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Visuddhimagga

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Visuddhimagga

Extraits
Traduits du maghadi par Christian Maës
paru aux éditions Fayard : trésors du Bouddhisme




INTRODUCTION


Au temps du Bouddha, les disciples apprenaient par cœur les instructions orales de la pratique à laquelle ils devaient se consacrer. Ces instructions se composaient de résumés que le moine pouvait se remémorer chaque fois qu'il rencontrait une difficulté ou franchissait une nouvelle étape de son évolution.

Juste après la mort du Bouddha, les principaux disciples se réunirent pour fixer les récits canoniques, lesquels contiennent de nombreux résumés tels que les avait formulés le Bouddha lui-même. Selon la tradition, cette mise en forme prit sept mois.

Dès lors, le canon se transmit de génération en génération. Certains moines spécialisés - les récitants — apprenaient par cœur les textes enseignés par leurs aînés pour les transmettre à leurs cadets sans en rien modifier. Une méthode orale de ce type vaut bien les transmissions écrites qui reposent sur la recopie de feuillets abîmés.

Mais les résumés ne permettaient pas à eux seuls une compréhension pleine et entière de l'enseignement, il fallait leur ajouter les explications complémentaires que fournissaient les commentaires, et les récitants transmettaient les commentaires de génération en génération au même titre que les récits fondamentaux. Le canon subissait peu de changements alors que les commentaires, qui n'étaient pas appris par cœur, suivaient les fluctuations de la langue parlée.

Au troisième siècle avant notre ère, le moine Mahinda, que la tradition considère comme un fils de l'empereur indien Asoka, introduisit le bouddhisme à Sri Lanka où régnait alors le roi Devanampiya-tissa, et fonda le Grand Monastère à proximité d'Anurâdhapura, la capitale de l'île. Les récits canoniques s'y transmirent oralement jusqu'au premier siècle avant notre ère, quand les troubles politiques et religieux firent craindre que les lignées de récitants ne s'inter-

rompissent. Le canon fut alors mis par écrit au monastère d'Alokvihare (ou Aluvihare), loin de la capitale.

Dès le règne du roi Devanampiyatissa, les commentaires avaient été traduits en cinghalais. Ils ont probablement été couchés par écrit dès cette époque - bien avant le canon.

Dans les années 430 de notre ère, un moine répondant au nom de Buddhaghosa recueillit la tradition du Grand Monastère et retraduisit les commentaires cinghalais dans la langue canonique, forme intermédiaire entre le sanskrit védique et les dialectes (prakrits). La tradition considère qu'il s'agit de la langue parlée dans le royaume du Mâgadha au temps du Bouddha, et la nomme donc mâgadhi; les savants modernes, eux, l'appellent pâli, en dépit du fait que ce mot désigne le canon par opposition aux commentaires.


.../...

Dans «le Chemin de la Pureté», Buddhaghosa n'exposa pas son opinion personnelle, il rapporta ce que disaient les érudits, les textes canoniques et les commentaires. Il s'en tint donc strictement à la tradition qu'il avait recueillie, ce qui fait du Visuddhimagga un témoignage précieux d'une forme de bouddhisme épurée et fidèle aux origines.


LE CHEMIN DE LA PURETÉ


Il s'agit du chemin qui mène à la Pureté ultime, celle qui s'obtient avec l'Accomplissement final et qui est synonyme de Nibbâna, «Dénouement».

Le Visuddhimagga décrit trois étapes - discipline, concentration (ou état d'être) et sagacité - selon une structure classique dans l'enseignement bouddhique ; mais aussi sept étapes de «pureté» telles qu'elles apparaissent dans le Rathavinîtasutta, auquel cas la sagacité comporte cinq «puretés» successives qui s'ajoutent aux puretés de la discipline et de la concentration.

En ce qui concerne la discipline, «le Chemin de la Pureté» décrit surtout la discipline propre aux moines — il est clair que l'auteur s'adresse aux lecteurs engagés dans la vie monastique. Cependant, les principes énoncés valent pour toutes les catégories de pratiquants. Sîlam ne représente pas seulement une morale ou une éthique, mais plutôt une discipline extérieure et intérieure, un état d'esprit recueilli qui se manifeste par une attitude de cohérence parfaite entre les pensées, les paroles et les actions, et qui porte à respecter les autres et à se respecter soi-même, à ne nuire à personne et à préparer l'étape suivante : la concentration.


Samâdhi, la concentration au sens du Visuddhimagga, ne désigne pas la dispersion contrôlée que le monde qualifie hâtivement de concentration, mais une focalisation stable de l'attention sur un point unique, toujours accompagnée d'une forte conviction, d'une grande vigueur, d'une profonde tranquillité, d'une intense acuité, de beaucoup de souplesse et d'une belle agilité de l'esprit. Sur la base d'un unique objet de contemplation, l'exercice de la concentration développe la qualité de la connaissance, autrement dit une connaissance de plus en plus fine, de plus en plus précise, incisive comme un scalpel.


Pannâ, enfin, représente une forme de sagacité qui se sert des qualités acquises avec la pratique de la discipline et de la concentration pour discerner avec finesse la succession des instants de conscience, les éléments physiques et non physiques qui composent ces instants, ainsi que les conditions qui régissent leur apparition et leur disparition, ce qui permet finalement de mettre fin au flux des instants et d'avoir l'expérience directe de la Réalité qui n'est pas soumise à ce flot : le Nibbâna ou Dénouement, encore appelé Pureté.

Le chemin aboutit donc à cette Pureté qui donne son titre à l'œuvre.




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