DHAMMA-ANUSSATI
"efforcez-vous avec sincérité"

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Dhamma

LA REMEMORATION DU DHAMMA


68 Le yogi qui veut cultiver la remémoration du Dhamma doit se retirer dans la solitude et se remémorer les qualités du dhamma de l'Écriture et du nonuple Dhamma supramondain :

«Le Dhamma est bien exposé par le Seigneur; on doit bien le voir par soi-même ; il est immédiat ; il possède la qualité viens-et-vois ; il doit être amené ; et les savants doivent le connaître en eux-mêmes1. » [Prenons ces points un par un.]


BIEN EXPOSE


69 Les autres expressions se rapportent uniquement au Dhamma supra-mondain alors que celle-ci qualifie aussi le dhamma des textes.

Le dhamma des textes est bien exposé parce qu'il est bon au début; bon au milieu, bon à la fin, et qu'il enseigne la vie sainte, complète et pure, avec le fond et la forme.

Dans les strophes composées par le Seigneur, le premier vers représente le début; les deuxième et troisième le milieu, et le quatrième la fin. Tous les quatre sont bons ; le dhamma est donc bon dans son entier. Dans les suttas qui traitent d'un seul point; l'introduction représente le début; la conclusion la fin, et le reste le milieu ; et tous les trois sont bons. Dans les suttas qui traitent de plusieurs points, le premier point représente le début; le dernier la fin, et les autres le milieu ; et tous sont bons. En outre, l'introduction et la présentation, qui constituent le début; sont bonnes. Le milieu est bon lui aussi en ce qu'il répond aux besoins des êtres à guider, ne s'écarte pas du sens, expose les raisons et donne des exemples. Et la fin est bonne car la conclusion suscite la confiance de l'auditoire.


70 Le dhamma de l'enseignement est bon dans son ensemble : bon au début en tant que discipline - laquelle résulte de l'enseignement : bon au milieu en tant que quiétude supravoyance, chemin et Fruit, et bon à la fin comme Dénouement. Ou bien, il est bon au début en tant que discipline et concentration, bon au milieu comme supravoyance et chemin, et bon à la fin en tant que Fruit et Dénouement. Ou bien, il est bon au début parce que le Bouddha est vraiment réalisé, bon au milieu parce que le Dhamma est juste, et bon à la fin parce que le Sangha se trouve sur le bon chemin. Ou encore, il est bon au début en tant que pleine Réalisation qu'il faut atteindre en suivant le c'est-ainsi dont on a entendu parler, bon au milieu comme Réalisation individuelle et bon à la fin comme Réalisation des Disciples.


71.Il est bon au début quand on l'entend, car son écoute permet d'écarter les obstacles. Il est bon au milieu lorsqu'on le pratique, car la pratique permet d'obtenir la félicité de la quiétude et de la supravoyance. Il est bon à la fin quand est réalisé le Fruit; parce que celui-ci confère Y Etat de Sage. Il est; en conclusion, «bien exposé» pour toutes ces raisons.


72. Pour enseigner de plusieurs façons la «vie sainte dans l'enseignement» et la «vie sainte sur le chemin», le Seigneur exposa le dhamma avec le fond et la forme de sorte que l'essence de la vie sainte s'accorde parfaitement avec l'enseignement et que la forme soit excellente.

Il exposa le dhamma avec le fond pour que les exposés, les explications, les explicitations, les analyses, les clarifications et les concepts soient justes ; et avec la forme pour que les lettres, les mots, la forme, le style, la syntaxe et l'exégèse soient excellents. Avec le fond pour que le sens soit profond, et avec la forme pour que la façon d'enseigner le soit aussi. Avec le fond pour que la discrimination du sens soit juste, et avec la forme pour que la discrimination de l'expression le soit aussi. Avec le fond pour susciter la confiance des sages en leur permettant d'en faire l'expérience, et avec la forme pour inspirer confiance aux gens du monde. Avec le fond qui bénéficie de la profondeur du but, et avec la forme qui profite de la clarté des mots.


La vie sainte est complète car il n'y a rien à lui ajouter. Elle est pure car dépourvue de défauts, et il n'y a rien à lui retrancher.

Et encore, avec le fond qui est manifeste quand on atteint le but, et avec la forme qui est claire quand on comprend les textes.

La vie sainte est complète quand les cinq ensembles, à commencer par celui des disciplines (XIV § 219), se trouvent réunis. Elle est pure pour autant qu'elle ne comporte pas de souillures mineures, qu'elle ait pour but de permettre la sortie du monde et se désintéresse des biens du monde.

Le Seigneur enseigna donc la vie sainte complète et pure avec le fond et la forme. Son enseignement est en conséquence «bien exposé».


73. Ou encore, le Dhamma est «bien exposé) parce qu'il ne déforme pas le sens. D'autres écoles pervertissent le sens du Dhamma et l'exposent de travers en décrivant des obstacles imaginaires et une issue qui est en ait une impasse. Le Dhamma du Seigneur ne ressemble pas au leur, car il ne pervertit pas le sens et ne recèle aucune erreur : les obstacles et l'issue qu'il décrit sont bien réels. Ainsi le Dhamma de l'Ecriture est-il «bien exposé).


74. Le Dhamma supramondain est lui aussi «bien exposé) car il décrit une voie conforme au Dénouement, et un Dénouement conforme à la voie, ainsi qu'il est dit : «Le Seigneur a bien indiqué à ses disciples la voie qui mène au Dénouement : le Dénouement et la voie confluent. L'eau du Gange se joint à l'eau de laYamuna et s'y mêle. De la même façon, le Seigneur a bien indiqué à ses disciples la voie qui mène au Dénouement : le Dénouement et la voie confluent. »


75. L'enseignement «expose bien »le chemin immaculé — cette voie médiane qui évite les deux extrêmes —, ainsi que les Fruits de l'ascèse dont les souillures sont totalement absentes, et le Dénouement qui a nature d'Eternité, d'Immortalité, d'Abri, de Havre, etc. Le Dhamma supramondain est donc, lui aussi, «bien exposé.


ON DOIT BIEN VOIR LE DHAMMA PAR SOI-MÊME


76;L'homme pur voit lui-même le chemin immaculé dans sa propre succession d'instants de conscience en réduisant à néant les défauts tels que l'attachement. Il voit donc le chemin par lui-même, ainsi qu'il est dit : « Quand son état d'être est teinté d'attachement; brahmane, envahi et pris par l'attachement; ses pensées font son propre malheur, ses pensées font le malheur d'autrui, ses pensées font le malheur des deux, et il souffre d'insatisfaction Une fois l'attachement éliminé, ses pensées ne font plus son propm malheur, ses pensées ne font plus le malheur d'autrui, ses pensées ne font plus le malheur des deux, et il ne souffre plus d'insatisfaction Voilà, brahmane, comment il voit le Dhamma par lui-même.»



77.Si l'homme veut voir le nonuple Dhamma supramondain2, il doit cesser de faire confiance à autrui, et se mettre à examiner les choses par lui-même, car c'est par lui-même qu'il verra le Dhamma.


78.Ou encore, on «voit bien» quand on a une vue perçante, une vue qui permet de triompher. Or la vue associée au chemin immaculé triomphe des souillures en prenant le Dénouement pour objet; et procure le Fruit immaculé. Cette vue perçante permet au nonuple Dhamma supramondain de triompher, de même que le bon char permet à l'aurige de gagner.


79.Ou encore,l'expression «bien voir» se rapporte au beau spectacle qui mérite d'être contemplé. Or c'est le spectacle du Dhamma supramondain, lors de la réalisation de l'exercice et de la réalisation de la vision directe, qui permet d'arrêter le tourbillon terrifiant du mouvement continuel. Et le Dhamma mérite d'être bien vu, de même qu'un mannequin mérite d'être bien habillé.


LE DHAMMA EST IMMEDIAT


80.Il est immédiat au sens où le Fruit succède au chemin sans délai : sans attendre cinq jours, sept jours ou davantage.


81.II faut un temps de mûrissement au médiat avant qu'il ne produise son effet. Et médiat qualifie les agents bénéfiques mondains. Mais le chemin est immédiat parce que son Fruit se produit sans délai.


LE DHAMMA POSSÈDE LA QUALITÉ VIENS-ET-VOIS


82 .La qualité viens-et-vois représente la nature à la fois trouvable et pure de la chose considérée.

On ne peut pas dire d'un poing vide : «II contient de l'argent ou de l'or. Viens et vois-le!» Pourquoi? Parce qu'il n'en contient pas.

D'autre part, quand on aperçoit des excréments et de l'urine, on ne dira pas : «Viens et vois-les!» en espérant que son interlocuteur jouira de leur beauté. On les cache au contraire sous des herbes et des feuilles. Pourquoi? Parce qu'il s'agit de saletés.

Mais le nonuple Dhamma supramondain est à la fois trouvable et pur, tel le disque de la pleine lune dans un ciel sans nuages, ou le cristal posé sur un tissu orange. II a donc la qualité viens-et-vois.


LE DHAMMA DOIT ÊTRE AMENÉ


83 Le dhamma supramondain créé doit être amené par l'exercice dans l'esprit du moine, même si celui-ci se rend compte [au même instant] que ses vêtements ou ses cheveux sont en feu.

Et l'Incréé doit être amené par l'esprit lui-même, ce qui revient à dire que l'attention doit se fixer sur l'Incréé au moyen de la vision directe.

84 Le chemin immaculé qui mène au Dénouement doit donc «être amené) [par l'exercice] ; le Fruit et le Dénouement par la vision directe.


LES SAVANTS DOIVENT LE CONNAÎTRE EN EUX-MEMES


85 Tous les savants, à commencer par ceux qui comprennent vite, doivent reconnaître en eux-mêmes : «J'ai parcouru le chemin, atteint le Fruit et vu directement le Dénouement. »


Car le chemin que suit le précepteur n'élimine pas les souillures des élèves qui lui font confiance, son absorption dans le Fruit ne permet pas aux élèves de demeurer dans le bien-être, et ils ne font pas l'expérience de son Dénouement. Le Dhamma ne peut donc pas se comparer aux parures que l'on admire sur la tête d'autrui. Les savants doivent au contraire le voir dans leur propre esprit et connaître directement ce domaine auquel les sots n'ont pas accès.


86 De plus, le Dhamma est «bien exposé» quand il est bien vu, «bien vu» parce qu'il est immédiat; «immédiat» parce qu'il possède la qualité viens-et-vois, et il faut «amener» ce qui possède «la qualité viens-et-vois».


87.Pendant que le yogi se remémore les qualités du Dhamma, «son esprit n'est pas envahi par l'attachement; par l'aversion ni par la confusion. A ce moment; il porte une attention sans défaut sur le Dhamma. » En un seul instant; les obstacles sont écartés et les facteurs du jhâna apparaissent; comme précédemment. Mais le yogi n'atteint pas l'insertion parce que les qualités du Dhamma sont trop profondes, ou parce qu'il est déterminé à se remémorer ces qualités de plusieurs façons. Le jhâna se limite donc à la proximité, et s'appelle «remémo-ration du Dhamma» parce qu'il survient lors de la remémoration des qualités du Dhamma.


88.Le moine qui se consacre à la remémoration du Dhamma est de plus en plus respectueux et déférent envers le Maître parce qu'il connaît les qualités du Dhamma : «Je ne vois pas dans le passé ni dans le présent un autre maître qui enseigne un Dhamma qu'il faille produire de cette façon. » II respecte le Dhamma. Il acquiert une grande conviction, une vigilance intense, une sagacité aiguë et beaucoup de mérites. Il connaît un sublime ravissement et une joie profonde, il surmonte ses peurs, réussit à supporter tous les désagréments et a l'impression de vivre avec le Dhamma. Son corps, qui est habité par la remémoration des qualités du Dhamma, mérite d'être honoré comme un monument. Ce moine aspire au Dhamma suprême. Chaque fois qu'il rencontre un domaine de transgression, il fait preuve de retenue et de respect humain car il se remémore constamment la justesse du dhamma. S'il ne s'élève pas plus haut; du moins obtient-il une bonne destinée.

Que l'homme intelligent prête toujours attention à la remémoration si puissante du Dhamma.


Ainsi finit l'explication détaillée de la remémoration du Dhamma.








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