LA
REMEMORATION DU SHANGA
89 Le
yogi qui veut cultiver la remémoration du Sangha doit se
retirer dans la solitude et se remémorer les qualités
de la communauté des Immaculés comme suit :
«En
bon chemin est la communauté des Disciples du Seigneur, dans
le droit chemin est la communauté des Disciples du Seigneur,
sur le chemin juste est la communauté des Disciples du
Seigneur, sur le chemin correct est la communauté des
Disciples du Seigneur; elle est composée de quatre paires de
Personnes, de huit Individus. Cette communauté des Disciples
du Seigneur est digne d'offrandes, digne de cadeaux, digne de
sacrifices, digne de salutations mains jointes, elle constitue le
meilleur des champs de mérites qui soit au monde. »
90 La
communauté est «en bon chemin» parce qu'elle
chemine comme il convient. Et l'on qualifie de bon chemin la voie
juste qui n'autorise pas de retours en arrière, qui suit le
droit fil, qui est dépourvue d'obs truction, et conforme à
la nature du Dhamma.
On
appelle «Disciples» ceux qui ont respectueusement écouté
l'enseignement du Seigneur. Le sangha des Disciples, c'est la
communauté des Disciples. Les Disciples forment une
communauté, car ils ont la discipline et la vision en commun.
La
voie est qualifiée d'«immaculée» et de
«juste» parce qu'elle est droite, dépourvue de
sinuosités, de méandres et de détours. Elle est
qualifiée de «correcte» dans le sens d'adéquate.
On dit donc de la communauté des Immaculés qui se
trouvent sur le chemin qu'elle est «dans le droit chemin, sur
le chemin juste, sur le chemin correct».
91 Au
stade du chemin, les Immaculés sont « en bon chemin »
parce qu'ils se trouvent sur la voie juste. Au stade du Fruit, ils
sont encore «en bon chemin» parce que cet état
résulte de la voie qui était juste et qui fait à
présent partie du passé.
92
La Communauté est en outre «en bon chemin» parce
qu'elle suit la voie bien décrite par le Dhamma et le Vinaya,
et qu'elle ne commet pas de fautes. Elle est «dans le droit
chemin» parce qu'elle suit la voie médiane qui évite
les deux extrêmes et qui élimine les défauts
physiques, verbaux et mentaux, les sinuosités, les méandres
et lesdétours. Elle est «
sur le chemin juste » parce qu'elle suit la voie qui aboutit au
Dénouement, lequel est qualifié de juste. Elle est
enfin « sur le chemin correct» parce que la voie qu'elle
suit mérite le respect.
93
«Elle est composée de» : elle est formée
de.
«Quatre
paires de Personnes» : l'Immaculé du premier chemin et
celui du premier Fruit forment la première paire. Il y a ainsi
quatre paires de Personnes [correspondant aux quatre paires
chemin-Fruit].
«
Huit Individus » : le premier Individu est l'Immaculé du
premier chemin, le deuxième Individu l'Immaculé du
premier Fruit, et ainsi de suite. Il y a de cette manière huit
Individus. Les mots «Personne» et « Individu »
ont le même sens mais conviennent à des auditoires
différents.
Les
quatre paires de Personnes, quand on regroupe les paires, ou les huit
Individus, pris un par un, forment «cette communauté des
Disciples du Seigneur».
94
«Digne d'offrandes». Il s'agit de l'offrande des quatre
soutiens qui sont apportés, même de loin, et offerts aux
moines disciplinés. La Communauté en est digne parce
que l'offrande qui lui est faite produit de grands fruits.
95 La
Communauté est encore « digne d'offrandes » parce
qu'elle mérite de recevoir tout ce qu'une personne lui
apporte, même de loin ; et parce qu'elle mérite de
recevoir aussi les offrandes données par Sakka, etc.
Les
brahmanes croient que le feu mérite des offrandes, car ils
pensent que les offrandes qui lui sont faites procurent de grands
fruits.
Si le
meilleur récipiendaire est celui qui rend l'offrande plus
fructueuse, c'est la Communauté qu'il faut choisir. Car donner
à la Communauté confère de grands fruits, ainsi
qu'il est dit :
«
L'un rend un culte au feu pendant cent ans dans la forêt.
L'autre honore un seul instant une Personne évoluée :
ce dernier hommage vaut plus que les cent ans de culte. » Le
mot âhavanîyo utilisé par d'autres écoles a
le même sens que notre mot âhuneyyo, «digne
d'offrandes», bien que sa forme diffère légèrement.
96
«Digne de cadeaux». Les cadeaux désignent
couramment les présents offerts avec respect aux visiteurs
(amis et connaissances, chers et aimés)venus
de tous les horizons. Ces cadeaux conviennent aussi à la
Communauté, car elle est digne de les recevoir. La Communauté
est même le meilleur des récipiendaires aussi longtemps
qu'elle existe, pleine de qualités appréciables, dans
l'intervalle de temps qui sépare deux Bouddhas. Il convient de
lui donner ces cadeaux et elle est digne de les recevoir : elle est
donc «digne de cadeaux».
Le mot
pâhavaniyo que l'on trouve dans d'autres versions du canon à
la place de pâhuneyyo signifie «digne des prémices».
La Communauté mérite en effet la primeur, il faut venir
lui en faire cadeau. Pâhavanîyo signifie qu'elle mérite
toutes les espèces d'offrandes, et notre expression «digne
de cadeaux» a pratiquement le même sens.
«Digne
de sacrifices». Le «sacrifice» est un don que l'on
fait avec confiance dans l'autre monde. La Communauté mérite
les sacrifices, car elle les valorise en les rendant très purs
et très fructueux.
«Digne
de salutations mains jointes» : elle mérite que le monde
entier la salue enjoignant les mains au dessus de la tête.
«Elle
constitue le meilleur des champs de mérites qui soit au monde
» : elle représente un lieu sans égal pour faire
croître les mérites du monde entier. On nomme «
champ de riz royal » ou « champ de blé royal»
l'endroit où pousse le riz ou le blé du roi ou d'un
ministre. La Communauté, elle, est le lieu où croissent
les mérites du monde entier, car les mérites - sources
de nombreux bienfaits et bonheurs pour le monde — croissent
quand ils bénéficient de l'appui de la Communauté.
Pendant
que le yogi se remémore les qualités du Sangha, «son
esprit n'est pas envahi par l'attachement, par l'aversion ni par la
confusion. A ce moment, il porte une attention sans défaut sur
le Sangha. » En un seul instant, les obstacles sont écartés
et les facteurs du jhâna apparaissent comme précédemment.
Mais le yogi n'atteint pas l'insertion parce que les qualités
du Sangha sont trop profondes, ou parce qu'il est déterminé
à se remémorer ces qualités de plusieurs façons.
Le jhâna se limite donc à la proximité, et
s'appelle « remémoration du Sangha» parce qu'il
survient lors de la remémoration des qualités du
Sangha.
Le
moine qui se consacre à la remémoration du Sangha est
de plus en plus respectueux et déférent envers la
Communauté. Il acquiert une grande conviction, une vigilance
intense, une sagacité aiguë et beaucoup de mérites.
Il connaît un sublime ravissement et une joie profonde, il
surmonte ses peurs, réussit à supporter tous les
désagré ments et a l'impression de vivre avec le
Sangha. Son corps, qui est
habité
par la remémoration des qualités du Sangha, mérite
d'être honoré comme la salle de l'uposatha quand le
Sangha s'y réunit. Le moine aspire à obtenir les
qualités du Sangha. Chaque fois qu'il rencontre un domaine de
transgression, il fait preuve de retenue et de respect humain comme
s'il était en présence du Sangha. S'il ne s'élève
pas plus haut, du moins obtient-il une bonne destinée. Que
l'homme intelligent prête toujours attention à la
remémoration si puissante du Sangha.
Ainsi
finit l'explication détaillée de la remémoration
du Sangha.


