
ayakhema
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Pluie de gouttes emplit un seau
Prendre
refuge
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Biographie
Ayya
Khema est née à Berlin en 1923 de parents juifs.
En
1938, elle quitta l'Allemagne pour Glasgow, en Ecosse. Ses parents
partirent pour la Chine et Ayya Khema les rejoignit deux ans plus
tard à Shanghai. Au début de la guerre,
cependant, la
famille fut mise dans un camp de prisonniers de guerre japonais, et
c'est là que son père mourut.
Quatre
ans après la libération du camp par les
Américains,
Ayya Khema émigra aux Etat-Unis. Entre 1960 et 1964 elle
voyagea avec son mari et son fils à travers l'Asie, y
compris
dans les pays de l'Himalaya, et c'est à cette
époque
qu'elle apprit la méditation. Dix ans plus tard, elle
commença
à enseigner elle-même la méditation
à
travers l'Europe, l'Amérique et l'Australie. Ses
expériences
l'amenèrent, en 1979, au Shri Lanka où elle
reçut
l'ordination de nonne bouddhiste, sous le nom de Khema, qui signifie
sûreté et sécurité (Ayya
voulant dire
Vénérable).
En
1978, elle établit Wat Buddha Dhamma, un
monastère de
la forêt selon la tradition Theravada, près de
Sydney,
en Australie. A Colombo, elle fonda la Centre International des
Femmes bouddhistes comme centre d'entraînement pour les
nonnes
du Shri Lanka, et l'Ile de nonnes de Parappuduwa pour les femmes
désirant suivre une pratique intensive et/ou recevoir
l'ordination de religieuse. Elle est la directrice spirituelle d'un
centre de méditation dans le Sud de l'Allemagne,
Buddha-Haus,
établi sous ses auspices en 1989.
En
1987, elle organisa la première conférence
internationale des nonnes bouddhistes dans l'histoire du bouddhisme,
ce qui entraîna la création de Sakyadhita, une
organisation mondiale des femmes bouddhistes. Sa Sainteté le
Dalaï Lama prononça le discours d'ouverture de la
conférence. En mai 1987, comme
conférencière
invitée, elle fut la première bouddhiste
à avoir
jamais pris la parole aux Nations Unies à New York.
En
1988, elle reçut, par la tradition chinoise du Mahayana,
l'ordination complète.
Elle a
écrit de nombreux livres en anglais et en allemand sur la
méditation et les enseignements du Bouddha. Citons :
’ ll of
us". "Here and now", "When the iron eagle flies".
En 1988, son livre "Being Nobody, Going Nowhere" a reçu
le prix commémoratif Christmas Humphreys, une distinction
pour
la littérature bouddhiste.
En
Français, un seul ouvrage d'elle a été
traduit :
"Etre une île.", il s'agit d'enseignements donnés
à lors de sessions de méditation dans l'ile des
nonnes
de Parappuduwa.
Elle a
quitté ce monde le 2 novembre 1997.

PLUIE
DE GOUTTES EMPLIT UN SEAU
L'effort
juste est une des étapes du Noble Chemin Octuple, essentiel
en
toutes circonstances tant dans les entreprises mondaines que dans la
pratique spirituelle. L'effort juste est nécessaire mais
ayant
quelques difficultés à comprendre ce dont il
s'agit,
nous commettons beaucoup d'erreurs. La plupart du temps nous
péchons
par manque d'effort mais comment nous en rendre compte?
Etablissons
une ligne de conduite. Le soir, au moment du coucher, nous pouvons
récapituler les événements de notre
journée
et nous poser la question: « Ai-je vraiment fait un effort
aujourd'hui? Suis-je allé jusqu'à ma limite
personnelle
(quelle qu'elle soit), ou me suis-je arrangé pour en faire
le
moins possible?» Nul besoin de s'adresser à une
tierce
personne, qui d'autre que moi pourrait donner la réponse ?
Pourquoi en parler aux autres, le constater personnellement suffit.
L'effort
juste consiste à s'efforçer de
réaliser quelque
chose avec toutes nos capacités physiques et mentales. Pour
chacun, elles sont différentes et chacun doit savoir quelle
est sa limite. Il est loisible d'en juger communément ainsi:
«
Ai-je essayé d'aller juste un tout petit peu plus loin
qu'hier? Ai-je essayé de me lever cinq minutes plus
tôt?
De me souvenir de deux mots supplémentaires du texte
psalmodié?»
Il ne
s'agit pas d'efforts minuscules mais d'efforts justes.
«
Suis-je parvenu à rester assis plus longtemps dans la
même
position Ai-je
essayé
de rester concentré un petit peu plus longtemps, d'avoir
moins
de pensées négatives aujourd'hui? », ne
serait-ce
qu'une de moins ?
II
faut beaucoup de gouttes d'eau pour remplir un seau.
Le
chemin spirituel n'est pas un arc-en-ciel multicolore qui
apparaît
au moment idoine. La voie est constituée de très
petits
pas, comme la vie est constituée de très petits
incidents.
En
général, l'existence n'est pas formée
de
quelques grands événements qui ne se
présentent
qu'une, deux, trois, ou quatre fois dans une vie.
Chaque
jour est tissé de très petits
événements
renouvelés du matin jusqu'au soir, pendant cinquante,
soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans. Notre effort devrait
être similaire, infime peut-être, mais juste un
petit peu
plus grand que la veille.
II est
certain que, continuant ainsi pendant un certain temps, le seau
finira par se remplir.
Un
jour nous aurons à fournir le dernier effort, dernier effort
qui éliminera totalement l'illusion, l'illusion de l'ego.
Mais,
à moins de s'efforçer chaque jour, aussi petites
que
soient ces tentatives, cela ne se produira pas parce que nous
rétrograderons.
Notre
intérêt se porte vers les sensations
agréables.
Nous désirons une vie exquise et confortable, c'est pourquoi
l'effort - juste ce petit plus - s'avère inconfortable. En
fait, confort et inconfort n'ont pas vraiment d'importance car ils ne
produiront rien de notable. Mais si l'on s'en préoccupe
notre
capacité pour l'effort diminuera.
Si
nous restons incapables d'ignorer un moment notre confort personnel,
nous nous retrouverons sans stimulation ni motivation. Et finalement,
si nous ne fournissons jamais ce genre d'effort, nous ne saurons plus
du tout pourquoi nous agissons, et, nous ne rechercherons qu'une vie
douillette.
Dévaler
la pente est beaucoup plus facile que de la grimper, quelle que soit
la manière! Le corps obéit à la loi de
la
gravité, l'esprit aussi. Il est tellement plus
aisé de
se laisser glisser.
Ce
petit mouvement supplémentaire de l'esprit au profit d'un
sur-effort supplémentaire procure beaucoup de satisfaction.
Il
devient loisible de récapituler sa journée avec
un
esprit satisfait.
Il
n'est pas conseillé de laisser passer un jour sans
recollection.
Comment
pourrions-nous apprendre ce qui est important et ce qui ne l'est pas
si nous ne passons pas nos actions au crible?
Lors
de cette révision nous voyons que le petit effort
supplémentaire donne un sentiment de contentement:
«
J'ai essayé. J'ai essayé et j'ai
réussi à
vaincre encore une petite résistance. »
Un
seul moment est là : le présent. Le futur
n'existe pas.
C'est une création de notre imagination. Lorsque finalement
le
futur survient, c'est le présent. Rien ne peut
être
produit dans le futur. Tout ce que nous imaginons concernant le futur
ne se passera jamais comme imaginé parce que la personne qui
imagine n'est pas celle qui fera l'expérience d'une
production
future. Donc, se soucier du futur est une perte de temps.
Fouiller
le passé est certainement aussi une complète
perte de
temps. Il est irrémédiablement enfui. Il ne
reviendra
jamais. Il ne peut pas être ressuscité. Nos
souvenirs
sont défaillants, c'est pourquoi nous ne pouvons pas nous
remémorer avec précision les
événements
anciens. La seule chose utile à savoir à propos
du
passé est de reconnaître que telle action fut une
erreur. Ce serait bien d'être capable de tirer la
leçon
de cet événement particulier afin de ne pas
répéter
la même méprise. Voilà un sujet
vivement réglé,
nous avons d'ailleurs tout avantage à laisser de
côté
tout autre aspect du passé.
Ce
moment spécifique présent est le seul que nous
ayons.

PRENDRE
REFUGE /
Prendre
refuge dans l’Eveillé (le Bouddha),
l’enseignement (le
Dhamma) et la communauté des disciples
éveillés
(la Sangha) contient une signification profonde. Un refuge est un
abri, un endroit sûr. Il yen a très peu dans ce
monde.
Dans le monde profane il est en fait impossible de trouver
où
que ce soit, un abri tout à fait certain. Les habitats
protecteurs brûlent, sont détruits, disparaissent.
Le
"Bouddha-Dhamma-Sangha" ne constitue pas un abri physique
mais un abri spirituel, c’est pourquoi il peut et doit nous
donner
la sensation d’avoir enfin trouvé un havre, un
havre où
la tempête s’est calmée. Dans
l’océan, la
tempête, les vents et les vagues rendent la navigation
très
difficile. Mais lorsqu’ enfin le navire arrive au port,
l’eau est
calme. Dans l’abri du port toutes les vagues et les
tempêtes
sont apaisées. Le navigateur peut jeter l’ancre.
Voilà
ce que signifie prendre refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha. Celui
qui n’en comprendrait pas cette signification prendrait
refuge en
vain.
Prendre
refuge signifie avoir finalement trouvé l’endroit
se
reposer. A savoir, l’enseignement qui nous promet sans
l’ombre
d’un doute qu’il y a une fin à la
souffrance, une fin à
tous les maux qui accablent l’humanité.
L’enseignement, le
Dhamma, exposé par le grand maître et
perpétué
par sa Sangha, nous montre la voie. Dans ce cas, la Sangha
désigne
ceux qui atteignent l’éveil en suivant
l’enseignement du
Bouddha mais pas simplement quiconque portant la robe. Tant que cette
perspective n’est pas intégrée, ce qui
n’implique
pas nécessairement avoir expérimenté
la
libération de la souffrance en question, mais en avoir
entrevu
sa possibilité, et ancré sa foi et sa confiance
dans
l’efficacité du Dhamma, prendre refuge ne veut
rien dire.
Buddham
Saranam Gacchami
Dans
le Bouddha je prends refuge
Dhammam
Saranam Gacchami
Dans
le Dhamma je prends refuge
Sangham
Saranam Gacchami
Dans
la Sangha je prends refuge.
Versets
que nous récitons trois fois. Il est important
d’en
comprendre le sens, sans quoi nous répéterions
simplement des mots dans une langue étrangère
comme le
font les perroquets ne sachant pas ce qu’ils
profèrent.
Lorsque
nous ressentons que prendre refuge devient pour nous une
réalité,
notre cœur s’ouvre avec dévotion,
gratitude et respect
envers le Bouddha-Dhamma-Sangha, le maître,
l’enseignement et
les disciples éveillés venus après lui
pour
perpétuer l’enseignement. Nous
éprouvons de la
gratitude parce que la cessation de la souffrance devient disponible.
Nous ressentons aussi de la dévotion envers ce qui nous
promet
une tout autre réalité du monde, et de
l’estime pour
ceux ayant consacré leur vie à propager cet
enseignement.
Prendre
refuge peut devenir la chose la plus importante de notre vie. Tout ce
que nous faisons, nous pouvons l’entreprendre pour le
Bouddha-Dhamma-Sangha.
En
leur nom, je peux facilement transporter des pierres. Elles ne
pèsent
quasi rien. Mais si je porte des pierres parce que quelqu’un
me
commande de les déplacer, elles paraissent bien lourdes.
C’est
un labeur fatigant. Une fois vu que la réalité
dans
laquelle vit l’humanité n’est pas
satisfaisante, en
possédant la volonté et la capacité de
lâcher
prise, il est très facile d’accomplir une
tâche au nom
du plus élevé, de ce qui nous promet une autre
réalité.
Prendre
refuge dans le Bouddha-Dhamma-Sangha est très souvent fait
à
la manière des perroquets dont beaucoup participent.
Heureusement, maintes personnes également
s’engagent avec
dévotion, gratitude et respect - respect pour une personne,
un
être humain qui a été capable
d’atteindre
l’état le plus élevé
qu’un être puisse
obtenir et qui a eu la capacité et la volonté
d’expliquer cet état afin que d’autres
puissent suivre sa
voie. Il l’a exposé de telle façon que
nous, aussi
ordinaires que nous soyons, puissions effectivement le comprendre.
C’est un des plus grands actes de génie de
l’histoire de
l’humanité. Il mérite tout le respect
que nous sommes
capables de lui offrir.
Lorsque
nous manifestons gratitude, dévotion et respect,
l’amour
vient s’y joindre. Ces trois qualités sont
liées à
l’amour. Nous ne pouvons pas être reconnaissants,
dévoués
et respectueux envers quelqu’un que nous
n’aimerions point.
L’amour et le respect vont de concert avec le cheminement
spirituel. Ils sont tous deux nécessaires dans toutes nos
relations mais en particulier sur le chemin spirituel qui est
relation intime, la plus intime que nous puissions avoir, du fait
d’être en symbiose avec soi-même. Nous
devrions nous
engager avec le coeur et l’esprit. L’esprit
comprend et le coeur
aime. Faute de cela nous ne marcherons que sur une jambe, sautillant
de-ci de-là, au lieu d’avancer fermement.
Cette
instabilité dans notre pratique sera toujours au
cœur une
source d’insatisfaction et aussi une source de doute et de
scepticisme : « Ce que je fais est-il juste ’ ?
» ou «
Qu’est--ce que je fais ici ? Comment y suis-je
arrivé ? Que
veut dire tout cela pour moi’ ? Pourquoi ne retournerais-je
pas
chez moi faire comme tout le monde ?». Le doute et le
scepticisme apparaissent parce que nous sommes chancelants. Aller de
l’avant sur une seule jambe est une activité
très
instable. Il y faut une base solide. Pour avancer, il faut engager
pleinement son coeur et son esprit dans chaque action. Cet engagement
sans réserve n’est possible que si le coeur
s’ouvre.
Trouver
un refuge, un endroit sûr dans ce monde humain
semé
d’ennuis, de difficultés, de craintes constantes
pour
nous--mêmes et pour les êtres chers, produit en
tant
qu’humain une modalité de vie anxieuse. Trouver un
endroit
sûr dans l’angoisse intense de
l’existence, est extrêmement
rare, une chose qui arrive si rarement, qui est si précieuse
que la plupart des gens n’en reconnaissent même pas
la
valeur.
Nous
parlons des Trois Joyaux, ou de la Triple Gemme (Tirattana), parce
que ces Trois - Bouddha-Dhamma-Sangha - sont ce qui recèle
le
plus de valeur dans tout l’univers. Il ne s’agit
pas du corps
physique dans lequel le Bouddha est apparu, ni de ceux dans lesquels
la Sangha est apparue, ou apparaît, mais ce qu’ils
représentent : la transcendance, la
réalité
absolue, la relation avec un type de conscience surpassant toutes
choses.
Etre à
même de prendre refuge est non seulement une chose rare, cela
dénote également un excellent kamma. Il faut une
bonne
destinée pour en rencontrer la possibilité.
Toutefois
cet acte ne portera des fruits que si nous prenons refuge par le
cœur, et pas uniquement par la parole.
Je
suis sûre que au moins une fois dans votre vie, vous avez
tous
été amoureux. Peut-être même
plus d’une
fois, mais disons une fois... Vous vous souvenez tous de la sensation
prouvée surtout si l’amour était
partagé.
C’était merveilleux l’est-ce pas ? Eh
bien c’est ce que
vous ressentez lorsque vous limez le Bouddha-Dhamrna-Sangha parce que
vous portez les [rois joyaux à longueur de temps dans votre
coeur C’est une perpétuelle histoire
d’amour. Que peut-on
connaître de plus :exaltant ? Tout ce qu’on
entreprend est
fait au bénéfice du bien-aimé et
devient très
facile.
L’énergie
devient alors un phénomène naturel. Il
n’est pas
nécessaire de la raviver car elle provient de la certitude
et
de la direction que nous nous sommes données. Il
n’est pas
nécessaire de la rechercher. L’énergie
est simplement
disponible parce que notre coeur se trouve complètement
engagé
dans nos actions.
Nous
profitons d’un refuge qui promet la fin de chaque petite
souffrance
ayant pu hanter notre coeur ou qui s’y trouve maintenant, qui
promet la fin de toute anxiété, la fin de toutes
les
peurs, de tous les soucis, jusqu’à la plus petite
sensation
d’inconfort indiquant que quelque chose ne tourne pas rond
-c’est
ce que le Bouddha a promis. Si c’est ce qui s’offre
à
nous, alors, prendre refuge signifie que nous nous sommes
engagés
dans une relation capable de nous purifier totalement et finalement
nous permettre d’être partie prenante de la Sangha
éveillé.
Seule cette perspective permettra d’en profiter pleinement.
La
séance de chant quotidienne ne fut pas instituée
pour
passer le temps, pour dire quelques mots en pali ou pour exercer nos
poumons. Rien à voir avec tout ça ! Les trois
premiers
chants expriment la gratitude, la dévotion et le respect.
( I)
ltipi So Bhagava. . .
(2)
Svakkhato Bhagavata Dhammo...
(3)
Supatipanno Bhagavato Savakasangho...
Le
premier s’adresse au Bouddha, le deuxième au
Dhamma et le
troisième à la Sangha. C’est aussi un
moyen
d’apprendre l’enseignement par cœur. De
savoir par coeur ce que
le Bouddha a dit de l’amour (metta) dans le Discours de
l’amour
bienveillant
(Karaniya-Metta
Sut ta) : « Que je sois libéré de
l’inimitié
» (aham avero homi). De savoir par coeur ce que le Bouddha a
dit à propos du corps, de la sensation, de la perception,
des
formations mentales et de la conscience :
Sankhittena
pancupadanakkhandha dukkha,
en
bref, les cinq groupes (ou agrégats constituant
l’individualité humaine) auxquels nous sommes
attachés
sont dukkha (souffrance), Seyyathidam, qui
s’énoncent ainsi:
Rupupadanakkhandho,
le groupe d’attachement du corps,
Vedanupadanakkhandho,
le groupe d’attachement de la sensation,
Sannupadanakkhandhole
groupe d’attachement de la perception,
Sankha
nlpadanakkandho, le groupe d’attachement des formations
mentales,
Vinnanupadanakkhandho , le groupe d’attachement de la
conscience.
Les
mémoriser constitue la première tâche.
Cela ne
signifie pas nécessairement que nous les
expérimentions
mais simplement que nous les connaissions. La sagesse a trois
niveaux. Le premier est la connaissance. Pour que cette connaissance
s’acquière personnellement il faut
l’intégrer dans
son cœur et essayer de l’actualiser à
l’intérieur
de soi. C’est ainsi qu’elle devient
nôtre. Il ne s’agit
plus des mots du Bouddha, ni de ceux du cahier de chant, mais
plutôt
les nôtres propres. C’est à partir de
là que la
sagesse sera produite.
Le
chant est d’une grande aide pour mémoriser
l’enseignement,
pour éveiller la dévotion et la gratitude. Il
possède
également un effet calmant. Et, bien sûr, il
s’agit
aussi d’un effort communautaire. Que nous ayons une voix
fausse ou
juste n’a pas d’importance, aucune
différence ! Le
principal est de s’engager avec tout son cœur. La
seule chose qui
compte c’est le cœur. Si nous prêtons
réellement
attention aux mots -ce qui est possible si nous les avons bien
retenus - nous pouvons alors apprendre beaucoup sur la façon
de diriger nos sentiments envers le Bouddha-Dhamma-Sangha.
Vous
avez tous vu des statues du Bouddha. Il y en a partout, ici
même
plusieurs. Peut-être en possédez-vous une, ou bien
quelques représentations picturales de
l’Eveillé.
Personne
ne sait exactement à quoi il ressemblait. A son
époque
il n’y avait pas d’appareils photos et à
ma connaissance
personne n’a exécuté un dessin du
Bouddha. Ce que
nous voyons dans les statues et les peintures est
l’idée que
tel créateur se fait de la beauté. Chaque pays
développe son propre idéal esthétique.
Chaque
artiste essaye de représenter le Bouddha comme parfait, et
tout ce que vous contemplez est l’idée de cet
artiste loin,
peut-être, de celle que vous vous faites de la perfection.
Ceci
dit, créez maintenant, en esprit, votre propre image du
Bouddha conforme à votre idée de la perfection.
Faites-la aussi belle que possible, avec des rayons dorés en
émanant. Beauté ! Créez la chose la
plus
merveilleuse que vous puissiez visualiser ou imaginer et portez-la
toujours au cœur. Il est bien
préférable de porter en
soi une représentation du Bouddha que n’importe
quoi d’autre
parce qu’elle nous aidera énormément
à aimer
les autres surtout si nous pensons que, eux aussi au sein
d’eux-mêmes, peuvent abriter la même
image magnifique.
Ils ne parlent peut-être pas la même langue que
nous, ou
ne disent pas les choses que nous aimerions entendre mais ils portent
le même symbole dans leur cœur.
A
moins de nous efforcer et de laisser s’épanouir
nos
sentiments d’amour envers tout ce que nous rencontrons
quotidiennement, la partie la plus joyeuse de la vie nous fera
défaut. Si nous parvenons à ce degré
d’ouverture, nous n’éprouverons aucune
difficulté
quelle qu’elle soit à être heureux.
Un
amoureux dont la relation est une réussite arbore toujours
un
sourire satisfait. Rien de plus simple.
Ici,
dans le contexte (religieux) la relation ne peut
s’avérer
décevante. Il s’agit d’une
qualité de relation en
laquelle l’amant ne s’enfuit pas ni n’est
infidèle. Dans
notre contexte, impossible d’être
déçu. Nous ne
connaissons pas encore l’ampleur d’un tel amour,
c’est à
dire que nous ne sommes pas encore à même de
sonder la
profondeur du Bouddha-Dhamma-Sangha. Celle-ci ne se
dévoilera
totalement que lorsque nous parviendrons à la
complète
illumination. Il n’y a donc aucun risque que nous tombions
dans
l’erreur d’une déception comme lorsque,
par exemple, untel
ou untel ne se comporte pas de la manière dont nous
l’attendons.
Voilà
une relation de type transcendant, d’un autre monde. Elle ne
dépend
pas d’un être humain qui va sans aucun doute
mourir, qui est
sans aucun doute imparfait. Nous sommes là en
présence
d’une perfection très difficile à
trouver dans le
royaume humain, ou dans tout autre. Quel privilège de
croiser
cette chance !
Certains
d’entre nous n’ont pas de relation innée
avec le
Bouddha-Dhamma-Sangha. Ce n’est pas forcément un
grand
désavantage, car ce qui est inné depuis la petite
enfance est souvent considéré comme
déjà
gagné. Si cette relation est
considérée comme
acquise, elle n’aura pas l’impact
nécessaire. D’un autre
côté, nous avons la possibilité
d’approfondir
cette relation telle qu’elle est vraiment, bien sûr
nous
devons en faire l’effort. Lorsque je dis " faire
l’effort",
cette volonté ne consiste pas à essayer
d’aimer, mais
à essayer de voir, d’ouvrir toute notre perception
à
ce qui nous arrive ici même dans notre vie. Dans les moments
où
nous sommes capables de nous ouvrir totalement à cette
relation et de voir clairement les choses, cette qualité
d’amour dans le lien se manifestera. Nous n’avons
pas besoin de
faire d’effort pour être
dévoués,
reconnaissants, ou respectueux. Lorsque nous comprendrons clairement
ce que le Triple Joyau nous offre ces sentiments découleront
automatiquement.
Voyant
ce qui possède la plus grande beauté et la plus
haute
pureté, la plus grande sagesse - lorsque nous le contemplons
véritablement - nous ne pouvons nous empêcher de
l’aimer.
Il faudrait être insensé pour ne pas
l’aimer et nous ne le sommes certainement pas puisque nous
sommes
là.
Soyons
très reconnaissants d’être ici par la
grâce d’un
bon kamma. Nul besoin de nous en féliciter par quelques
bourrades de satisfaction ne sachant même pas si cet effet
est
le fruit de cette existence ou, peut-être, le
résultat
d’actes courant sur de nombreuses vies. De toutes
façons la
personne qui a créé le kamma et celle qui en
récolte
les résultats ne sont certainement pas les mêmes.
Quoique n’étant pas différentes non
plus ! La réponse
réside au milieu, a dit le Bouddha. Aussi, louons ce kamma,
ses résultats impersonnels, et exaltons notre coeur pour
prendre refuge. Nous pouvons enfin, dans une situation
sécurisante,
jeter l’ancre et travailler à notre
développement
intérieur.
Le
Dhamma protège son pratiquant. Quand quelqu’un
s’exerce
réellement aux enseignements, il est complètement
protégé. Non parce que les autres ne
l’approchent
pas, mais il se trouve hors de danger parce que ses propres
réactions
sont adéquates. C’est la seule
véritable sécurité.
Chaque
fois que vous chantez, Buddham Saranam Gacchami, créez un
beau
Bouddha dans votre coeur. Il vous aidera à vous laisser
envahir par le sentiment d’amour
éprouvé lorsque nous
expérimentons une liaison profonde et une vraie
communication
avec la personne aimée.
Ce
texte est extrait de l’ouvrage « Etre une
île »
paru aux Editions Dharma en 1997.


