rahula extraits
Vénérable
Walpola Rahula
L'enseignement
du bouddha (extraits)
la
vérité n'a pas d'étiquette
L'étiquette
importe peu. L'étiquette même de
« bouddhisme »
qu'on attache à l'enseignement du Bouddha a peu
d'importance.
Le nom qu'on lui donne n'est pas l'essentiel.
« Qu'y
a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons une rose
Sous
un autre nom sentirait aussi bon. »
La
Vérité n'est le monopole de personne, elle n'est
ni
bouddhiste ni chrétienne ni hindoue ni musulmane. Les
étiquettes sectaires sont un obstacle à la libre
compréhension de la Vérité et elles
introduisent
dans l'esprit de l'homme des préjugés malfaisants.
Cela
est vrai non seulement en matière intellectuelle et
spirituelle, mais aussi dans les relations humaines.. Quand, par
exemple, nous rencontrons un homme, nous ne le voyons pas comme un
individu humain, mais nous mettons sur lui une étiquette
l'identifiant en tant qu'Anglais, Français, Allemand,
Américain ou Juif, et nous le condidérons avec
tous les
préjugés associés dans notre esprit
à
cette étiquette. Le pauvre homme peut être
entièrement
exempt des attributs dont nous le chargeons.
Les
gens affectionnent tellement les appellations discriminatoires qu'ils
vont jusqu'à les appliquer à des
qualités et à
des sentiments humains communs à tout le monde. C'est ainsi
qu'ils parlent de différentes
« marques »
de charité, par exemple de charité bouddhiste ou
de
charité chrétienne, et méprisent
d'autres
« marques » de
charité. Mais la charité
ne peut pas être sectaire. La charité est la
charité,
si c'est de la charité...
Le
mérite ou le démérite d'une
qualité ou
d'un défaut n'est ni augmenté ni
diminué par le
fait qu'on le rencontre chez un homme qui professe une religion
particulière ou n'en professe aucune.
Il est
sans importance, pour un chercheur de la Vérité,
de
savoir d'où provient une idée... En fait pour
comprendre la Vérité, il n'est pas
nécessaire de
savoir si l'enseignement vient du Bouddha ou de quelqu'un d'autre.
L'essentiel est de voir la chose et de la comprendre...
Si le
remède est bon, la maladie sera guérie. Peu
importe de
savoir qui l'a préparé et d'où il
vient...
Dans
le bouddhisme, l'accent est mis sur
« voir »,
savoir, comprendre, et non pas sur foi ou croyance. Dans les textes
bouddhiques, on rencontre un mot saddhâ qui est
généralement
traduit par « foi » ou
« croyance ».
Mais saddhâ, à vrai dire, n'est pas la foi comme
telle,
mais plutôt une sorte de
« confiance »
née de la conviction...
La
question de croyance se pose quand il n'y a pas vision –
vision
dans tous les sens du mot. Du moment que vous voyez, la question de
croyance disparaît... L'enseignement de Bouddha invite
à
« venir voir » et non pas
à venir
croire... Il s'agit toujours de voir par la connaissance ou la
sagesse et non de croire par la foi.. Il a ouvert les yeux des gens
et les a invités à voir librement ; il ne leur a
pas
bandé les yeux en leur commandant de croire...
« Vous
qui comprenez que l'enseignement est semblable à un radeau,
vous devriez abandonner même les bonnes choses (damma), et
combien plus encore les mauvaises (adhamma). »
Il est
donc bien clair que l'enseignement du Bouddha vise à
conduire
l'homme à la sécurité, à la
paix, au
bonheur, à la compréhension du Nirvana...La vie
sainte
ne dépend pas des opinions, telles que l'univers est
éternel
ou il ne l'est pas,etc... Quelle que soit l'opinion qu'on puisse
avoir sur ces problèmes, il y a la naissance, la vieillesse,
la décrépitude, la mort, le malheur, les
lamentations,
la douleur, la peine, la détresse « dont
je déclare
la Cessation (c'est-à-dire le Nirvanâ) dans cette
vie
même. »
« Conserve
dans ton esprit ce que j'ai expliqué comme
expliqué et
ce que je n'ai pas expliqué comme non-expliqué...
J'ai
expliqué dukkha, la naissance de dukkha, la cessation de
dukkha et le chemin qui conduit à la cessation de dukkha...
au
détachement, à l'aversion, à la
tranquillité,
à la pénétration profonde,
à la
réalisation complète, au Nirvana. C'est pour cela
que
je les ai expliquées. »
« Il
n'est pas convenable pour un homme qui soutient (lit.
Protège)
la Vérité d'en venir à la conclusion :
« Ceci
seul est la Vérité et tout le reste est
faux. »
« Un
homme a une foi. S'il dit : « Ceci est ma
foi « ,
jusque là il soutient la Vérité. Mais
par cela
il ne peut pas s'avancer jusqu'à la conclusion absolue :
« Ceci seulement est la Vérité
et toute
autre chose est fausse. » Autrement dit un homme
peut
croire ce qu'il veut et il peut dire « je crois
ceci »,
- jusque-là il soutient la Vérité.
Mais par ce
que c'est s croyanceou sa foi, il ne devrait pas dire que ce qu'il
roit est seul la Vérité et que toute autre chose
est
fausse. »
« Etre
attaché à une chose (à un point de
vue) et
mépriser d'autres choses (d'autres points de vue) comme
inférieures, cela les sages l'appellent un lien...
Si
vous y êtes liés, si vous la chérissez,
si vous
la gardez comme un trésor, si vous êtes
attachés
à elle, alors vous ne comprenez pas que l'enseignement est
semblable à un radeau qui est fait pour traverser mais non
pour s'y attacher. »

Anatta
« O
bikkhus, cette idée : je ne serai plus, je n'aurai plus, est
effrayante pour l'homme ordinaire non instruit. »
« O
bikkhus, je ne connais pas de théorie de l'âme qui
n'engendre ni douleurs, ni lamentations, ni souffrances, ni
afflictions, ni tribulations chez celui qui
l'accepte. »
Le
bouddhisme se dresse, unique, dans l'histoire de la pensée
humaine en niant l'existence d'une Ame, d'un Soi ou de
l'Âtman.
Selon l'enseignement du Bouddha, l'idée du Soi est une
croyance fausse et imaginaire qui ne correspond à rien dans
la
réalité et elle est la cause des
pensées
dangereuses de « moi » et
« mien »,
des désirs égoïstes et insatiables, de
l'attachement, de la haine et de la malveillance, des concepts
d'orgueil, d'égoïsme et autres souillures,
impuretés
et problèmes. Elle est la source de tous les troubles du
monde, depuis les conflits personnels jusqu'aux guerres entre
nations. En bref, on peut faire remonter à cette vue fausse
tout ce qui est mal dans le monde.
Il y a
deux idées, psychologiquement enracinées dans
l'individu : protection de soi et conservation de soi. Pour la
protection de soi l'homme a créé Dieu duquel il
dépend
pour sa propre protection, suvegarde et sécurité,
de
même qu'un enfant dépend de ses parents. Pour la
conservation de soi, l'homme a conçu l'idée d'une
âme
immortelle ou Âtman qui vivra éternellement. Dans
son
ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l'homme a
besoin de ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c'est
pourquoi il s'y cramponne avec fanatisme et acharnement.
L'enseignement
du Bouddha n'entretient pas cette ignorance, cette faiblesse, cette
crainte et ce désir, mais tend à rendre l'homme
éclairé
en les supprimant, en les détruisant et en les arrachant
à
la racine même. Selon le bouddhisme, les idées de
Dieu
et d'Ame sont fausses et vides. Bien que profondément
développées comme théories, elles sont
néammoins
des projections mentales subtiles enrobées dans une
phraséologie pholosophique et métaphysique
compliquée.
Ces idées sont si profondément
enracinées dans
l'homme, elles lui sont si proches et si chères qu'il n'aime
pas entendre et ne veut pas comprendre un enseignement quelconque qui
leur soit contraire.
Le
Bouddha savait cela et il dit textuellement que son enseignement va
« à l'encontre du
courant »
(patisotagâmi), à rebours des désirs
égoïstes
de l'homme... Les gens sont irrités par l'idée
que,
d'après l'enseignement du Bouddha sur Anatta, le Soi qu'ils
s'imaginent avoir sera détruit. Le Bouddha ne l'ignorait
pas...
D'après
l'enseignement du Bouddha, il est aussi mauvais de soutenir l'opinion
« je n'ai pas de Soi » (qui est
la théorie
annihiliste) que de soutenir l'opinion « j'ai un
soi »
(qui est la théorie éternaliste) parce que toutes
les
deux sont des liens, toutes les deux se levant de la fausse
idée
« JE SUIS ». La position correcte
à
l'égard de la question d'Anatta est non pas de soutenir
telle
ou telle vue ou opinion, mais d'essayer de voir les choses
objectivement, telles qu'elles sont, sans projections mentales, de
voir que ce que l'on appelle
« Je » ou
« Etre »
est seulement une combinaison d'agrégats physiques et
mentaux
qui agissent ensemble d'une façon interdépendante
dans
un flux de changement momentané, soumis à la loi
de
causes et d'effets, et qu'il n'y a rien de permanent,
d'éternel
et sans changement dans la totalité de l'existence
universelle.
« Je
vous ai enseignés, ô bikkhu, à voir la
condionnalité partout et en toute chose. »

la
question du libre arbitre
(libre
volonté) a occupé une place importante dans la
pensée
et la philosophie occidentales, mais du fait de la Production
conditionnée cette question ne se pose pas, et ne peut pas
se
poser dans la philosophie bouddhiste. Si la totalité de
l'existence est relative, conditionnée et
interdépendante,
comment, seule, la volonté pourrait-elle être
libre ? La
volonté, commme toute autre pensée, est
conditionnée.
La prétendue
« liberté »
elle-même est une chose conditionnée et relative.
S'il y
a le libre arbitre, il est aussi conditionné et relatif. Il
ne
peut y avoir quoi que ce soit d'absolument libre physiquement ou
mentalement, étant donné que toute chose est
interdépendante et relative. Le libre arbitre implique une
volonté indépendante de conditions,
indépendante
de causes et d'effets. Comment une volonté, ou n'importe
quelle chose, pourrait-elle apparaître sans conditions, en
dehors de causes et d'effets, alors que la totalité de
l'existence est conditionnée, relative et soumise
à la
loi de cause et d'effet ? Ici encore l'idée du libre arbitre
est, à la base, en relation avec les idées de
Dieu,
Ame, Justice, récompense et punition. Non seulement ce qui
est
appelé libre arbitre n'est pas libre mais l'idée
même
de libre arbitre n'est pas libre de conditions.


