kamma et méditation
Le
kamma de la méditation
*
|
Ajahn
Sucitto

photo Forest
Shanga |
Né
à Londres en 1949. Séjournant en
Thaïlande en
1975, il assista à un cours de méditation
à
Chiang Mai et, après quelques jours de pratique,
décida
de s'engager dans la vie monastique. Il passa les trois
années
suivantes en Thaïlande, principalement au Vat Kiriwong
à
Nakhon Sawan. C'est en Thaïlande qu'il rencontra Ajahn
Sumedho,
peu avant le départ de ce dernier pour l'Angleterre.
En
1978, Ajahn Sucitto revint en Angleterre et y rencontra à
nouveau Ajahn Sumedho et il décida de rester et de pratiquer
sous sa direction au Hampstead Vihâra ; pendant les quinze
années qui suivirent, il fut responsable de
l'édition
des enseignements d'Ajahn Sumedho et d'autres membres du Sangha. En
1984, Ajahn Sucitto s'installa à
Amarâvatî où
il s'efforça de développer une formation pour les
sîladhara (nonnes observant les 10 préceptes).
Depuis
1992, il est en charge du monastère de Chithurst, dans le
Sussex.
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***
*
La
méditation est une profonde activité de
transformation.
Cela peut paraître étrange car la
méditation se
présente souvent comme une position assise en toute
tranquillité – et en silence. En ce qui concerne
une
activité quelconque…cela se borne apparemment
à
quelques actions qui semblent sans importance, comme porter son
attention sur les sensations liées à la
respiration, ou
sur les pensées qui se déroulent dans le mental.
La
méditation ne semble pas être un processus
très
significatif. Des gens peuvent demander : « Que sommes nous
supposés faire quand nous sommes assis ? »
«
Qu’est-ce que je dois faire de mon mental pour
l’améliorer
»
En fait, ce qui
caractérise la méditation est le fait que
c’est un
processus de modération de l’énergie en
calmant
l’attention, ce qui lui permet d’être
plus réceptive,
plus ouverte. Une action importante dans la méditation
consiste à soigner notre « énergie de
faire »
afin que la volition ne soit pas agitée, ni indocile,
angoissée ou violente, mais devienne claire et tranquille et
entièrement attentive au moment présent. Ainsi,
plus
nous arrivons à modérer notre énergie
de cette
manière, plus nous arrivons à un
résultat
brillant, à la confiance et à la
clarté ; et
plus ces qualités du mental se font jour en
nous-mêmes,
moins nous nous sentons obtus, agités et confus. Alors,
l’agitation, le souci et les tentations de nous distraire
disparaissent. Par conséquent, en plus d’un
bien-être
immédiat et d’une plus grande clarté,
la méditation
apporte d’autres bienfaits importants dans notre vie : nous
apprécions la valeur de la tranquillité et de la
simplicité, ce qui nous encourage à laisser les
choses
se faire. Cela représente un changement important de
perspective.
La
fonction première de la méditation est une sorte
de
remède. On l’appelle « calmant
», (samatha) :
l’installation et le confort des énergies
corporelles et
mentales. La seconde fonction est la vue profonde (vipassana) qui est
plutôt une manière de regarder dans le corps et le
mental devenus calmes et de voir ce qu’ils sont
réellement.
Les deux fonctions marchent ensemble : quand vous vous calmez, votre
regard devient plus clair et comme vous voyez les choses plus
clairement, l’agitation diminue ainsi que la confusion et les
choses à régler. Et au moment où les
deux
processus prennent fin, le kamma cesse :
l’expérience de nos
forces intérieures – nos sensations et nos
humeurs, nos
attitudes et les souvenirs qui nous font vivre – peuvent
trouver un
endroit de résolution. L’agitation et la confusion
peuvent
s’arrêter.

Formation
de « schémas »
Nous
pouvons élargir la pratique de la méditation en
agrandissant la conscience du corps quand il est assis, en marche,
debout ou couché et également dans
l’acte continu
d’inspirer et d’expirer. Nous nous occupons ainsi
des réalités
fondamentales de la vie du corps. Cela nous donne
l’opportunité
de mettre de côté des questions plus personnelles,
spécifiques ou d’actualité et de nous
pencher sur
quelque chose qui nous accompagne toute notre vie.
Ce qui
devient clair, c’est à quel point notre
système de
vie est dynamique : les sensations corporelles palpitent et changent
et les énergies s’élèvent et
coulent. Les
humeurs oscillent, les pensées courent et
étincellent
en souvenirs, plans pour l’avenir…alors
l’écran du
mental peut s’embrumer pendant un certain temps. Nous
possédons
un schéma physique et un schéma psychologique qui
nous
disent qui nous sommes, comment et où nous sommes
d’un
moment à l’autre : mais en
réalité le
processus est fluide.
Ce qui
est attaché ensemble comme « mon corps »
et «
mon mental » est en réalité un
mouvement
dynamique de sensations, d’humeurs et d'impulsions qui
ralentissent, accélèrent et changent sans
arrêt.
Ces mouvements agissent mutuellement les uns sur les autres, les
humeurs mentales émettent des éclairs et
même des
chocs dans le système d’énergies
corporelles et vice
versa. Parfois, un mouvement d’irritation ou de peur, peut
causer
une crispation, ou le sentiment d’avoir beaucoup de choses
à
f aire engendre un tourbillon qui ‘me met hors de
moi’. Et, bien
que ces sensations semblent être « moi »,
elles
n’ont aucune substance durable. La substantialité
est ici
seulement produite par le jeu confus des énergies physiques
et
mentales, comme un disque apparemment solide créé
par
les lames d’un ventilateur en marche.
La
dynamique des pulsions qui sous tendent nos comportements et les
tendances qui en résultent sont appelées sankhara
«
formations ou schémas ». Le schéma est
actif
quand l’intention - le désir de faire –
constitue le
résultat de ce processus. Une fois établis ces
schémas
deviennent la norme. Pour employer une analogie, si vous nettoyer un
chemin dans un sous-bois, il y a l’impulsion et
l’action qui font
apparaître le chemin ; ensuite ce chemin devient un
«
schéma » dont la tendance consiste à
encourager
les autres à emprunter ce chemin. L’eau descend
une pente et
crée une vallée – c’est
comparable au modèle
actif. La vallée est un « schéma
» qui va
attirer d’autres ruisseaux plus petits. De même,
dans la vie,
résultant de nos attitudes ou de nos déviations,
notre
système de pensée et d’action suit un
chemin
habituel. Si nous avons toujours réagi d’une
certaine
manière – disons face à des chiens ou
à la
foule, ou encore, quand nous n’obtenons pas ce que nous
voulons –
une « impression » s’installe que
« j’ai ces
attitudes et ces comportements, je suis comme ça.
»
C’est très significatif parce que le
schéma devient
un aspect d’identité, la norme qui va
déterminer
l’attitude consistant à penser que c’est
« ma
position que je ne veux pas changer » ! Ainsi, le
résultat
devient la base des actions futures. C’est ainsi que le
schéma
(sankhara) est le moyen qui permet les actions (kamma) et les effets
(vipaka) qui nous caractérisent : « Ceci est moi,
c’est
ma façon, je m’y tiens. »
Dans
la méditation, les schémas deviennent plus
clairs.
Comme on stabilise l’énergie, il y a moins de
confusion.
Ainsi, quand vous vous concentrez sur un simple objet stable, les
forces et les faiblesses du schéma actif apparaissent. La
plus
grande partie de ce qui se passe n’est pas dans
l’objet de
méditation mais dans les énergies du mental qui
médite.
C’est là que l’agitation,
l’intérêt ou la
pesanteur du mental se font jour. Si ces empêchements sont
éclaircis, le mental s’apaise.
Néanmoins, c’est un
processus qui s’approfondit : quelques unes des forces qui
amènent
ces schémas sont latentes plus qu’actives et sont
plutôt
comme des graines dans un sol bien sec ; elles ne germent que lorsque
la pluie tombe. Quand notre système intérieur est
chaud
et ensoleillé, il peut nous sembler que nous
n’avons aucun
penchant pour la mauvaise volonté ou le désir des
sens,
mais il se peut très bien que ces tendances soient
dormantes.
Par conséquent, pour que la méditation apporte un
bénéfice réel, nous devons
l’entreprendre
comme une opération du mental, pour exposer et
résoudre
des schémas, qu’il pleuvc ou qu’il fasse
soleil…
«
Il y a trois canaux pour ces schémas actifs ou aboutissants
».
Celui pour le kamma mental ou émotif est citta-sankhara, il
se
réfère à citta notre sens affectif qui
expérimente la signification et les sentiments et
amène
des réponses et des attitudes. A cause de Citta, parce que
nous sommes sensibles, nous interprétons et
déduisons
du sens. Nous sommes émus en termes de bonheur ou de
tristesse. Alors, de la joie ou de la déception (etc.) qui
nous ont émus, des objectifs plus
délibérés
se forment – nous décidons d’agir sur
une pensée ou
une impulsion. Tout ceci revient à former des
schémas.
Leur fonction la plus délibérée se
produit quand
les choses commencent à bouger : nous décidons,
nous
sommes impliqués, nous agissons – ainsi,
produisons du
nouveau kamma, et des schémas qui en découlent
– nous
favorisons et développons des goûts qui deviennent
«
mon style, mes attitudes, ma manière de prendre les choses
».
La
nature habituelle de ce genre de schémas signifie que nous
regardons les situations en termes génériques et
répondons de façons standardisées.
Alors, il
apparaît que ‘cela me fait toujours sentir de
« cette »
manière’.
C’est
vraiment ainsi que je me sens, n’est-ce pas ? Le sens du moi
arrive
très fortement quand nos sentiments sont
déclenchés.
Nous ne remarquons pas ni ne pénétrons le
déclenchement
qui nous pousse vers quelque chose qui est parfois douloureux,
parfois agréable mais, en général, sur
un
territoire émotionnel familier. C’est ainsi que
nous pouvons
être soumis au contrôle ou même
à la
domination de nos humeurs et de nos pulsions. Il y a une confusion,
une accélération, une réaction si
quelqu’un a
dit ou fait quelque chose que je ne comprends pas vraiment. Ce fait
de n’avoir pas compris (avijja) est en soi une force
dynamique :
elle ignore ou obscurci pendant qu’elle fonctionne et
là, se
trouve la tendance latente de l’ignorance. C’est le
schéma
le plus fondamental de nos souffrances et de notre stress.
Le
processus de l’ignorance est particulièrement
aveuglant
quand il soutient des perceptions faussées concernant les
autres personnes : « comment devrais-je me conduire ?
» «
Le problème avec les femmes est…. »
Alors, cela
devient « le problème pour moi est….
» Même
si notre réaction émotionnelle est de mettre nos
émotions de côté : « cela
n’a pas
d’importance » - cela aussi est citta sankhara. Ou
bien on
est ravi en affirmant la base émotive : «
c’est vrai,
c’est réel » ou bien on cherche
à calmer le
jeu. Tout cela est du kamma mental. Il peut être bon, mauvais
ou moyen, mais il forme un point de référence
mental
par des résonances momentanées. Quand les
réponses
sont basées sur des hypothèses et non sur des
investigations, elles sont la marque de l’ignorance.
Le
schéma pour le kamma verbal est vaci-sankhara qui engendre
les
pensées. Il y a dans cette dynamique, deux aspects :
l’intellect examine un objet, puis formule un concept pour le
nommer, c’est vitakka. En même temps, il
vérifie si ce
concept correspond vraiment à l’objet, il le
raffine, il
l’évalue, créant ainsi de nouveaux
concepts. C’est
l’évaluation, vicara . Tout ce
mécanisme est propulsé
par une volonté de définir, de clarifier et de
planifier. Ces résidus signifient que le mental est souvent
surchargé de mouvements d’évaluation,
de conception,
de planification et de réflexion…nous pouvons
être un
penseur impénitent ou même angoissé, ou
quelqu’un
qui aime penser, qui aime la possibilité de fabriquer des
idées. Ou notre pensée peut se
développer par
à-coups, confuse et irrégulière, sans
confort,
occupée à se demander comment
s’arrêter. Nous
pouvons être agités, absorbés par notre
bavardage
intérieur sans voir les choses en face, telles
qu’elles
sont. Ainsi, les formes verbales et leur dynamisme affectent le
mental : nous sommes contents de nos pensées qui nous
fascinent ou nous dépriment et par notre capacité
de
penser. C’est ainsi que le kamma verbal nourrit le kamma
mental et
devient une source d’actions.
Pour
finir, le schéma pour le kamma corporel est kaya-sankhara,
le
schéma de l’énergie corporelle qui
s’appuie sur
l’inspiration et l’expiration comme condition de
base nécessaire.
A cause de la respiration le corps, tout à son
énergie
(ou au repos), est un processus dynamique. Et sa vitalité
(ou
son manque de vitalité) nous enchante (ou nous
déçoit).
Ainsi, tout cela affecte citta, le mental affectif.
C’est
ainsi que tout cela revient au citta-sankhara en tant que
générateur
de kamma nouveau, celui qui interprète
l’expérience
comme « moi » et « le mien ».
Par-dessus
tout, c’est avec ce schéma que nous devons
travailler le
plus dans la méditation. Avec samatha, nous calmons et
affermissons le cœur – processus soutenu
d’un côté
en clarifiant et en dirigeant la faculté de penser et
d’un
autre côté, en vivifiant et en consolidant
l’énergie
corporelle. Quand nous soignons ces schémas, nous les
contemplons avec la vue pénétrante : ce processus
mental quand je le considère comme moi-même ou
mien,
cela me mène-t-il à la tension ou au stress ? Et
comment cela est-il ressenti comme mien ? Parce que cette vue du moi
est ce à partir de quoi nous agissons, c’est la
base du
kamma, et les résidus qui en résultent qui vont
déterminer notre vie.

Travailler
avec les schémas pendant la méditation.
Le
mental affectif contient un potentiel important en termes
d’attitudes
et d’attention. C’est pourquoi il est important
d’avoir la
juste qualité de cœur pendant la pratique de la
méditation.
La vie quotidienne peut être pleine de tensions et
s’asseoir
et attendre des résultats de cette assise est un
défi.
Comme la méditation demande de se concentrer sur une partie
du
corps, cela peut paraître si sec, si ennuyeux qu’il
vous faut
vous y forcer par un sens du devoir qui finit par vous rendre
crispé
et tendu. Si vous êtes empli de ces affects, il n’y
aura pas
d’épanouissement et vous cesserez de
méditer parce
que bien que vous sentiez qu’il faudrait le faire et que :
«
je devrais en tirer quelque chose », « ce que je
n’arrive
pas à faire…alors, «
qu’est-ce qu’il y a qui ne va
pas chez moi pour que je n’arrive pas à
méditer »
? Cela affecte notre bonne volonté et nous
hésitons ou
supprimons carrément la pratique.
Bien
que la méditation implique citta, elle doit impliquer aussi
les attitudes, les significations et les humeurs. C’est
pourquoi
l’attitude initiale est importante : il est temps
d’approcher
votre expérience avec bienveillance. Prenez le temps de
remarquer la sensation d’espace autour du corps ; prenez le
temps
de vous y installer et d’y rester assis. Arrangez-vous pour
n’être
rien de spécial, pour n’avoir rien à
développer
ni à régler en ce moment. Prenez le temps
d’être
présent et d’approfondir des attitudes simples
où
vous souhaitez le bien de tout le monde : «
Puissé-je
aller bien ! Puissent les autres allez bien » !
Tout
cela influence le fonctionnement de la pensée. Et lorsque
l’habitude volitionelle de votre vie de travail demandent de
vous
presser pour faire ce qu’il faut, pour obtenir des
résultats,
sortir de cette habitude revient surtout à la remplacer en
vous accordant tout le temps du monde pour vous adapter simplement et
calmement aux schémas des sensations corporelles, ou
à
la façon dont vous êtes conscients de votre corps
assis
à cet endroit.
Je
recommande cette approche parce que, pour beaucoup de gens,
l’énergie
intentionnelle, particulièrement par le mental pensant, est
tout à fait excessive. Notre mental court en tous sens et il
en résulte une certaine angoisse pour le calmer.
C’est une
attitude générale envers la vie : « la
vie est un
combat. Il vous faut travailler dur. Il vous faut la
mériter…
Vous devez faire de votre mieux… Soyez dans le monde et
faites la
travailler pour vous... » Des notions de ce genre donnent le
sentiment d’être toujours pressé,
bousculé.
C’est tout à fait la mentalité du monde
moderne.
Nous
trouvons difficile de rester attentifs à notre corps et
à
notre mental sans essayer très vite
d’améliorer les
choses. C’est pourquoi de nombreuses personnes quand elles
essayent
de méditer font tout d’abord un mouvement de
balançoire
en s’élançant d’abord
très fort pour ensuite
se trouver fatigués et retomber très bas ;
d’abord
ils se tendent, puis se relâchent. Mais, si nous sommes trop
tendus, rien n’est clair et si nous sommes trop
relâchés,
nous ne clarifions rien non plus. La meilleure façon est
quelque part au milieu, le « Chemin du Milieu » de
l’attention. Ainsi, nous vérifions nos attitudes
et notre
volonté. Nous allons de « il faut que je fasse
bien »
à « prenons seulement les choses une à
la fois ».
Nous ajustons notre attention de façon à rendre
le
mental efficace, fluide, intéressé –
même
enjoué -. C’est un entraînement pour le
cœur. Ainsi,
nous relions la concentration au cœur : «
quoiqu’il arrive,
je souhaite pouvoir m’y stabiliser et m’y appuyer
».
Quand
nous travaillons dans la méditation à partit de
schémas
verbaux et mentaux, nous entraînons le mental à
être
conscient de la manière dont nous pensons et de ce qui en
résulte. Nous entraînons le mental à
faire ce qui
est important et suffisant : c'est-à-dire aider
l’attention
a déconstruire la complexité de la
pensée
spéculative ou analytique. Ainsi, on remarque seulement
«
ceci est inspirer », « ceci est expirer
», «
ceci est marcher ». Et on réalise «
cette que
sensation est douce », « cette respiration est
longue ».
Il ne faut pas toujours utiliser une remarque verbale, mais au moins
éveiller notre attention, comme si nous
définissions ce
que nous expérimentons sur le moment : le corps est ceci, il
sent de cette façon, nous sentons sa chaleur, sa
solidité,
les pressions qui s’y produisent, etc.
Travailler
avec Kaya-sankhara signifie se référer
à
l’énergie corporelle. Nous pouvons sentir notre
corps bien
rechargé, heureux de son éclat et de sa vigueur,
ou, au
contraire, nous sentir fatigués de sa mollesse et de ses
déséquilibres, de ses changements hormonaux, des
ses
énergies sexuelles et de toutes ces choses qui produisent la
sensation d’être dans ce corps. La
manière dont ce
corps est directement expérimenté et la
manière
dont je me sens moi-même dans ce corps, tout cela est du
domaine de kaya-sankhara. C’est
l’expérience toute entière
formatrice, active, impulsive du corps, ce n’est pas une
chose que
nous pouvons voir avec les yeux ; ce n’est pas la chair et
les os.
Ainsi, au lieu de nous attacher à son apparence
extérieure,
nous nous branchons sur ses schémas – pressions du
corps,
ses élans, son poids et sa chaleur. La plupart
d’entre nous
peuvent bénéficier de l’effet
stabilisant de sentir
le corps de cette façon élémentaire.
Cela nous
aide à prendre conscience des dynamismes de
l’incarnation et
de mettre en marche sa sensibilité.
Ainsi,
dans la position assise de la méditation, il est bon de
prendre le temps de stabiliser le corps, bien l’installer,
bien
savoir comment il s’assied, le redresser, et
relâcher ce qui
est tendu. Il y a là une harmonisation
générale,
n’est-ce pas ? S’asseoir, marcher, être
debout – cela
peut prendre un certain temps pour trouver un bon équilibre
à
cause des restes de mauvaises positions ou des tensions du corps.
Cependant, référez-vous à ces deux
bases : tout
d’abord la colonne vertébrale – essayez
de vous asseoir,
de rester debout et de marcher avec la colonne vertébrale
bien
droite, depuis le sommet de la tête jusqu’en bas,
comme si
vous étiez suspendu. Cherchez un équilibre qui
produit
le moins possible de stress. Ensuite, laissez votre corps sentir
l’espace qui l’entoure – cela aide
à détendre le
devant du corps.
Si les
choses se « détériorent »,
continuez à
revenir à ses points de référence
importants.

Relation
entre le corps, la parole et le mental.
Il est
bon de donner un sens à la façon dont nous
maintenons
le corps. Bien que le kamma soit réellement produit pas
Citta,
c’est par ses attitudes et ses émotions que le
corps
fabrique l’énergie pour cela. Il est difficile de
garder une
méditation heureuse si votre énergie corporelle
est
hors jeu. Il est également difficile
d’être troublé
si l’énergie de votre corps se sent
détendue et
brillante ; la dépression ne traîne pas. Alors
que, si
votre énergie corporelle se sent grise, mollisante et
irrégulière, très vite elle
mène à
une situation de dépression et d’apathie. Si votre
énergie
corporelle est vive et active, à ce moment votre
cœur se sent
tout exité ; ainsi le corps et le mental sont
très liés
D’autre
part, si votre cœur est passionné et plein de
force, votre
corps reçoit le signal de produire plus
d’énergie,
alors le système nerveux commence à
s’échauffer.
Le corps reçoit un signal de Citta - plus
d’énergie,
encore plus d’énergie – et vous devenez
tendu, prêt
pour une « action de combat ». Remarquez seulement
combien d’énergie nerveuse vous pouvez utiliser
quand vous
êtes troublé par l’environnement.
Remarquez à
quel point cela peut-être épuisant.
Entraînez-vous
à trouver un bon équilibre entre
résolution et
accord, ce qui veut dire que vous ne soutenez pas des idées
ou
des impératifs tels que vous ne puissez les tenir sur un
plan
de capacité énergétique. Rester assis
jusqu’à
ce que je réalise l’illumination totale a plus de
chances de
vous créer une rupture de ligaments des genoux et de vous
amener des conflits entre pensées et humeurs que de vous
apporter le résultat espéré !
Cependant,
nous pouvons calmer le mental affectif en le reliant aux simples
rythmes de la respiration. Nous pouvons lui donner une place
réconfortante et intime de telle sorte qu’il
n’a pas
besoin de s’agiter en tous sens. Nous pouvons respirer nos
humeurs
et découvrir où elles se trouvent dans le corps
–
dans la poitrine serrée, dans le diaphragme raidi, ou dans
la
gorge fermée…Placer l’attention sur ces
endroits, comme si
on les massait, donner à Citta un espace agréable
où
s’installer et où il peut s’activer
adroitement et se
trouver satisfait. Ainsi, l’interconnexion fonctionne de
manière
positive et vous pouvez vider les tensions du cœur en les
contenant
dans le flux des processus corporels. Tenir le corps de cette
façon
est un kamma adroit parce que, lorsque nous sommes en contact avec
les énergies et les rythmes du corps, le système
nerveux tout entier se trouve bien accordé et
massé par
un contact simple et régulièr.
Le
modèle verbal et le modèle corporel sont
également
liés. Le Bouddha a dit que, à trop penser on
fatigue le
corps et cela affecte le système nerveux. (Notre
idée
que le corps est fait de chair et d’os n’a pas
beaucoup de sens.)
Souvent les gens sont confus par excès de verbalisation
– le
travail de bureau peut-être épuisant et si
l’on
n’arrive pas à ajuster
l’énergie à une
fréquence plus basse, tout le système
s’épuise
en crises de nerfs. C’est un mauvais Kamma non par de
mauvaises
intentions délibérées mais par le fait
de
négliger le système qui régit notre
vie.
Pourtant, si vous pensez qu’il faut arrêter de
penser, vous
combattez ! Mais si vous remarquez les effets produits par la
pensée,
vous commencerez à faire machine
arrière…et si vous
amenez cet espace ainsi gagné à agir sur les
tendances
émotionnelles en dessous de la pensée,
l’empathie et
la clarté se développent. Alors, les
pensées et
les humeurs trouvent leur résolution et cela produit un
effet
énergétique ; le mental se calme d’une
façon
merveilleuse.
Ainsi,
dans la méditation, il peut y avoir des mouvements
énergétiques subtils ; parfois ce sont des
diminutions
de tensions. Vous videz les pensées dans le cœur
et vous
videz le cœur dans le corps et en respirant vous videz le
corps –
ses tensions, son rayonnement et ses sensibilités
– dans
l’espace autour de vous. Mais ce « lâcher
» n’est
pas un épuisement mais une ouverture des énergies
du
corps et du mental sur une vastitude réceptrice. Et avec
tout
cela, pour maintenir l’équilibre, il vous faut un
bon centre
bien solide qui ne soit pas tendu. C’est ce que la
respiration
consciente procure.

La
respiration pendant la méditation.
Pendant
la pratique de la conscience de la respiration (anapanasati) vous
passez par tous les schémas pour réaliser la
liberté,
ce que nous pourrions appeler « le sans-schéma
».
Les schémas de mental, de la parole et du corps sont tous
utilisés dans le processus de la méditation.
C'est-à-dire que quand vous vous installez dans la position
assise, vous modérez votre capacité de parole en
mettant votre attention sur l’inspiration et
l’expiration, pour
être clair et pour vous y tenir solidement pendant toute une
inspiration et pendant toute une expiration – cela a un effet
certain sur le mental pensant. Je peux penser beaucoup, beaucoup de
choses pendant une inhalation. Mais, rester vraiment sur une
inhalation et ne faire que cela, c’est un
entraînement pour
calmer et tranquilliser le mental pensant. Alors, comment faisons
nous cela ? Nous pouvons utiliser un mantra comme « Bouddho
»
en pensant « Boud » en inspirant et, en laissant le
son
de cette syllabe s’étendre tout le long du
processus
corporel. Puis, la même chose avec « dho
» à
l’expiration. Ou nous pouvons avoir une pensée en
nous
demandant : « comment puis-je savoir que je respire ?
»
Et alors, évaluer l’expérience de la
respiration
telle qu’elle se produit réellement. Nous pouvons
garder ce
sens d’investigation focalisée. Cela ne demande
pas beaucoup
de réflexions mais une pensée pleine. Nous sommes
sérieusement en train de considérer quelque
chose, en
train de l’écouter, de l’attraper.
Où est-ce
maintenant ? C’est dans la poitrine, quelque chose qui
gonfle, qui
serre et disparaît. En cela, nous sommes
réellement avec
ce qui se passe et l’enregistrons. C’est du kamma
adroitement
conçu parce que cela clarifie le mental mais aussi le calme.
Si vous faites cela vous ne pensez pas à d’autres
choses.
Cela amène à un arrêt, non par
annihilation, mais
par un phénomène d’accord.
L’entraînement
consiste à être simple. Donnez-vous le temps
qu’il
faut pour arriver réellement à la
simplicité.
Rien que cela renverse les mouvements habituels de la vie. Et, si
vous perdez l’objectif, n’en faites pas un
problème. Cela
pourrait retourner vers une autre habitude de citta. Ainsi, si vous
ne faites jamais plus que remarquer que vous vous êtes
égaré,
et à ce moment vous demande simplement : «
qu’est-ce
qui se passe avec la respiration maintenant ?... » et
attraper
la moindre sensation qui se présente avec la respiration,
c’est bien. Vous déplacez probablement
d’énormes
résidus, juste en faisant cela. En devenant plus
léger
et plus simple, le reste de la pratique suit.
En
fait, le Bouddha ne commence pas avec tout un ensemble de
raffinements. Par exemple, en ce qui concerne la respiration, il dit
simplement : « soyez conscient de votre inspiration et de
votre
expiration ». Il ne dit rien sur l’endroit
où fixer
votre attention. Il nous encourage seulement à
être
conscient de l’inspiration et de l’expiration et du
rythme. Pour
moi, c’est très intéressant parce que
le rythme agit
sur le cœur. Tous les musiciens savent cela ainsi que les
mères
de famille qui bercent leur bébé. Si la
concentration
est tendue, essayez seulement de recevoir le rythme – le
léger
gonflement de la poitrine, le tour de la taille qui se contracte et
se relâche ou le léger mouvement du ventre,
quelque
chose qui revient régulièrement et que
l’on remarque
facilement. Soyez seulement conscient du corps comme le
schéma
des sensations régulières qui apparaissent avec
la
respiration.
Mon
expérience me dit qu’il y a différentes
formes de
schémas corporels que l’on peut
éprouver en inspirant
et en expirant.. Tout d’abord, on peut ressentir
l’aspect
purement physique de la respiration, par exemple le gonflement
régulier de la poitrine ou de l’abdomen, la
contraction et
la détente de la peau. Puis, on peut sentir le passage de
l’air dans le nez et dans le fond de la gorge.
Troisièmement,
il y a l’effet énergétique : quand vous
inspirez,
vous éprouvez un effet stimulant, quand vous expirez, vous
sentez un effet calmant. Ce sont trois niveaux de
l’expérience
de la respiration.
Je
mets l’accent sur l’effet
énergétique parce que
c’est dans ce domaine que vous éprouvez
l’extase (piti) et
le bonheur (sukha) qui vous emmènent plus
profondément.
C’est cette énergie qui résonne dans le
mental et
quand vous vous trouvez dans le bonheur, le mental est satisfait et
bien installé. C’est le Samadhi –
généralement
mal traduit par « concentration ». Cependant cet
aspect
de la respiration peut-être négligé
parce que
nous concevons notre corps et sa respiration d’une
façon
purement matérielle ; inspirez, les poumons se remplissent
puis expirez, ils se vident. C’est cela respirer ! Nous avons
tendance à nous bloquer là-dessus et à
nous
concentrer sur quelque chose où
l’énergie n’est pas
apparente ; ainsi l’extase et le samadhi sont difficiles
à
trouver. Mais, si nous nous contentons de mettre le concept du corps
de côté en demandant : « comment est-ce
que je
sens mon corps en ce moment ? » nous pouvons
peut-être
sentir le corps d’une façon plus dynamique. Nous
pourrions
trouver qu’il y a toutes sortes de tremblements, de
surgissement,
de tintements et de palpitations qui de manifestent. Aussi, le corps
est très intelligent. Il semble savoir ce qu’il
faut faire.
Quand il se sent tendu, si le mental «
s’enlève du
milieu », il se relâche. Quand il a besoin
d’inspirer,
il le fait. Il n’expire jamais quand il a besoin
d’inspirer ! Il
ne mélange jamais les deux ! Ainsi, nous avons un
système
intelligent qui va se régénérer
lui-même.
Tout ce processus est le schéma corporel et la respiration
est
juste en son centre comme une expérience
énergétique.
Alors,
nous pouvons raffiner le processus en accordant le mental conceptuel
avec toute la longueur de la respiration qui nous relie avec la
détente et la tranquillité de la fin de
l’expiration
et avec la plénitude complète et le calme de la
fin de
l’inspiration. Cette solidité, cette
arrivée à
la tranquillité, est un aspect de
l’énergie
corporelle que nous ratons au cours de notre façon
animée
et dynamique de vivre. Et, avec cette pleine tranquillité,
vient un effet somatique et émotif. On se sent
profondément
relaxé, rafraîchi, tendre en profondeur, avec le
sentiment d’être accompli. C’est le
commencement de
l’extase et du bien-être. C’est une
sensation d’être
dans le courant. Ce n’est pas seulement que vous agissez bien
–
mais que de bonnes choses vous adviennent – et
qu’au moment où
vous en devenez conscient, votre citta et votre corps se calment, la
respiration se fait plus douce et tous les effets combinés
emplissent tout le système. Le mental pensant, le coeur et
le
corps se réunissent, ils commencent à
être unis.
C’est ce qui est signifié par «
concentration »
(samadhi), le brillant résultat de la méditation.

Le
samadhi comme kamma.
Avec
la méditation sur la respiration, vous pouvez vous accorder
avec le sens d’être touché par la
respiration, le sens
tactile plus que la pensée ou le sens visuel qui dominent
habituellement notre vie. Le sens tactile est instinctif, il peut
dépasser le processus de la pensée ; nous pouvons
nous
rappeler comment nous avons laissé tomber un plat
brûlant
avant même de savoir qu’il était
brûlant, ou
comment nous avons sauté pour éviter un danger
avant
d’avoir réalisé qu’il
était là. Le
corps s’occupe de la survie physique, c’est
pourquoi il ne peut
pas toujours attendre que le cerveau émette une
réponse.
Ainsi le sens tactile est hautement sensible et réactif
agissant, de façon non verbale. Et, c’est intime :
quand je
touche quelque chose, cette chose me touche…ainsi il doit y
avoir
un fond de confiance. Le processus sans faute de
l’inspiration et
de l’expiration est à peu près le plus
sûr que
l’on puisse trouver dans cette vie, il supporte cette
attitude de
confiance. Quand on a confiance on se relaxe.
D’où, se
trouver dans la respiration = sensibilité et relaxation
–
Brillant Kamma.
Si
vous maintenez la conscience de l’impression tactile de la
respiration avec cette sensibilité, la concentration
méditative, le samadhi apparaît. Le samadhi est
beaucoup
plus que la concentration que nous pourrions développer en
travaillant sur des problèmes ou en nous absorbant dans des
divertissement passionnants. Ces occupations fonctionnent
plutôt
en noyant l’attention qu’en
l’entraînant. On ne développe
pas beaucoup d’habileté à ressentir et
à gérer
nos schémas en regardant la coupe du monde !
Evidemment,
comme le samadhi est le résultat du Kamma, il
dépend de
l’espèce de volonté ou
d’intention que vous y
mettez. Si le mental n’est pas
intéressé ou s’il
n’est pas assez résolu, alors il peut
être lié
avec et résulter en une intention non concentrée
–
alors il doute et erre sans objectif. Si l’intention est trop
forte
et impatiente, alors le mental manque de
réceptivité et
n’a plus la capacité
d’apprécier et de se réjouir.
Par conséquent, il n’y a pas le
soulèvement
nécessaire pour rafraîchir et calmer le mental.
Ainsi,
la façon dont les facteurs du samadhi sont en jeu est
quelque
chose qu’il ne faut pas oublier.
D’abord,
concevoir et évaluer tout cela va créer une
référence
pour la respiration et donner le schéma de ce
qu’elle doit
être. On amorce et guide la respiration avec une suggestion
appropriée telle que « comment sais-je que je
respire ?
» « Comment cela marche-t-il en ce moment ?
» Puis,
on peut chercher des effets plus subtils : la durée de la
respiration, le point d’impact et les résonances
en termes
de sensations. Vous pouvez utiliser votre pensée pour
diriger
l’attention sur la manière dont les
schémas se
combinent : quand une volée de pensées
s’élèvent,
plutôt que d’y penser, demandez-vous «
comment est-ce
venu dans mon corps ? » ou « comment est-ce en mon
cœur
? » Penser amène en général
une certaine
tension dans le champ de l’énergie corporelle ;
elle peut
paraître plus chargée ou plus dure. Il peut se
produire
une augmentation de l’énergie dans les
épaules, les
mains ou le visage. Il peut y avoir une légère
contraction du diaphragme – mais alors, «
où est la
respiration en ce moment ? » Cela aussi va être
affecté
; souvent son amplitude va se réduire. « Alors, si
j’attendais la prochaine expiration en la laissant passer
dans tout
le corps ? » Faisons cela.
Egalement,
avec le cœur : la pensée crée un
tourbillon et une
agitation ; mais plutôt que réagir au contenu de
la
pensée, sentez la vivacité, l’urgence,
le
bouillonnement, qui se déroulent : « quel est le
sens
émotif de tout cela ? » Parfois, il y a
l’angoisse ou
l’urgence de faire quelques chose ou il pourrait y avoir
l’impression d’une blessure sous la complainte des
pensées
; ou l’étourdissant tournoiement qui accompagne
toute idée
importante – qu’il me semble avoir en grand nombre
quand j’essaye
de méditer !
Puis,
quel est l’effet de tout cela ? Mais, plutôt
qu’analyser
les choses et vous gronder vous-même pour vous être
dispersé encore une fois et …combien de
fois… dites-vous :
« puissé-je être bien dans mon
cœur. » Puis
: « pourquoi ne pas suivre la respiration maintenant ?
»
Si la pensée est simple et attentive, elle
éclaire
l’attention et l’amène au
bien-être subtil qui est
le calme du corps et du mental. C’est l’extase et
la
tranquillité, la seconde paire des facteurs du samadhi. Ces
facteurs de ‘bien-être’ sortent alors le
mental de la
convoitise et de la critique, de la somnolence, de
l’inquiétude
ou du doute. Ils chassent les empêchements en travaillant sur
les énergies de la tension, les
irrégularités,
l’engourdissement qui amènent la mauvaise
volonté, le
doute, l’agitation et les désirs. Tels sont leurs
principaux
objectifs et leur effet médicinal.
La
concentration en un seul point (ekaggata) est le dernier des facteurs
à se produire. C’est le résultat de
l’utilisation
du mental lorsqu’il est dirigé vers
l’extase et la
tranquillité qui sont prédominantes dans le
domaine de
l’énergie corporelle quand le système
n’est pas
dérangé par les empêchements et les
distractions.
Au commencement, malgré le terme «
concentré en
un seul point » cela se produit quand on considère
«
tout » le champ de l’énergie corporelle.
En général,
l’attention se fixe sur un endroit du corps, disons le fond
du
passage nasal ou le diaphragme ou partout où on se sent
confortable – là où les
déséquilibres,
les tensions ou la mollesse de l’énergie
corporelle
disparaissent. Mais lorsque le centrage se produit avec
l’extase,
plutôt qu’une prise serrée, il se
produit un effet
rayonnant et l’énergie respiratoire remplit tout
le corps.
Les côtés durs et la raideur se dissolvent et le
corps
est ressenti davantage comme un « champ
d’énergie ».
Le bien-être stabilise alors l’attention pour
contrecarrer
tout vertige ou toute appréhension. Il en résulte
que
l’on se sent soutenu par une énergie de fond.
Quand tout
cela se développe en en effet durable, c’est
l’absorption
(jhana) le résultat adroit de samadhi.

La fin
du kamma par la vue profonde
Tout
cela est de la nature du Kamma, de causes et d’effets
créés
par les schémas dans le présent. Le samadhi
lui-même
s’appuie sur des dispositions (schémas
constitués
dans le passé) et, naturellement en crée pour
l’avenir.
Gardant tout ceci en mémoire, il est bon de se rappeler que
le
but de la méditation est la libération des
schémas.
Le samadhi nous procure une libération temporaire de
certaines
formes kammiques – comme différents sentiments -
le désir,
le souci, ou la mauvaise volonté dans le présent
– et
ainsi cela nous donne un ‘certain goût que
c’est bon’. Il
est bon d’avoir les énergies
rassemblées – le cœur
n’est alors pas affecté par les impacts arrivant
de
n’importe où, dus au hasard. Ainsi, quelque soit
le niveau
de samadhi, produit par la méditation le message de
‘lâcher
prise’, passe. Et cela change notre vision.
Cependant,
il se peut que l’on ne puisse pas avoir couramment la
disposition
ou la possibilité de développer le samadhi
jusqu’au
niveau de l’absorption. Alors, la notion même de
«
d’avoir le samadhi » peut amener des
schémas
angoissants comme : « puis-je y arriver ? »
« Je
suis un incapable » etc. En accord avec cela, le point
important de l’enseignement pour celui qui
développe - ou
qui ne développe pas - un samadhi fort, c’est
qu’il
convient de se servir et de scruter les schémas avec la
vision
profonde. Son énergie formative, recueillie ou non,
dirigée
ou flottante, est quelque chose qui peut être reconnu
à
n’importe quel niveau. Pour parler simplement, cela veut dire
que
l’humeur et l’énergie en cours
n’ont pas à me
contrôler. Le schéma n’a pas
à être «
moi » ou « mien ». Quand vous voyez les
choses de
cette façon, vous pouvez pratiquer en de nombreuses
situations
: vous vous concentrez sur les humeurs et les instincts que se
lèvent, avec attention et détachement,
plutôt que
de vous dire « c’est à moi,
c’est moi », «
je m’y tiens », « c’est mon
essence immortelle, mon
soi ». Ainsi, vous n’avez pas à
créer un
nouveau kamma fondé sur le vieux. kamma.
Remarquer
que les émotions sont liées aux états
du corps
aide à mieux émerger de cette notion que je vis
dans ma
tête avec un morceau de viande et des os qui me permettent de
me déplacer. Le corps n’est pas
séparé du
mental : en pratiquant avec cette vue tous les jours et pendant la
méditation, vous arrivez à développer
les moyens
adroits pour sortir des vieux schémas. Ainsi, quand un
échange
verbal devient surexcité, il est bon de s’accorder
avec se
qui se passe dans le corps…Les paumes des mains, les tempes
et les
yeux indiquent très bien l’énergie que
nous émettons.
Cette énergie a-t-elle besoin d’être
relaxée ?
Parfois, je remarque que, en évoluant et en ajustant la
vitesse de la méditation marchée, on peut
modifier les
attitudes et les humeurs ; ou en adoucissant et en diffusant le
regard. Ou bien, vous vous sentez fade ou déprimé
:
est-ce que votre corps est tout à fait présent,
poitrine, gorge ? Peut-être qu’en y mettant votre
attention
avec une attitude aimable, va aider l’énergie
à
s’élever et à relever
l’état du mental.
Ces
conseils ne sont que des points de vue, des moyens de
révéler
les schémas pour ce qu’ils sont. Il n’y
a en réalité
pas grand-chose à faire, il suffit de les
reconnaître
pour ce qu’ils sont. Alors, la tendance de leur
résister ou
de nous identifier a eux diminue. Lorsqu’on
considère
simplement leurs énergies comme des énergies, ils
ne
sont plus soutenus par l’idée de « je
suis ».
N’étant pas soutenus par cette idée,
ils se calment.
Et c’est ici le point important de la vue profonde. Car, en
expérimentant les schémas sombres aussi bien que
les
brillants tels qu’ils sont, on ne maintient plus
l’impression : «
je suis dans un état de bonheur » ou «
j’argumente
» ou « on me rend fou ! » C’est
cette vue de nous
même qui nous préoccupe en cherchant et en nous
accrochant à faire bonne impression et en
écartant les
mauvaises ; l’énergie est dirigée soit
par la clarté,
soit par l’ignorance. Ainsi, si nous abandonnons peu
à peu
les vues fausses, nous pouvons alors aborder la vie sans
qu’elle
nous malmène.
Il n’y
a pas quelqu’un qui est ceci et devrait être cela,
ce sont
seulement des dispositions et des inclinations. Nous n’avons
absolument pas à nous préserver
nous-même, à
nous défendre, à nous créer
d’un moment à
l’autre. Le Kamma peut s’arrêter.
C’est
comme se gratter ou fumer, même si vous pensez que ce serait
bien d’arrêter, bien que vous vous sentiez assez
fort pour y
parvenir, votre système ne le fait pas, sauf s’il
sent que
s’arrêter vous apportera un certain
bénéfice et
que vous avez assez de fermeté pour le faire. Ces
qualités
de bien-être et de fermeté sont
développées
dans la méditation de samatha qui ouvre et guérit
les
dynamismes de votre système et permet à la
clarté
de pénétrer dans les régions et les
aspects de
vos modèles qui sont souvent oubliés dans la vie
quotidienne. Et, comme ils marchent ensemble, le calme et la vue
profonde permettent au kamma de s’arrêter.
texte FOREST SHANGA


