Ariya
Nani. d'origine Suisse-Allemande, est une nonne bouddhiste de
Tradition Birmane. Après avoir terminé ses études
au conservatoire de Zurich elle enseigna la danse rythmique pendant
quelques années et c'est durant cette période qu'elle
commença à pratiquer la méditation dans
différentes traditions bouddhiques.En 1992, elle partit en
Birmanie pour pratiquer sous la direction du Maître Sayadaw U
Janaka. C'est là qu'elle prit les vœux monastiques.
Après
qu'elle eut médité quelques années au Centre
principal de Yangoon. son Maître l'a chargée de
s'occuper des méditants occi-dentaux dans un Centre de
campagne (Forest Center).Depuis, elle traduit les Maîtres
birmans, donne elle-même des enseignements et dirige des
retraites de méditation Vipassana en Australie, aux
Etats-Unis, en Thaïlande et dans plusieurs pays d'Europe.
L'essence
de la vie (extraits)
(
Dâna , Sîla , Bhâvanâ )
"Eviter
tout ce qui est mal,
Cultiver
le bien,
Et
purifier son mental.
Tel
est l'enseignement de tous les Bouddhas"
(
Dhammapada 183)
Les
possessions matérielles
Je
pense que nous avons tous vu un hamster se remplissant les joues avec
un tas de nourriture. Nous, les êtres humains, ne sommes pas si
différents : nous passons beaucoup de temps à amasser
des choses et à accumuler des possessions matérielles.
Nous ne cessons pas de récolter des objets et nous pensons que
ces possessions matérielles NOUS appartiennent. Nous sommes
les propriétaires de ces possessions, donc il nous faut les
protéger du vol et autres dangers. Nous les mettons
soigneusement de côté ou les cachons dans un coffre fort
et. pour finir, nous prenons une police d'assurance contre le vol ou
les dommages causés par le feu ou l'eau. Mais toutes ces
précautions ne sont pourtant pas une garantie que nos biens ne
seront pas volés ou détruits.
Il
y a cinq ennemis qui peuvent détruire nos biens :
1.
Le feu
2.
L'eau
3.
Le vol
4.
La confiscation par les autorités gouvernementales
5.
Les enfants perfides
Les
deux premiers ennemis le feu et l'eau font partie de la des-truction
causée par la nature, et il nous faut aussi inclure la
destruction par les avalanches et les glissements de boue. Il reste
trois causes de destruction de nos biens : le mauvais usage du
pouvoir, de la force ou de la domination.
Malgré
toutes les précautions que nous pouvons prendre, nous n'avons
aucune garantie contre la perte de nos possessions matérielles.
Si
l'essence ne se trouve pas dans la possession de ces choses, dans les
choses matérielles, quelle essence pouvons-nous tirer de ces
choses ? Comment ces choses peuvent-elles nous aider dans notre
recherche du bonheur et de la liberté du coeur ? Y a-t-il dans
ces choses une essence indestructible ?
La
seule essence que nous pouvons tirer de ces possessions matérielles
est DANA, ce qui veut dire générosité, don ou
offrande. Dâna est une vertu qui sommeille chez tous les êtres
humains. C'est la qualité du coeur qui pousse à donner
ses possessions pour le bien d'autres êtres sensibles. Donner
ouvre le coeur et combat les états mentaux malsains tels que
la mesquinerie, l'égoïsme et l'avarice. Cela nourrit et
aide à développer les qualités de générosité
et de compassion. Au moment où l'on donne, notre coeur est
plein de joie et nous pouvons développer ce sentiment de joie
avant et après le don. Quand nous allons acheter ce qu'il faut
pour le Dâna, ou quand nous préparons ces dons, nous
sommes déjà heureux et joyeux à l'idée de
donner. Et lorsque nous repensons à ce don que nous avons
effectué, nous nous sentons encore une fois heureux et
exaltés.
Lors
de mon second voyage en Australie, en 1991. je suis allée à
Canberra avec mon ami David. En nous promenant dans la zone
piétonnière du sud de Canberra, nous tombâmes sur
une vieille femme qui distribuait des bols de soupe brûlante à
tous les gens qui passaient. Elle nous proposa de la soupe. Nous nous
arrêtâmes et elle remplit deux bols de cette soupe
fumante en la versant d'un grand pot. C'était un délicieux
potage aux légumes, visiblement préparé avec
soin et amour. En mangeant la soupe, je regardais à droite et
à gauche, en cherchant le nom de l'organisation ou du groupe
qui distribuait cette soupe : mais je ne pus trouver aucune
indication. Alors, je demandais à la femme au visage si
aimable pour quel groupe elle travaillait. Elle me répondit
qu'il n'y avait aucune organisation ni aucun groupe, mais que c'était
son offrande personnelle aux gens dans le besoin ou à tous les
gens qui passaient. Elle poursuivit en disant que chaque mois, après
la réception de son chèque du gouvernement, elle
mettait de côté ce qui lui restait après avoir
dépensé ce qu'il fallait pour sa propre nourriture, son
loyer et ses assurances. "Vous savez" ajouta t-elle. "les
autres femmes dépen-sent l'argent en surplus pour acheter de
jolis vêtements et des maquillages coûteux, mais je n'ai
pas besoin de tout cela. Mon coeur est plein de joie et je suis très
heureuse quand je peux offrir cette soupe chaque vendredi
après-midi". Puis elle se retourna et emplit un autre bol
pour un businessman d'âge moyen.
Le
mérite obtenu par cette action merveilleuse ne peut pas être
détruit- il ne peut pas être volé ou dérobé.
Ni le feu. ni les torrents de boue, ne peuvent détruire le
mérite acquis. Ce mérite ne peut non plus être
confisqué par les autorités et le gouvernement. Les
voleurs peuvent fouiller toute la maison, même emporter le
coffre-fort, mais ils ne peuvent pas s'emparer de notre mérite.
Dâna
est ce que nous pouvons extraire de nos possessions matérielles,
et ce qui en devient l'essence. Il y a. dans ces actes de générosité,
une puissance énorme et leurs résultats positifs
peuvent beaucoup contribuer à notre bonheur, à notre
bien-être et à notre contentement. Très souvent,
le Bouddha ouvrait ses causeries par le sujet du don. car c'est une
qualité très importante sur notre chemin spirituel.
C'est la base de tout ce chemin, c'est la fondation même des
pas qui vont suivre.
Les
bénéfices de dâna se manifestent sur trois plans
:
1.
Chaque jour, chaque vie : un plus grand bonheur et une plus grande
richesse
2.
Chaque jour, chaque vie : une meilleure situation ou une renaissance
dans un royaume supérieur
3.
Chaque jour, chaque vie : l'accomplissement de nos espoirs
La
sécurité matérielle et la richesse sont les
résultats karmiques de Dana. Avec l'acte de donner et
d'offrir, nous semons des graines qui deviendront plus tard des
plantes dont nous pourrons récolter les fruits.
Au
deuxième niveau, les bénéfices de dâna se
manifestent par une position plus haute et par une renaissance en un
royaume plus élevé. On peut comparer notre coips à
une montgolfière et le mérite obtenu par notre dâna,
à une pièce de coton trempée dans du kérosène.
Si nous voulons allumer une montgolfière, il nous faut au
moins l'aide de trois ou quatre personnes. Deux ou trois personnes
doivent tenir le ballon, tandis qu'une autre personne met le feu à
la pièce de coton. Après quoi, il nous faut attendre un
petit moment pour que le ballon soit empli de chaleur et se trouve en
mesure de s'élever vers le ciel. Quand la chaleur est
suffisante, on peut lâcher le ballon et le voir s'élever
dans l'air. Plus grande est la chaleur, plus haut le ballon va
monter. Tant que le kérosène n'est pas brûlé
tout entier, le ballon ne retombera pas. Ce n'est que quand tout le
kérosène sera utilisé, et que la flamme sera
éteinte, que le ballon redescendra sur terre.
C'est
la même chose pour nos corps : le mérite résultant
de notre dâna peut se comparer à la pièce de
coton trempée dans le kérosène. Pour parvenir à
une position sociale plus élevée, ou pour devenir
riche, ou pour renaître dans un royaume supérieur, il
nous faut la flamme de dâna.
Si
la puissance de notre mérite, acquis par des actes de
générosité, est suffisamment grande, elle peut
nous permettre de renaître au royaume des devas.
Si
nous renaissons dans le domaine des humains, nous jouirons d'une
position sociale plus élevée et nous serons plus
riches.
Au
troisième niveau, les bénéfices de dâna se
manifestent par l'accomplissement de nos souhaits.
En
Birmanie, il y a des pagodes qu'on appelle "les pagodes de
l'accomplissement des souhaits", mais cela ne veut pas dire que
la pagode a. par elle-même, le pouvoir de satisfaire tous nos
souhaits. Quand les gens se rendent à la pagode, en Birmanie,
ils apportent des offrandes pour la pagode ou pour les nombreuses
statues du Bouddha qui s'y trouvent. Ces offrandes consistent surtout
en bouquets de fleurs, en encens, en chandelles, en nourriture ou en
provisions d'eau. En offrant ces choses, ces gens font le souhait que
le mérite résultant de ces actes de dâna puisse
accroître leur richesse et leur bonheur, et qu'il puisse être
une bonne condition sur le chemin de leur libération. Ce sera
grâce à ces actes salutaires de dâna que les
souhaits de ces gens seront exaucés.
Sans
une pratique suffisante de dâna. tous nos souhaits sont
inutiles et n'ont aucun sens.