués.
Il
y a la terre, l'eau, le feu, l'air et pas de personne. Contemplez ces
éléments, et vous verrez qu'il n'y a pas
d'individu.
Juste terre, eau, feu, air.
Cela va loin, non ? Tout cela est
bien dissimulé. Mais si on y regarde bien, on voit. Nous
avons
l'habitude de percevoir les choses en termes de moi et autre, sans
arrêt ainsi. Là, notre méditation ne va
pas
encore bien loin. Nous ne touchons pas à la
réalité
et n'allons pas au-delà des apparences ; nous
restons
prisonniers des conventions de ce monde, ce qui veut
dire rester
dans le cycle des transformations ; posséder et
perdre,
mourir et renaître, renaître et mourir, souffrir au
coeur
de la confusion. Tout ce que nous souhaitons, tout ce à quoi
nous aspirons ne fonctionne jamais vraiment comme nous le voulons,
parce que nous voyons les choses d'une manière
erronée.
C'est ainsi que sont les attachements qui nous retiennent. Nous
sommes encore loin, bien loin du vrai chemin du Dhamma.
Alors, je
vous le demande. Mettez vous à l'oeuvre dès
maintenant.
Ne commencez pas à dire « Quand je serai
vieux,
j'irai au monastère. ». Qu'est-ce que
cela veut
dire « vieillir » ? Les
jeunes
vieillissent autant que les vieux. De l'instant où ils sont
nés, ils ont commencé à vieillir. On
se plait à
dire « Quand je serai vieux, quand je serai
vieux... »
Hé, les jeunes ! Mais vous êtes vieux.
Vous êtes
plus vieux maintenant que vous n'étiez il y a un instant.
C'est cela vieillir. Tous autant que vous êtes, voyez bien
cela. Tous, nous avons ce fardeau à porter. C'est le lot de
chacun d'entre nous. Pensez à vos parents, vos grands
parents.
Ils sont nés, ils ont vieilli et finalement ils sont morts.
Et
maintenant, qui sait où ils se trouvent ?
Alors
le Bouddha voulait que nous cherchions le Dhamma. C'est cela la
connaissance la plus importante. Toute forme de connaissance
ou
d'étude qui n'est pas en accord avec la voie bouddhique est
un
enseignement qui implique dukkha. Notre pratique du Dhamma devrait
nous permettre de dépasser la souffrance. Du moins, nous
devrions être en mesure de la transcender un peu. Si, par
exemple, quelqu'un nous parle avec dureté et que nous ne
nous
mettons pas en colère, cela veut dire que nous avons
passé
outre la souffrance. Si nous nous mettons en colère, nous ne
l'avons pas encore dépassée.
Si quelqu'un nous
parle
avec dureté et que nous nous référons
au Dhamma,
nous verrons juste des mottes de terre. Ça va ! Il
me
critique ? Bah, il ne critique jamais qu'une motte de
terre !
Une motte de terre qui en critique une autre ! L'eau critique
l'eau, l'air critique l'air, le feu critique le feu...
Mais si
nous voyons réellement les choses de cette
manière, les
autres vont nous prendre pour des fous. « Il se fout
de
tout. Il n'a pas de sentiments. ». Quelqu'un meurt
et nous
ne sommes pas perturbés, nous ne pleurons pas. On nous
traitera de fous encore une fois. Où nous situer ?
J'y
viens. Nous devons pratiquer dans le but de réaliser pour
nous-mêmes. Dépasser la souffrance ne
dépend pas
de l'opinion que les autres ont de nous, mais de notre propre
état
d'esprit. Qu'importe le qu'en dira-t-on. C'est pour nous que nous
expérimentons la vérité. Alors, nous
serons en
paix avec nous-mêmes.
Mais, en
général, on ne
va pas aussi loin. Les jeunes vont au monastère, une fois,
deux fois. Puis, ils rentrent chez eux, et leurs amis se moquent
d'eux : « Hé, Dhamma
dhammo... ».
Alors ils se sentent ridicules et ils n'ont plus trop envie de
revenir au monastère. Quelques-uns m'ont dit qu'ils
étaient
venus écouter des enseignements et en avait tiré
un
certain profit, avaient arrêté de boire et de
glander.
Mais leurs amis se foutaient d'eux, les ridiculisaient.
« Ouais,
tu vas au monastère, et maintenant tu ne veux plus sortir
avec
nous pour boire un coup ? Alors, qu'est-ce qui ne va
pas ? ».
Et eux, embarrassés, finissent par se laisser reprendre par
leurs vieux démons. C'est dur de tenir dans ces conditions.
Alors,
plutôt que de viser trop haut, mettez
déjà en
pratique la patience et l'endurance. Mettre en pratique patience et
retenue au sein de la famille, c'est déjà pas mal
du
tout. Ne vous querellez pas, ne vous battez pas si vous pouvez, et
vous avez déjà transcendé la
souffrance pour le
moment, et c'est bien. Quoi qu'il arrive, pensez au Dhamma.
Pensez à ce que vos maîtres spirituels vous ont
enseigné : lâcher prise, la retenue,
mettre les
choses à plat. C'est de cette manière qu'ils vous
ont
appris à vous battre pour résoudre vos
problèmes.
Le Dhamma que vous êtes venus écouter, c'est ce
qu'il
faut pour résoudre vos problèmes.
Mais de quels
problèmes est-il question ? Voyons du
côté
de la famille. Est-ce que vous n'auriez pas des problèmes de
ce côté-là ? Avec les enfants,
des problèmes
conjugaux, avec les amis au travail ? Autre
chose
encore ?
Tout
cela vous donne bien des maux de tête, non ? C'est
cela
les problèmes dont nous parlons ici. Les enseignements vous
apprennent à résoudre les problèmes de
la vie
quotidienne à l'aide du Dhamma.
Nous sommes nés
hommes. Il est possible de vivre avec l'esprit heureux. Nous
accomplissons notre travail selon nos responsabilités. Si
les
choses deviennent difficiles, pratiquons l'endurance. Gagner sa vie
de manière correcte, c'est une manière de
pratiquer le
Dhamma : c'est la pratique de la vie éthique. Vivre
ainsi, heureux et harmonieusement, c'est déjà
très
bien.
Et pourtant, bien souvent, on prend des revers. Tâchons
d'éviter cela. On vient au monastère un jour
d'observance, on prend les préceptes, et puis on rentre
à
la maison et l'on commence à se bagarrer. Cela c'est un
recul
grave. Vous m'entendez ? C'est une faute ! Cela veut
dire
que vous n'avez pas retenu la moindre miette du Dhamma. Et vous n'en
tirerez rien de bon. Comprenez le bien.
Assez
pour aujourd'hui.
association Bouddhique Vivekarama


