DHAMMA-ANUSSATI
"efforcez-vous avec sincérité"

tradition Théravada
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4 Nobles Vérités
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enseignants
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Visuddhimagga
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Plan du site /liens
05
ayya khema



ayakhema

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Pluie de gouttes emplit un seau

Prendre refuge


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Biographie

Ayya Khema est née à Berlin en 1923 de parents juifs. En 1938, elle quitta l'Allemagne pour Glasgow, en Ecosse. Ses parents partirent pour la Chine et Ayya Khema les rejoignit deux ans plus tard à Shanghai. Au début de la guerre, cependant, la famille fut mise dans un camp de prisonniers de guerre japonais, et c'est là que son père mourut.

Quatre ans après la libération du camp par les Américains, Ayya Khema émigra aux Etat-Unis. Entre 1960 et 1964 elle voyagea avec son mari et son fils à travers l'Asie, y compris dans les pays de l'Himalaya, et c'est à cette époque qu'elle apprit la méditation. Dix ans plus tard, elle commença à enseigner elle-même la méditation à travers l'Europe, l'Amérique et l'Australie. Ses expériences l'amenèrent, en 1979, au Shri Lanka où elle reçut l'ordination de nonne bouddhiste, sous le nom de Khema, qui signifie sûreté et sécurité (Ayya voulant dire Vénérable).

En 1978, elle établit Wat Buddha Dhamma, un monastère de la forêt selon la tradition Theravada, près de Sydney, en Australie. A Colombo, elle fonda la Centre International des Femmes bouddhistes comme centre d'entraînement pour les nonnes du Shri Lanka, et l'Ile de nonnes de Parappuduwa pour les femmes désirant suivre une pratique intensive et/ou recevoir l'ordination de religieuse. Elle est la directrice spirituelle d'un centre de méditation dans le Sud de l'Allemagne, Buddha-Haus, établi sous ses auspices en 1989.

En 1987, elle organisa la première conférence internationale des nonnes bouddhistes dans l'histoire du bouddhisme, ce qui entraîna la création de Sakyadhita, une organisation mondiale des femmes bouddhistes. Sa Sainteté le Dalaï Lama prononça le discours d'ouverture de la conférence. En mai 1987, comme conférencière invitée, elle fut la première bouddhiste à avoir jamais pris la parole aux Nations Unies à New York.

En 1988, elle reçut, par la tradition chinoise du Mahayana, l'ordination complète.

Elle a écrit de nombreux livres en anglais et en allemand sur la méditation et les enseignements du Bouddha. Citons : ’ ll of us". "Here and now", "When the iron eagle flies". En 1988, son livre "Being Nobody, Going Nowhere" a reçu le prix commémoratif Christmas Humphreys, une distinction pour la littérature bouddhiste.

En Français, un seul ouvrage d'elle a été traduit : "Etre une île.", il s'agit d'enseignements donnés à lors de sessions de méditation dans l'ile des nonnes de Parappuduwa.

Elle a quitté ce monde le 2 novembre 1997.




 PLUIE DE GOUTTES EMPLIT UN SEAU

L'effort juste est une des étapes du Noble Chemin Octuple, essentiel en toutes circonstances tant dans les entreprises mondaines que dans la pratique spirituelle. L'effort juste est nécessaire mais ayant quelques difficultés à comprendre ce dont il s'agit, nous commettons beaucoup d'erreurs. La plupart du temps nous péchons par manque d'effort mais comment nous en rendre compte?

Etablissons une ligne de conduite. Le soir, au moment du coucher, nous pouvons récapituler les événements de notre journée et nous poser la question: « Ai-je vraiment fait un effort aujourd'hui? Suis-je allé jusqu'à ma limite personnelle (quelle qu'elle soit), ou me suis-je arrangé pour en faire le moins possible?» Nul besoin de s'adresser à une tierce personne, qui d'autre que moi pourrait donner la réponse ? Pourquoi en parler aux autres, le constater personnellement suffit.

L'effort juste consiste à s'efforçer de réaliser quelque chose avec toutes nos capacités physiques et mentales. Pour chacun, elles sont différentes et chacun doit savoir quelle est sa limite. Il est loisible d'en juger communément ainsi: « Ai-je essayé d'aller juste un tout petit peu plus loin qu'hier? Ai-je essayé de me lever cinq minutes plus tôt? De me souvenir de deux mots supplémentaires du texte psalmodié?»

Il ne s'agit pas d'efforts minuscules mais d'efforts justes.

« Suis-je parvenu à rester assis plus longtemps dans la même position Ai-je essayé de rester concentré un petit peu plus longtemps, d'avoir moins de pensées négatives aujourd'hui? », ne serait-ce qu'une de moins ?

II faut beaucoup de gouttes d'eau pour remplir un seau.

Le chemin spirituel n'est pas un arc-en-ciel multicolore qui apparaît au moment idoine. La voie est constituée de très petits pas, comme la vie est constituée de très petits incidents.

En général, l'existence n'est pas formée de quelques grands événements qui ne se présentent qu'une, deux, trois, ou quatre fois dans une vie.

Chaque jour est tissé de très petits événements renouvelés du matin jusqu'au soir, pendant cinquante, soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans. Notre effort devrait être similaire, infime peut-être, mais juste un petit peu plus grand que la veille.

II est certain que, continuant ainsi pendant un certain temps, le seau finira par se remplir.

Un jour nous aurons à fournir le dernier effort, dernier effort qui éliminera totalement l'illusion, l'illusion de l'ego.

Mais, à moins de s'efforçer chaque jour, aussi petites que soient ces tentatives, cela ne se produira pas parce que nous rétrograderons.

Notre intérêt se porte vers les sensations agréables. Nous désirons une vie exquise et confortable, c'est pourquoi l'effort - juste ce petit plus - s'avère inconfortable. En fait, confort et inconfort n'ont pas vraiment d'importance car ils ne produiront rien de notable. Mais si l'on s'en préoccupe notre capacité pour l'effort diminuera.

Si nous restons incapables d'ignorer un moment notre confort personnel, nous nous retrouverons sans stimulation ni motivation. Et finalement, si nous ne fournissons jamais ce genre d'effort, nous ne saurons plus du tout pourquoi nous agissons, et, nous ne rechercherons qu'une vie douillette.

Dévaler la pente est beaucoup plus facile que de la grimper, quelle que soit la manière! Le corps obéit à la loi de la gravité, l'esprit aussi. Il est tellement plus aisé de se laisser glisser.

Ce petit mouvement supplémentaire de l'esprit au profit d'un sur-effort supplémentaire procure beaucoup de satisfaction. Il devient loisible de récapituler sa journée avec un esprit satisfait.

Il n'est pas conseillé de laisser passer un jour sans recollection.

Comment pourrions-nous apprendre ce qui est important et ce qui ne l'est pas si nous ne passons pas nos actions au crible?

Lors de cette révision nous voyons que le petit effort supplémentaire donne un sentiment de contentement: « J'ai essayé. J'ai essayé et j'ai réussi à vaincre encore une petite résistance. »

Un seul moment est là : le présent. Le futur n'existe pas. C'est une création de notre imagination. Lorsque finalement le futur survient, c'est le présent. Rien ne peut être produit dans le futur. Tout ce que nous imaginons concernant le futur ne se passera jamais comme imaginé parce que la personne qui imagine n'est pas celle qui fera l'expérience d'une production future. Donc, se soucier du futur est une perte de temps.

Fouiller le passé est certainement aussi une complète perte de temps. Il est irrémédiablement enfui. Il ne reviendra jamais. Il ne peut pas être ressuscité. Nos souvenirs sont défaillants, c'est pourquoi nous ne pouvons pas nous remémorer avec précision les événements anciens. La seule chose utile à savoir à propos du passé est de reconnaître que telle action fut une erreur. Ce serait bien d'être capable de tirer la leçon de cet événement particulier afin de ne pas répéter la même méprise. Voilà un sujet vivement réglé, nous avons d'ailleurs tout avantage à laisser de côté tout autre aspect du passé.

Ce moment spécifique présent est le seul que nous ayons.

PRENDRE REFUGE /

Prendre refuge dans l’Eveillé (le Bouddha), l’enseignement (le Dhamma) et la communauté des disciples éveillés (la Sangha) contient une signification profonde. Un refuge est un abri, un endroit sûr. Il yen a très peu dans ce monde. Dans le monde profane il est en fait impossible de trouver où que ce soit, un abri tout à fait certain. Les habitats protecteurs brûlent, sont détruits, disparaissent. Le "Bouddha-Dhamma-Sangha" ne constitue pas un abri physique mais un abri spirituel, c’est pourquoi il peut et doit nous donner la sensation d’avoir enfin trouvé un havre, un havre où la tempête s’est calmée. Dans l’océan, la tempête, les vents et les vagues rendent la navigation très difficile. Mais lorsqu’ enfin le navire arrive au port, l’eau est calme. Dans l’abri du port toutes les vagues et les tempêtes sont apaisées. Le navigateur peut jeter l’ancre. Voilà ce que signifie prendre refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha. Celui qui n’en comprendrait pas cette signification prendrait refuge en vain.

Prendre refuge signifie avoir finalement trouvé l’endroit se reposer. A savoir, l’enseignement qui nous promet sans l’ombre d’un doute qu’il y a une fin à la souffrance, une fin à tous les maux qui accablent l’humanité. L’enseignement, le Dhamma, exposé par le grand maître et perpétué par sa Sangha, nous montre la voie. Dans ce cas, la Sangha désigne ceux qui atteignent l’éveil en suivant l’enseignement du Bouddha mais pas simplement quiconque portant la robe. Tant que cette perspective n’est pas intégrée, ce qui n’implique pas nécessairement avoir expérimenté la libération de la souffrance en question, mais en avoir entrevu sa possibilité, et ancré sa foi et sa confiance dans l’efficacité du Dhamma, prendre refuge ne veut rien dire.

Buddham Saranam Gacchami

Dans le Bouddha je prends refuge

Dhammam Saranam Gacchami

Dans le Dhamma je prends refuge

Sangham Saranam Gacchami

Dans la Sangha je prends refuge.


Versets que nous récitons trois fois. Il est important d’en comprendre le sens, sans quoi nous répéterions simplement des mots dans une langue étrangère comme le font les perroquets ne sachant pas ce qu’ils profèrent.

Lorsque nous ressentons que prendre refuge devient pour nous une réalité, notre cœur s’ouvre avec dévotion, gratitude et respect envers le Bouddha-Dhamma-Sangha, le maître, l’enseignement et les disciples éveillés venus après lui pour perpétuer l’enseignement. Nous éprouvons de la gratitude parce que la cessation de la souffrance devient disponible. Nous ressentons aussi de la dévotion envers ce qui nous promet une tout autre réalité du monde, et de l’estime pour ceux ayant consacré leur vie à propager cet enseignement.

Prendre refuge peut devenir la chose la plus importante de notre vie. Tout ce que nous faisons, nous pouvons l’entreprendre pour le Bouddha-Dhamma-Sangha.

En leur nom, je peux facilement transporter des pierres. Elles ne pèsent quasi rien. Mais si je porte des pierres parce que quelqu’un me commande de les déplacer, elles paraissent bien lourdes. C’est un labeur fatigant. Une fois vu que la réalité dans laquelle vit l’humanité n’est pas satisfaisante, en possédant la volonté et la capacité de lâcher prise, il est très facile d’accomplir une tâche au nom du plus élevé, de ce qui nous promet une autre réalité.

Prendre refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha est très souvent fait à la manière des perroquets dont beaucoup participent. Heureusement, maintes personnes également s’engagent avec dévotion, gratitude et respect - respect pour une personne, un être humain qui a été capable d’atteindre l’état le plus élevé qu’un être puisse obtenir et qui a eu la capacité et la volonté d’expliquer cet état afin que d’autres puissent suivre sa voie. Il l’a exposé de telle façon que nous, aussi ordinaires que nous soyons, puissions effectivement le comprendre. C’est un des plus grands actes de génie de l’histoire de l’humanité. Il mérite tout le respect que nous sommes capables de lui offrir.

Lorsque nous manifestons gratitude, dévotion et respect, l’amour vient s’y joindre. Ces trois qualités sont liées à l’amour. Nous ne pouvons pas être reconnaissants, dévoués et respectueux envers quelqu’un que nous n’aimerions point. L’amour et le respect vont de concert avec le cheminement spirituel. Ils sont tous deux nécessaires dans toutes nos relations mais en particulier sur le chemin spirituel qui est relation intime, la plus intime que nous puissions avoir, du fait d’être en symbiose avec soi-même. Nous devrions nous engager avec le coeur et l’esprit. L’esprit comprend et le coeur aime. Faute de cela nous ne marcherons que sur une jambe, sautillant de-ci de-là, au lieu d’avancer fermement.

Cette instabilité dans notre pratique sera toujours au cœur une source d’insatisfaction et aussi une source de doute et de scepticisme : « Ce que je fais est-il juste ’ ? » ou « Qu’est--ce que je fais ici ? Comment y suis-je arrivé ? Que veut dire tout cela pour moi’ ? Pourquoi ne retournerais-je pas chez moi faire comme tout le monde ?». Le doute et le scepticisme apparaissent parce que nous sommes chancelants. Aller de l’avant sur une seule jambe est une activité très instable. Il y faut une base solide. Pour avancer, il faut engager pleinement son coeur et son esprit dans chaque action. Cet engagement sans réserve n’est possible que si le coeur s’ouvre.

Trouver un refuge, un endroit sûr dans ce monde humain semé d’ennuis, de difficultés, de craintes constantes pour nous--mêmes et pour les êtres chers, produit en tant qu’humain une modalité de vie anxieuse. Trouver un endroit sûr dans l’angoisse intense de l’existence, est extrêmement rare, une chose qui arrive si rarement, qui est si précieuse que la plupart des gens n’en reconnaissent même pas la valeur.

Nous parlons des Trois Joyaux, ou de la Triple Gemme (Tirattana), parce que ces Trois - Bouddha-Dhamma-Sangha - sont ce qui recèle le plus de valeur dans tout l’univers. Il ne s’agit pas du corps physique dans lequel le Bouddha est apparu, ni de ceux dans lesquels la Sangha est apparue, ou apparaît, mais ce qu’ils représentent : la transcendance, la réalité absolue, la relation avec un type de conscience surpassant toutes choses.

Etre à même de prendre refuge est non seulement une chose rare, cela dénote également un excellent kamma. Il faut une bonne destinée pour en rencontrer la possibilité. Toutefois cet acte ne portera des fruits que si nous prenons refuge par le cœur, et pas uniquement par la parole.

Je suis sûre que au moins une fois dans votre vie, vous avez tous été amoureux. Peut-être même plus d’une fois, mais disons une fois... Vous vous souvenez tous de la sensation prouvée surtout si l’amour était partagé. C’était merveilleux l’est-ce pas ? Eh bien c’est ce que vous ressentez lorsque vous limez le Bouddha-Dhamrna-Sangha parce que vous portez les [rois joyaux à longueur de temps dans votre coeur C’est une perpétuelle histoire d’amour. Que peut-on connaître de plus :exaltant ? Tout ce qu’on entreprend est fait au bénéfice du bien-aimé et devient très facile.

L’énergie devient alors un phénomène naturel. Il n’est pas nécessaire de la raviver car elle provient de la certitude et de la direction que nous nous sommes données. Il n’est pas nécessaire de la rechercher. L’énergie est simplement disponible parce que notre coeur se trouve complètement engagé dans nos actions.

Nous profitons d’un refuge qui promet la fin de chaque petite souffrance ayant pu hanter notre coeur ou qui s’y trouve maintenant, qui promet la fin de toute anxiété, la fin de toutes les peurs, de tous les soucis, jusqu’à la plus petite sensation d’inconfort indiquant que quelque chose ne tourne pas rond -c’est ce que le Bouddha a promis. Si c’est ce qui s’offre à nous, alors, prendre refuge signifie que nous nous sommes engagés dans une relation capable de nous purifier totalement et finalement nous permettre d’être partie prenante de la Sangha éveillé. Seule cette perspective permettra d’en profiter pleinement.

La séance de chant quotidienne ne fut pas instituée pour passer le temps, pour dire quelques mots en pali ou pour exercer nos poumons. Rien à voir avec tout ça ! Les trois premiers chants expriment la gratitude, la dévotion et le respect.

( I) ltipi So Bhagava. . .

(2) Svakkhato Bhagavata Dhammo...

(3) Supatipanno Bhagavato Savakasangho...


Le premier s’adresse au Bouddha, le deuxième au Dhamma et le troisième à la Sangha. C’est aussi un moyen d’apprendre l’enseignement par cœur. De savoir par coeur ce que le Bouddha a dit de l’amour (metta) dans le Discours de l’amour bienveillant

(Karaniya-Metta Sut ta) : « Que je sois libéré de l’inimitié » (aham avero homi). De savoir par coeur ce que le Bouddha a dit à propos du corps, de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience :

Sankhittena pancupadanakkhandha dukkha,

en bref, les cinq groupes (ou agrégats constituant l’individualité humaine) auxquels nous sommes attachés sont dukkha (souffrance), Seyyathidam, qui s’énoncent ainsi:

Rupupadanakkhandho, le groupe d’attachement du corps,

Vedanupadanakkhandho, le groupe d’attachement de la sensation,

Sannupadanakkhandhole groupe d’attachement de la perception,

Sankha nlpadanakkandho, le groupe d’attachement des formations mentales, Vinnanupadanakkhandho , le groupe d’attachement de la conscience.

Les mémoriser constitue la première tâche. Cela ne signifie pas nécessairement que nous les expérimentions mais simplement que nous les connaissions. La sagesse a trois niveaux. Le premier est la connaissance. Pour que cette connaissance s’acquière personnellement il faut l’intégrer dans son cœur et essayer de l’actualiser à l’intérieur de soi. C’est ainsi qu’elle devient nôtre. Il ne s’agit plus des mots du Bouddha, ni de ceux du cahier de chant, mais plutôt les nôtres propres. C’est à partir de là que la sagesse sera produite.

Le chant est d’une grande aide pour mémoriser l’enseignement, pour éveiller la dévotion et la gratitude. Il possède également un effet calmant. Et, bien sûr, il s’agit aussi d’un effort communautaire. Que nous ayons une voix fausse ou juste n’a pas d’importance, aucune différence ! Le principal est de s’engager avec tout son cœur. La seule chose qui compte c’est le cœur. Si nous prêtons réellement attention aux mots -ce qui est possible si nous les avons bien retenus - nous pouvons alors apprendre beaucoup sur la façon de diriger nos sentiments envers le Bouddha-Dhamma-Sangha.

Vous avez tous vu des statues du Bouddha. Il y en a partout, ici même plusieurs. Peut-être en possédez-vous une, ou bien quelques représentations picturales de l’Eveillé.

Personne ne sait exactement à quoi il ressemblait. A son époque il n’y avait pas d’appareils photos et à ma connaissance personne n’a exécuté un dessin du Bouddha. Ce que nous voyons dans les statues et les peintures est l’idée que tel créateur se fait de la beauté. Chaque pays développe son propre idéal esthétique.

Chaque artiste essaye de représenter le Bouddha comme parfait, et tout ce que vous contemplez est l’idée de cet artiste loin, peut-être, de celle que vous vous faites de la perfection.

Ceci dit, créez maintenant, en esprit, votre propre image du Bouddha conforme à votre idée de la perfection. Faites-la aussi belle que possible, avec des rayons dorés en émanant. Beauté ! Créez la chose la plus merveilleuse que vous puissiez visualiser ou imaginer et portez-la toujours au cœur. Il est bien préférable de porter en soi une représentation du Bouddha que n’importe quoi d’autre parce qu’elle nous aidera énormément à aimer les autres surtout si nous pensons que, eux aussi au sein d’eux-mêmes, peuvent abriter la même image magnifique. Ils ne parlent peut-être pas la même langue que nous, ou ne disent pas les choses que nous aimerions entendre mais ils portent le même symbole dans leur cœur.

A moins de nous efforcer et de laisser s’épanouir nos sentiments d’amour envers tout ce que nous rencontrons quotidiennement, la partie la plus joyeuse de la vie nous fera défaut. Si nous parvenons à ce degré d’ouverture, nous n’éprouverons aucune difficulté quelle qu’elle soit à être heureux.

Un amoureux dont la relation est une réussite arbore toujours un sourire satisfait. Rien de plus simple.

Ici, dans le contexte (religieux) la relation ne peut s’avérer décevante. Il s’agit d’une qualité de relation en laquelle l’amant ne s’enfuit pas ni n’est infidèle. Dans notre contexte, impossible d’être déçu. Nous ne connaissons pas encore l’ampleur d’un tel amour, c’est à dire que nous ne sommes pas encore à même de sonder la profondeur du Bouddha-Dhamma-Sangha. Celle-ci ne se dévoilera totalement que lorsque nous parviendrons à la complète illumination. Il n’y a donc aucun risque que nous tombions dans l’erreur d’une déception comme lorsque, par exemple, untel ou untel ne se comporte pas de la manière dont nous l’attendons.

Voilà une relation de type transcendant, d’un autre monde. Elle ne dépend pas d’un être humain qui va sans aucun doute mourir, qui est sans aucun doute imparfait. Nous sommes là en présence d’une perfection très difficile à trouver dans le royaume humain, ou dans tout autre. Quel privilège de croiser cette chance !

Certains d’entre nous n’ont pas de relation innée avec le Bouddha-Dhamma-Sangha. Ce n’est pas forcément un grand désavantage, car ce qui est inné depuis la petite enfance est souvent considéré comme déjà gagné. Si cette relation est considérée comme acquise, elle n’aura pas l’impact nécessaire. D’un autre côté, nous avons la possibilité d’approfondir cette relation telle qu’elle est vraiment, bien sûr nous devons en faire l’effort. Lorsque je dis " faire l’effort", cette volonté ne consiste pas à essayer d’aimer, mais à essayer de voir, d’ouvrir toute notre perception à ce qui nous arrive ici même dans notre vie. Dans les moments où nous sommes capables de nous ouvrir totalement à cette relation et de voir clairement les choses, cette qualité d’amour dans le lien se manifestera. Nous n’avons pas besoin de faire d’effort pour être dévoués, reconnaissants, ou respectueux. Lorsque nous comprendrons clairement ce que le Triple Joyau nous offre ces sentiments découleront automatiquement.

Voyant ce qui possède la plus grande beauté et la plus haute pureté, la plus grande sagesse - lorsque nous le contemplons véritablement - nous ne pouvons nous empêcher de l’aimer.
Il faudrait être insensé pour ne pas l’aimer et nous ne le sommes certainement pas puisque nous sommes là.

Soyons très reconnaissants d’être ici par la grâce d’un bon kamma. Nul besoin de nous en féliciter par quelques bourrades de satisfaction ne sachant même pas si cet effet est le fruit de cette existence ou, peut-être, le résultat d’actes courant sur de nombreuses vies. De toutes façons la personne qui a créé le kamma et celle qui en récolte les résultats ne sont certainement pas les mêmes. Quoique n’étant pas différentes non plus ! La réponse réside au milieu, a dit le Bouddha. Aussi, louons ce kamma, ses résultats impersonnels, et exaltons notre coeur pour prendre refuge. Nous pouvons enfin, dans une situation sécurisante, jeter l’ancre et travailler à notre développement intérieur.

Le Dhamma protège son pratiquant. Quand quelqu’un s’exerce réellement aux enseignements, il est complètement protégé. Non parce que les autres ne l’approchent pas, mais il se trouve hors de danger parce que ses propres réactions sont adéquates. C’est la seule véritable sécurité.

Chaque fois que vous chantez, Buddham Saranam Gacchami, créez un beau Bouddha dans votre coeur. Il vous aidera à vous laisser envahir par le sentiment d’amour éprouvé lorsque nous expérimentons une liaison profonde et une vraie communication avec la personne aimée.

Ce texte est extrait de l’ouvrage « Etre une île » paru aux Editions Dharma en 1997.






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