DHAMMA-ANUSSATI
"efforcez-vous avec sincérité"

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Luang por Sumedho


sumedho



Luang Por Sumedho

Né à Seattle (Etats-Unis), en 1934, il a obtenu une Maîtrise en études orientales à l'Université de Californie, à Berkeley, puis passé une période dans la marine américaine et a enseigné dans le « Peace Corps ». Ordonné moine à Nong Kai, au Nord-Est de la Thaïlande, en 1967, il a étudié pendant douze ans auprès du célèbre maître de méditation de l'école de forêt, Ajahn Chah, qui lui confia le rôle de premier supérieur d'un monastère thaï réservé aux Occidentaux, Vat Pah Nanachat, en 1974.

En 1977 Ajahn Chah fut invité en Angleterre par l' « English Sangha Trust » en compagnie d'Ajahn Sumedho. Voyant l'intérêt suscité, Ajahn Chah demanda à Ajahn Sumedho de demeurer à Londres (au Hampstead Vihâra) et de prendre la charge d'un petit groupe de bhikkhu. En 1979, il établit le monastère de Chithurst, dans une forêt du Sussex, en Angleterre. En 1981, il fut nommé upajjhâya (précepteur).

Il est abbé actuellement du monastère Amaraviti, au Nord-ouest de Londres, où il est responsable de la direction spirituelle d'une importante communauté de moines et de nonnes. Il conduit de nombreuses retraites dans le monde entier


Le besoin de sagesse dans le monde

Nous sommes tous ici avec un intérêt commun. Au lieu d’être dans une salle pleine d’individus qui suivent leurs propres vues et opinions, ce soir nous sommes ici à cause de notre intérêt commun pour la pratique du Dhamma. Quand autant de gens viennent ici un dimanche soir, on commence à voir le potentiel de l’existence humaine, d’une société qui serait basée sur l’intérêt commun dans la vérité. Nous nous absorbons dans le Dhamma. Ce qui survient s’en va et dans ce fait-ci il y a la paix. Ainsi nous commençons à lâcher prise de nos habitudes et de l’attachement aux phénomènes conditionnés, nous commençons à réaliser la plénitude et l’unité du mental.

C’est une réflexion très importante pour notre temps, où il y a tant de conflits et de guerres parce que les gens ne peuvent s’accorder sur rien. Les Chinois contre les Russes, les Américains contre les Soviétiques, etc. , etc. Et à quel sujet ? À propos de quoi y-a-t-il bagarre ? À propos de perceptions du monde. « C’est mon pays et je veux qu’il soit comme ceci. Je veux ce genre de gouvernement et ce type de système politique et économique. », et cela continue sans fin. Cela va jusqu’à torturer et tuer des êtres au point où nous finissons par détruire le pays que nous voulions libérer et que nous rendons esclaves et déconcertons tous les gens que nous essayons de rendre libres. Pourquoi ? Parce que nous ne comprenons pas les choses telles qu’elles sont.

Le chemin du Dhamma est d’observer la nature et d’harmoniser nos vies avec les forces naturelles. Dans la civilisation européenne nous n’avons jamais regardé les choses de cette manière. Nous l’avons idéalisé. Tout serait idéal si cela était à notre convenance. Et si nous nous attachons simplement aux idéaux, nous finissons par faire ce que nous avons fait à la Terre aujourd’hui, c’est-à-dire de la polluer et d’être carrément sur le point de la détruire entièrement parce que nous n’avons pas compris les limites placées sur nous par la Terre. Ainsi, dans ce domaine, nous avons parfois à apprendre la manière abrupte de tout faire de travers et de semer un chaos total. Espérons que cela ne soit pas une solution insoluble ! 

Maintenant, dans ce monastère, les moines et les nonnes pratiquent le Dhamma avec diligence. Pendant tout le mois de janvier, nous ne parlons même pas mais nous dédions nos vies et offrons les bienfaits de notre pratique pour le bien-être de tous les êtres vivants. Tout ce mois est une prière continue et une offrande de cette communauté pour le bien-être de tous les êtres vivants. C’est un moment pour réaliser la vérité, voir, écouter et observer comment les choses sont ; un moment pour éviter de se laisser aller à des habitudes égoïstes, à des humeurs, d’y renoncer pour le bien-être de tous les êtres vivants. C’est un signe pour tous afin de réfléchir sur le genre de dévouement et de sacrifice pour aller vers la vérité. C’est une manière de montrer la direction vers la réalisation de la vérité dans notre propre vie, plutôt que de vivre simplement pour la forme, de manière habituelle en suivant les conditions opportunes du moment.

C’est une réflexion pour les autres. On abandonne des occupations immorales, égocentriques ou peu sympathiques pour être quelqu’un qui va vers ce qui est irréprochable, vers la générosité, la moralité et l’action pleine de compassion dans le monde. Si nous ne faisons pas cela, c’est une situation complètement sans issue. On pourrait aussi bien tout faire sauter maintenant car s’il n’y a personne qui soit d’accord d’utiliser sa vie à une fin nonégoïste, alors rien ne sert plus à rien.

Ce pays est généreux et bienveillant, mais nous le prenons pour quelque chose d’acquis et nous en tirons le maximum que nous pouvons. Nous n’essayons pas de lui donner quelque chose en retour. Nous exigeons beaucoup en voulant que le gouvernement rende tout parfaitement agréable pour nous et ensuite nous critiquons les autorités quand elles ne veulent pas le faire. De nos jours, on trouve des individus égoïstes qui mènent leur vie à leur guise, sans réfléchir et sans vivre d’une manière qui serait un cadeau pour la société. En tant qu’êtres humains, nous pouvons faire de nos vies de grands bonheurs ; ou bien nous pouvons devenir une nuisance dans le paysage en épuisant les ressources de la Terre pour notre gain personnel et ne retirant le plus que nous pouvons pour nous-mêmes, pour « moi » et « ce qui est à moi ».

Dans la pratique du Dhamma, le sens du « moi » et « ce qui est à moi » commence à disparaître - le sens du « moi » et « ce qui est à moi » en tant que petite créature assise ici, qui a une bouche et doit manger. Si je vis simplement les désirs de mon corps et mes émotions, alors je deviens une petite créature avide et égoïste. Mais si je réfléchis à la nature de ma condition physique et à comment elle peut être utilisée pendant cette vie-ci pour le bien de tous les êtres vivants, alors cet être vivant devient une bénédiction (Non que la personne se considère comme une bénédiction, « Je suis une bénédiction ’ ; car c’est un autre genre de vanité si vous commencez à vous attacher à l’idée que vous êtes une bénédiction !). Ainsi on vit véritablement chaque jour d’une manière que sa vie soit quelque chose qui apporte de la joie, de la compassion, de la gentillesse ou qu’au moins elle ne cause pas de confusion ni de misère supplémentaires. Le moins que nous puissions faire est de nous ne tenir aux cinq Préceptes pour que notre corps et notre parole ne soient pas utilisés pour le bouleversement, la cruauté et l’exploitation de cette planète. Est-ce trop demander de chacun d’entre vous ?

N’est-ce pas plutôt extraordinaire de renoncer à faire ce que vous avez envie de faire sur le moment afin d’être à la fin un peu plus attentif et responsable de ce que vous faites et dites ?

Nous pouvons tous nous y mettre, être généreux et bons, avoir de la considération pour les autres êtres avec lesquels nous partageons cette planète. Nous pouvons explorer avec sagesse et comprendre les limites dans lesquelles nous vivons de manière à ne plus être induit en erreur par le monde sensoriel. C’est pour cela que nous méditons. Pour un moine ou pour une nonne, c’est un style de vie, un sacrifice de nos désirs particuliers et de nos caprices pour le bien de la communauté, du Sangha.

Si je commence à penser à moi et à ce que je veux, alors je vous oublie tous parce ce que ce que je désire en particulier en ce moment pourrait ne pas être nécessairement bénéfique pour vous. Mais lorsque j’utilise le refuge du Sangha comme mon guide, alors le bien-être de la communauté est ma joie et je renonce à mes caprices pour le bien-être du Sangha. C’est pour cela que les moines et les nonnes se rasent la tête et vivent selon la discipline établie par le Bouddha. C’est un moyen de s’entraîner pour lâcher prise de l’ego comme manière de vivre ; une manière qui n’amène pas de honte ni de culpabilité ni de peur dans sa propre vie. On perd le sens de l’individualité qui sépare les êtres parce qu’on n’a plus envie d’être indépendant des autres ou de les dominer mais de s’harmoniser et de vivre pour le bien de tous les êtres plutôt que pour le sien propre.

La communauté laïque peut participer à cela. Les moines et les nonnes dépendent de la communauté laïque pour survivre, ainsi c’est une responsabilité importante pour la communauté laïque. Et à vous laïques, cela vous sort de vos problèmes particuliers, de vos obsessions parce que lorsque vous prenez de votre temps pour venir ici, pour donner, aider, pour pratiquer la méditation et écouter le Dhamma, vous vous trouvez absorbé dans cette unité de la vérité. Nous pouvons être ici sans envie ni jalousie, ni peur, ni doute, ni avidité ou convoitise, à cause simplement de notre inclination à réaliser la vérité. Faites-en l’intention de votre vie ; ne gaspillez pas votre vie dans des occupations futiles !

On peut appeler cette vérité par plusieurs noms. Les religions essayent de transmettre cette vérité de diverses manières, à travers des concepts et des doctrines, mais nous avons oublié de quoi la religion parle vraiment. Ces cent dernières années, notre société a suivi la science matérialiste, la pensée rationnelle et l’idéalisme basés sur notre capacité de concevoir des systèmes politiques et économiques ; pourtant cela ne fonctionne pas, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons pas vraiment créer une démocratie ou un communisme authentiques ou un vrai socialisme - nous ne pouvons créer cela parce que nous sommes encore trompés par l’ego. Alors, cela finit dans la tyrannie et l’égoïsme, dans la peur et la suspicion. Ainsi la situation présente du monde est le résultat de notre incompréhension des choses telles qu’elles sont et c’est un moment où chacun de nous a à faire de sa propre vie quelque chose qui en vaille la peine si vraiment nous sommes concernés par ce que nous pouvons faire.

Maintenant comment le faire ?
Premièrement, vous devez admettre le genre de motivations et de penchants égoïstes d’immaturité émotionnelle qui vous poussent afin de les connaître et d’en lâcher prise ; pour s’ouvrir aux choses telles qu’elles sont, pour être alerte. Simplement notre pratique d’ânâpânasati est un bon commencement, n’est-ce pas ? Ce n’est pas simplement une autre habitude ou un nouveau passe-temps que vous développer pour vous occuper mais un moyen de mettre de l’effort pour observer, vous concentrer et être avec la respiration telle qu’elle est.

Au lieu de faire cela, vous pourriez par exemple regarder la télévision, aller au pub et faire toutes sortes d’autres choses pas très judicieuses - qui d’une certaine manière peuvent sembler plus importantes que de suivre la respiration, n’est-ce pas ? Vous regardez les nouvelles à la télévision et vous voyez qu’on tue des gens au Liban - d’une certaine manière, cela semble plus important que d’être simplement assis à suivre l’inspiration et l’expiration. Mais ceci est le raisonnement du mental qui ne comprend pas les choses telles qu’elles sont ; ainsi nous sommes d’accord pour regarder les ombres sur l’écran et la misère qui peut être transmise par la télévision au sujet de l’avidité, la haine, la stupidité perpétrées de la manière la plus méprisable. Ne vaudrait-il pas mieux passer ce temps en étant avec son corps tel qu’il est en ce moment-ci ? Il vaudrait mieux voir du respect pour cet être physique qui se trouve ici de manière à apprendre à ne pas l’exploiter, à ne pas mal l’utiliser et ensuite à ne pas être mal avec lui quand il ne nous donne pas la joie que nous espérons.

Dans la vie monastique, nous n’avons pas la télévision parce que nous consacrons nos vies à faire des choses plus utiles comme de suivre notre respiration et aller et venir sur le sentier de la forêt. Les voisins pensent que nous sommes cinglés. Chaque jour, il vient des gens sortir enveloppés dans des couvertures qui montent et descendent sur le chemin. « Que font-il ? Ils doivent être fous ! » Nous avons eu une chasse au renard ici il y a quelques semaines. Les meutes chassaient les renards à travers nos bois (ils faisaient vraiment quelque chose d’utile et de bénéfique pour tous les êtres vivants !). Soixante chiens et tous ces adultes poursuivent un pauvre petit renard. Il vaudrait mieux passer ce temps à monter et descendre sur un sentier dans la forêt, n’est-ce pas ? Cela vaudrait mieux pour le renard, pour les chiens, pour Hammer Wood et pour les chasseurs de renard. Mais les gens dans le West Sussex pensent qu’ils sont normaux et nous qui sommes fous. Quand nous suivons notre respiration, que nous montons ou descendons le sentier dans la forêt, au moins nous ne terrifions pas les renards ! Comment vous sentiriez-vous si soixante chiens vous poursuivaient ? Imaginez juste comment votre coeur battrait si vous aviez une meute de soixante chiens à vos trousses et des gens à cheval leur criant de vous attraper. Ce n’est pas très joli quand vous y réfléchissez.

Pourtant c’est considéré comme normal et même comme une chose souhaitable à faire dans ce coin d’Angleterre. Parce que les gens ne prennent pas le temps de réfléchir, on peut être les victimes de nos habitudes, pris dans les désirs et les habitudes. Si vraiment nous explorions la chasse au renard, nous ne la ferions pas. Si vous êtes un tant soit peu intelligent et que vraiment vous considériez ce dont il s’agit, vous ne souhaiteriez pas le faire. Tandis qu’avec des choses simples, comme monter et descendre un sentier dans la forêt et suivre votre respiration, vous commencez à devenir conscient et beaucoup plus sensible. La vérité se révèle à nous à travers de simples pratiques apparemment insignifiantes que nous faisons tout comme nous suivons les cinq Préceptes qui sont un champ de bénédiction pour le monde.

Quand vous commencez à réfléchir sur les choses telles qu’elles sont et quand vous vous souviendrez du moment où votre vie a sérieusement été en danger, vous saurez combien c’est horrible. C’est une expérience absolument terrifiante. On ne souhaite pas vraiment intentionnellement soumettre une créature à une telle expérience, si vous y avez réfléchi. Iln’y a aucune raison pour qu’intentionnellement quelqu’un soumettre une créature à une telle terreur. Si vous ne réfléchissez pas, vous pensez que les renards n’ont aucune importance. Ils sont juste là pour mon plaisir - c’est quelque chose à faire un dimanche après-midi. Je me souviens d’une dame qui est venue me voir et qui était très perturbée par le fait que nous achetions l’Étang de Hammer 7. Elle disait, « Vous savez, je retire une telle paix de cet étang, je ne viens pas ici pour pêcher, je viens ici pour le calme de l’endroit ». Elle passait tout son dimanche à pêcher, simplement pour être en paix ! Elle avait l’air tout à fait en bonne santé, elle était un peu boulotte, elle ne mourrait pas de faim. Elle n’avait pas vraiment besoin de pêcher pour survivre. « Vous avez assez d’argent je pense pour acheter du poisson ; vous pourriez venir méditer simplement ici. Vous n’avez pas besoin de pêcher. ». Elle n’avait pas vraiment envie de méditer. Et puis elle continuait à parler des lapins qui lui mangeaient ses choux si bien qu’elle avait dû poser toutes sortes de pièges pour tuer les lapins pour qu’ils ne mangent pas ses choux. Cette femme ne pensait jamais à rien. Elle refuse les choux à ses lapins mais elle peut très bien sortir et acheter des choux. Mais les lapins ne peuvent pas le faire. Ils doivent faire de leur mieux pour manger les choux de quelqu’un d’autre. Cette femme n’a jamais vraiment laissé son mental s’ouvrir aux choses telles qu’elles sont, à ce qui est vraiment bon et bienveillant. Je ne dirais pas que c’est une personne cruelle ou sans coeur, je dirais que c’est une femme de classe moyenne qui est ignorante, qui ne réfléchit jamais à la nature et qui ne réalise pas ce qu’est le Dhamma. Naturellement, elle pense que les choux sont là pour elle et pas pour les lapins et que les poissons sont là pour qu’elle ait un dimanche après-midi paisible à les torturer.

Cette capacité à réfléchir et à observer est ce vers quoi le Bouddha a attiré l’attention dans ses enseignements, comme la libération du fait de suivre aveuglément les habitudes et les conventions. C’est une manière de libérer cet être de l’illusion de la condition sensorielle par la réflexion avisée sur comment sont les choses. Nous commençons à observer nous-mêmes le désir pour un objet ou l’aversion, l’apathie ou la stupidité du mental. Nous ne choisissons pas ou n’essayons pas de créer des conditions plaisantes pour notre plaisir personnel, nous sommes même disposés à supporter des conditions déplaisantes ou misérables afin de les comprendre telles qu’elles sont et d’être capables d’en lâcher prise. Nous commençons à nous libérer du fait que nous évitons les choses que nous n’aimons pas. Nous commençons aussi à être plus attentifs à la manière dont nous vivons. Une fois que nous voyons ce qu’il en est, nous désirons vraiment être très attentif à ce que nous faisons et disons. Vous n’avez plus envie de vivre au dépens des autres créatures. On ne trouve pas que sa vie est plus importante que celle des autres. On commence à ressentir la liberté et la légèreté de cette harmonie avec la nature plutôt que le poids de l’exploitation de la nature pour des gains personnels. Quand vous ouvrez le mental à la vérité, vous voyez qu’il n’y a rien dont on doive avoir peur. Ce qui survient disparaît, ce qui naît meurt et est non-soi - de telle sorte que notre sentiment d’être identifié avec ce corps humain s’estompe. Nous ne nous considérons plus comme un entité isolée, aliénée, perdue dans un univers mystérieux et terrifiant. On n’est pas submergé par le monde, on n’essaie pas de trouver quelque chose à quoi l’on puisse s’accrocher et avec quoi l’on puisse se sentir en sécurité, parce que nous nous sentons
en paix avec le monde. À ce moment-là, nous sommes absorbés dans la vérité. 



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 Qu'est ce que la méditation ?

Le mot « méditation » est très utilisé de nos jours et recouvre une grande variété de pratiques. Dans le bouddhisme, ce mot désigne deux sortes de méditations, l’un est appelée « samatha » et l’autre « vipassana ». La méditation samatha consiste à concentrer le mental sur un objet plutôt que de le laisser errer vers d’autres choses. On choisit un objet comme la sensation de la respiration, et l’on porte pleine attention aux sensations de l’inspiration et de l’expiration. Probablement qu’à travers cette pratique vous commencerez à faire l’expérience d’un mental calme, et vous deviendrez tranquille parce que vous coupez court à toutes les autres choses qui viennent à travers les organes des sens.

Les objets dont vous vous servez pour être tranquille sont tranquillisants (inutile de le dire !). Si vous voulez avoir un mental agité, allez vers quelque chose d’excitant, n’allez pas dans un monastère bouddhiste, allez à la discothèque !... C’est facile de se concentrer sur l’excitation, n’est-ce pas ? C’est une vibration si forte qu’elle vous prend entièrement. Si vous allez au cinéma et qu’il s’agisse vraiment d’un film d’action, vous êtes captivé. Vous n’avez pas besoin de faire un effort pour voir quelque chose de très excitant, de romantiques ou plein d’aventures. Mais de voir un objet tranquillisant peut être terriblement ennuyeux si vous n’y êtes pas habitué. Qu’est-ce qui est plus ennuyeux que de suivre sa respiration si vous êtes habitué à des choses plus excitantes ? Ainsi pour ce genre de choses, il vous faut faire un effort du mental parce que la respiration n’est pas en soi une chose intéressante, ni romantique, ni aventureuse, ni brillante, elle est juste comme elle est. Alors vous devez faire un effort parce que vous n’êtes pas stimulé de l’extérieur. Dans cette méditation, vous n’essayez pas de créer une image, vous vous concentrez sur la sensation ordinaire de votre corps tel qu’il est juste en ce moment afin de soutenir et garder votre attention sur votre respiration. Quand vous faites cela, la respiration s’affine de plus en plus et vous vous calmez. Je connais des gens qui ont prescrit la méditation samatha pour soigner l’hypertension parce qu’elle calme le coeur.

Voilà ce qu’est la pratique du calme. Vous pouvez choisir divers objets de concentration, vous entraîner à soutenir l’attention jusqu’à l’absorption ou jusqu’à devenir un avec l’objet. Actuellement, vous ressentez une impression d’unité avec l’objet sur lequel vous vous êtes concentré et c’est ce que nous appelons absorption. L’autre pratique est appelée « vipassana » ou « méditation de la compréhension profonde ». Avec cette méditation, vous laissez le mental s’ouvrir à tout ce qui se présente.

Vous ne choisissez pas un objet particulier pour vous concentrer ou vous y absorber, mais vous regardez bien afin de comprendre comment sont les choses. Maintenant, ce que nous pouvons voir au sujet de comment sont les choses est que toute expérience des sens est non permanente. Tout ce que vous voyez, entendez, sentez, goûtez, touchez, toutes les conditions du mental, vos sensations, souvenirs, vos pensées, sont des conditions changeantes du mental qui surgissent et disparaissent. En vipassanâ, nous prenons cette caractéristique de la nonpermanence (ou du changement) comme un moyen de regarder toute expérience sensorielle que nous pouvons observer pendant que nous sommes assis en méditation.

Ce n’est pas qu’une attitude philosophique ou une croyance en une théorie bouddhique particulière : il faut connaître la non-permanence depuis l’intérieur de soi en laissant le mental s’ouvrir pour contempler et être conscient de la manière dont les choses sont vraiment. Ce n’est pas une manière d’analyser les choses où l’on suppose qu’elles doivent être ainsi et quand elles ne sont pas ainsi, d’essayer d’imaginer pourquoi les choses ne sont pas de la manière dont on le souhaiterait. Avec la pratique de la compréhension intérieure, nous n’essayons pas de nous analyser ni même de changer quoi que ce soit pour que cela corresponde à nos désirs. Dans cette pratique, nous nous contentons d’observer patiemment que ce qui survient disparaît, que ce soit mental ou physique.

Ainsi cette pratique inclut les organes des sens eux-mêmes, les objets des sens et la conscience qui naît à leur contact. Il y a aussi les conditions mentales d’aimer ou de ne pas aimer ce que nous voyons, sentons, goûtons, ressentons ou touchons ; les noms que nous leur donnons ; et les idées, les mots et les concepts que nous créons autour de l’expérience sensorielle. La plus grande partie de notre vie est basée sur de fausses assomptions que nous fabriquons de toutes pièces en ne comprenant pas et en n’explorant pas vraiment les choses telles qu’elles sont. Ainsi pour quelqu’un qui n’est pas éveillé et conscient, la vie tend à devenir déprimante ou déroutante, spécialement quand on a des déceptions ou que des tragédies nous arrivent. Alors on se sent submergé parce qu’on n’a pas observé les choses telles qu’elles sont.

Dans la terminologie bouddhique, nous utilisons le mot Dhamma (ou Dharma) qui signifie « les choses telles qu’elles sont », « les lois naturelles ». Lorsque nous observons et « pratiquons le Dhamma », nous laissons le mental s’ouvrir aux choses telles qu’elles sont. De cette manière nous ne réagissons plus de manière aveugle à l’expérience des sens, mais nous la comprenons et à travers cette compréhension nous commençons à lâcher prise de cela.

Nous commençons à nous libérer du fait d’être juste submergé ou aveuglé et rendu confus par l’apparence des choses. Maintenant, être conscient et éveillé n’est pas une façon de « devenir » mais une façon « d’être ». Ainsi nous observons les choses telles qu’elles sont en ce moment présent plutôt que de faire quelque chose maintenant qui doit devenir conscient dans le futur. Nous observons le corps tel qu’il est en étant assis ici. Il appartient complètement à la nature, n’est-ce pas ? le corps humain appartient à la terre, il a besoin d’être soutenu par des choses qui viennent de la terre. Vous ne pouvez pas vivre seulement d’air ou ne pouvez pas importer de la nourriture depuis Mars ou Vénus. Il vous faut bien manger les choses qui poussent sur cette Terre. Quand le corps meurt, il retourne à la terre, il pourrit, se décompose et devient à nouveau un avec la terre. Il suit les lois de la nature, de la création et de la destruction, naître et ensuite mourir. Chaque chose qui naît ne reste pas de manière permanente dans un état donné ; il grandit, vieillit et ensuite meurt. Toutes les choses dans la nature, même l’univers lui-même, ont leur temps d’existence, naissance et mort, commencement et fin. Tout ce que nous percevons et pouvons concevoir est changement ; c’est non permanent. De telle sorte que rien ne peut nous satisfaire de manière permanente.

Dans la pratique du Dhamma, nous pouvons observer cette insatisfaction de l’expérience sensorielle. Il suffit simplement de noter dans votre propre vie, les moments où vous vous attendez à retirer de la satisfaction des objets sensoriels ou des expériences dont vous pouvez être temporairement satisfait, dont vous pouvez peut-être être content, et ensuite cela change. Cela est dû au fait qu’il n’y a aucun point qui ait une qualité ou une essence permanente dans la conscience des organes des sens. Ainsi l’expérience des sens est toujours changeante et si nous sommes ignorants ou que nous ne comprenons pas cela, nous avons tendance à en attendre beaucoup. Nous avons tendance à demander, à espérer et à créer toutes sortes de choses pour être en fin de compte terriblement déçus, désespérés, remplis de tristesse et de peur. Ces attentes et ces espoirs nous conduisent au désespoir, à l’angoisse, à la tristesse, vers la douleur, la lamentation, la vieillesse, la maladie et la mort.

Maintenant il y a un moyen d’examiner la conscience des organes sensoriels. Le mental peut penser en termes d’abstractions, il peut créer toutes sortes d’idées et d’images, il peut rendre les choses très raffinées ou très grossières. Il y a toute une gamme de possibilités depuis les états très raffinés de grande joie et d’extase jusqu’à des états pitoyables très primaires et douloureux : du paradis jusqu’à l’Enfer, en utilisant une terminologie plus imagée. Mais, il n’y a pas d’Enfer permanent ni de Paradis permanent ; en fait, on ne peut percevoir ni concevoir d’état permanent. Dans notre méditation, une fois que nous commençons à nous rendre compte de ces limitations, l’insatisfaction, la nature changeante de toute expérience des sens, nous commençons à nous rendre compte que ce n’est pas moi ou à moi, c’est « anattâ », le non-soi.

Ainsi en nous rendant compte de cela, nous commençons à nous libérer de l’identification avec les conditions sensorielles. Maintenant, on ne fait pas cela en ayant de l’aversion contre ces choses mais en comprenant comment elles sont. C’est une vérité qu’il faut expérimenter, ce n’est pas une croyance. « anattâ » n’est pas une croyance bouddhique mais une réalisation véritable. Maintenant si vous ne consacrez jamais aucun moment dans votre vie à essayer d’explorer et de comprendre cela, vous vivrez probablement toute votre vie dans l’hypothèse que vous êtes votre propre corps. Même s’il se peut qu’à un certain moment vous pensiez « Oh, je ne suis pas mon corps », vous lisez de la poésie inspirée et vous avez un nouvel angle philosophique. Il se peut que vous pensiez que c’est une bonne idée que l’on ne s’identifie pas avec son corps mais vous ne vous êtes pas vraiment « rendu compte » de cela. Même si quelques personnes, des intellectuels, disent « Nous ne sommes pas le corps, le corps est non-soi », c’est facile à dire mais connaître vraiment cela, c’est une autre paire de manches ! À travers la pratique de la méditation, à travers l’investigation et la compréhension des choses telles qu’elles sont ; nous commençons à nous libérer de l’attachement. Quand nous n’attendons plus rien ou ne demandons plus rien, alors naturellement nous ne ressentons pas le désespoir et la douleur résultant du fait que nous n’obtenons pas ce que nous désirons.

Ainsi, c’est le but, Nibbâna ou la réalisation de ne s’attacher à aucun phénomène qui a un commencement et une fin. Quand nous lâchons prise de cet attachement insidieux et habituel à ce qui naît et meurt, nous commençons à réaliser le « non-mort ».

Certaines personnes vivent leur vie en réagissant contre elle parce qu’ils ont été conditionnés à agir ainsi, comme les chiens de Pavlov. Si vous n’êtes pas éveillé aux choses telles qu’elles sont, alors vous n’êtes vraiment qu’une créature intelligente conditionnée au lieu d’être un chien conditionné stupide. Nous pouvons mépriser les chiens de Pavlov qui salivent quand la cloche sonne mais notez comment nous faisons des choses très semblables.

La raison en est qu’avec l’expérience des sens, tout est conditionné, ce n’est pas une personne, ce n’est pas une « âme » ou une « essence personnelle ». Ces corps, sensations, souvenirs et pensées sont des perceptions conditionnées dans le mental à travers la souffrance, à travers le fait d’être né dans un corps humain, d’être né dans nos familles, d’appartenir à un certain rang social, une race, une nationalité ; c’est dépendant du fait d’avoir un corps d’homme ou de femme, attractif ou pas, etc. Ce ne sont que des conditions qui ne nous appartiennent pas, qui ne sont pas moi, pas miennes. Ces conditions suivent les lois de la nature, les lois naturelles. Nous ne pouvons pas dire « Je ne veux pas que mon corps vieillisse ». Bon, nous pouvons dire cela pendant un temps, mais peu importe combien fort nous pouvons tenir à cela, le corps vieillit quand même. Nous ne pouvons pas attendre du corps qu’il ne souffre jamais, qu’il ne tombe jamais malade ou qu’il ait toujours une vision et une audition parfaites. Nous l’espérons tous, n’est-ce pas ? « J’espère que je serai toujours en bonne santé, que je ne deviendrai jamais invalide, que je verrai toujours bien, que je ne deviendrai jamais aveugle ; que j’aurai de bonnes oreilles comme cela je ne ferai jamais partie de ceux à qui l’on doit crier les choses pour qu’ils entendent, j’espère que je ne deviendrai jamais sénile, que j’aurai toujours le contrôle de mes facultés jusqu’à ce que je meure à quatre-vingt-quinze ans, alerte, rayonnant, joyeux, dans mon sommeil et sans aucune douleur. ». C’est ainsi que nous aimerions que cela se passe. Certains peuvent tenir pendant longtemps et mourir de manière idyllique, mais demain il se peut que les globes de nos yeux tombent. Ce n’est pas souhaitable, mais cela peut arriver ! Cependant le poids de la vie diminue considérablement quand nous réfléchissons sur les limites de notre vie. Alors nous savons ce que nous pouvons accomplir, ce que nous pouvons apprendre de la vie. Donc, une grande partie de la misère humaine vient du fait que nous attendons beaucoup de la vie et que jamais nous ne sommes vraiment capables d’obtenir tout de que nous avions souhaité.

Ainsi dans notre méditation et dans notre compréhension en profondeur des choses telles qu’elles sont, nous voyons que la beauté, le raffinement et le plaisir sont des conditions non permanentes, tout comme la douleur, la misère et la laideur. Si vraiment vous comprenez cela, vous pouvez alors apprécier et supporter les choses telles qu’elles se présentent. Actuellement, la plus grande partie de la leçon dans la vie est de supporter ce que nous n’aimons pas en nous et dans le monde qui nous entoure ; être capable d’être patient de manière agréable et de ne pas faire toute une histoire à propos de des imperfections de l’expérience des sens. Nous pouvons nous adapter, supporter et accepter les caractéristiques du changement de la naissance des sens et du cycle de la mort en lâchant prise et en ne nous y attachant pas. Quand nous nous libérons de l’identification avec cela, nous faisons l’expérience de notre vraie nature qui est une connaissance lumineuse, claire ; mais qui n’est plus une chose personnelle, ce n’est plus « moi » ou « mien », il n’y a pas d’acquisition ou d’attachement à cette chose. Nous ne pouvons nous attacher qu’à cela qui n’est pas nous même!

Les enseignements du Bouddha sont simplement des moyens utiles, des moyens pour voir l’expérience sensorielle, qui nous aident à la comprendre. Ce ne sont pas des commandements, ce ne sont pas des dogmes religieux que nous avons à accepter ou à croire. Ce sont simplement des repères pour montrer les choses telles qu’elles sont. Ainsi nous n’utilisons pas les enseignements du Bouddha pour nous y attacher comme une fin en eux mêmes mais seulement pour nous rappeler d’être éveillé, alerte et conscient du fait que tout ce qui survient cesse.

C’est une observation et une réflexion continuelles et constantes sur le monde sensoriel parce ce que le monde des sens a une influence incroyablement forte sur nous. De posséder ce corps-ci dans la société dans laquelle nous vivons fait peser sur nous des pressions incroyables. Tout bouge très vite, la télévision et la technologie de notre époque, les voitures, tout tend à aller très vite. Tout cela est très attractif, excitant et intéressant et met tous nos sens en émoi. Notez quand vous allez à Londres, combien les publicités attirent votre attention sur les bouteilles de whisky et les cigarettes ! Votre attention est attirée sur toutes les choses que vous pouvez acheter, allant toujours dans le sens de la naissance de l’expérience sensorielle.

La société matérialiste essaie d’éveiller l’avidité pour que vous dépensiez de l’argent et pourtant vous n’êtes jamais content de ce que vous avez. Il y a toujours quelque chose de mieux, de plus nouveau, de plus délicieux que ce qui était pourtant le plus délicieux hier. Cela continue ainsi encore et toujours en vous attirant vers les objets des sens.

Mais quand nous venons dans la salle de méditation, nous ne sommes pas là pour regarder les autres ni pour être attirés ou stimulés par les objets qui se trouvent dans la salle mais pour les utiliser afin de nous souvenir. Nous sommes invités soit à concentrer notre mental sur un objet paisible, soit à laisser notre mental s’ouvrir, à explorer et à réfléchir sur comment les choses sont. Nous avons à expérimenter ceci chacun pour nous-même. La réalisation de quelqu’un d’autre ne va pas réaliser le reste d’entre nous. C’est un mouvement à l’intérieur de nous. Il n’y a pas à chercher à l’extérieur quelqu’un de réalisé pour vous réaliser. Nous donnons cette occasion pour vous encourager et vous guider de telle sorte que ceux qui sont intéressés à ce chemin puissent le faire. Ici vous pouvez à peu près être certain que personne ne va vous voler le porte-monnaie ! De nos jours, on ne peut compter sur rien mais il y a moins de risques ici que si vous étiez assis en plein Picadilly Circus ; les monastères bouddhistes sont des refuges de cette sorte pour que le mental s’ouvre. C’est notre chance à nous en tant qu’êtres humains.

En tant qu’êtres humains, nous avons un mental qui peut méditer et observer. Vous pouvez observer si vous êtes heureux ou misérable. Vous pouvez observer la colère, la jalousie ou la confusion dans votre mental. Quand vous êtes assis et que vous vous sentez vraiment confus et bouleversé, il y a cela en vous qui le sait. Vous pouvez le détester et juste réagir aveuglément, mais si vous êtes plus patient, vous pouvez observer que c’est une condition changeante, provisoire, de confusion, de colère ou d’avidité. Par contre, un animal ne peut pas observer cela ; quand il est en colère, il est complètement perdu dans cet état.

Dites à un chat en colère de regarder sa colère. Je n’ai jamais rien pu faire avec notre chatte, elle ne peut pas réfléchir à l’avidité. Mais moi je le peux et je suis certain que vous pouvez le faire aussi. Je vois de la nourriture délicieuse devant moi et le mouvement du mental est le même que celui de notre chatte Doris. Nous pouvons observer l’attraction de l’animal vers les choses qui sentent bon et qui ont l’air bonnes.

Regarder cette impulsion et la comprendre, c’est utiliser la sagesse. Cela qui observe l’avidité n’est pas l’avidité : l’avidité ne peut pas s’observer elle-même, par contre cela qui n’est pas l’avidité peut observer l’avidité. Cette observation est ce que nous appelons « Bouddha » ou « sagesse du Bouddha », conscience de comment sont les choses.


Ces textes sont extraits de "Vigilance chemin vers le Nibbana"

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