LA
REMÉMORATION DE LA DISCIPLINE
101 Le
yogi qui désire cultiver la remémoration de la
discipline doit se retirer dans la solitude et se remémorer
les qualités de ses propres disciplines :
«Elles
ne sont ni écornées ni lézardées ni
entachées ni éclaboussées; elles libèrent,
sont louées par les savants, inaltérables, et mènent
aux concentrations.»
Il
s'agit des disciplines laïques pour ceux qui vivent dans leur
foyer, et des disciplines monastiques pour ceux qui l'ont quitté.
102
Dans un cas comme dans l'autre, elles sont dites «non écornées»
quand aucun point de l'entraînement n'est rompu au début
ou à la fin, tel un tissu dont les coins ne sont pas déchirés.
« Non lézardées » en l'absence de toute
rupture dans le milieu, tel un tissu qui n'est pas déchiré
en son milieu. «Non entachées» quand elles ne sont
pas entachées par deux ou trois ruptures successives, tel le
pelage noir, rouge ou autre d'une vache dont le dos et le ventre ne
comportent pas de tache allongée ou arrondie d'une autre
couleur. « Non éclaboussées » en l'absence
de ruptures répétées, telle la robe d'une vache
qui n'est pas tachetée de points d'une couleur différente.
103 De
manière générale, elles ne sont ni écornées
ni lézardées ni entachées ni éclaboussées
si rien ne les endommage : si l'on ne trouve aucune implication dans
les sept aspects de la sexualité (I § 144), aucune
colère, aucune agressivité ni rien d'autre de mauvais
(I § 151).
104
Elles «libèrent» : elles affranchissent de
l'esclavage du désir.
«Elles
sont louées par les savants» : les Bouddhas et les
autres savants en font l'éloge.
«Inaltérables»
parce que la soif et les croyances ne peuvent les souiller. Ou parce
qu'elles ne donnent aucune prise aux reproches. Autrement dit,
personne ne peut formuler de reproche tel que : «Ta discipline
présente un défaut. »
«Elles
mènent aux concentrations» : aux concentrations de
proximité et d'insertion, ou à celles du chemin et du
Fruit.
Pendant
que le yogi se remémore les qualités de sa propre
discipline, « son esprit n'est pas envahi par l'attachement,
par l'aversion ni par la confusion. A ce moment, il porte une
attention sans défaut sur la discipline. » En un seul
instant, les obstacles sont écartés et les facteurs du
jhâna apparaissent comme précédemment. Mais le
yogi n'atteint pas l'insertion parce que les qualités de la
discipline sont trop profondes ou parce qu'il est déterminé
à se remémorer ces qualités de plusieurs façons.
Le
jhâna se limite donc à la proximité, et s'appelle
« remémoration de la discipline» parce qu'il
survient lors de la remémoration des qualités de la
discipline.
Le
moine qui se consacre à la remémoration de la
discipline respecte de plus en plus l'entraînement. Il vit en
harmonie avec les autres et les accueille avec attention. Il
s'épargne des peurs variées, comme d'avoir à
s'adresser des reproches. Il voit les plus petites fautes avec
crainte. Il acquiert une grande conviction, une vigilance intense,
une sagacité aiguë et beaucoup de mérites. Il
connaît un sublime ravissement et une joie profonde. S'il ne
s'élève pas plus haut, du moins obtient-il une bonne
destinée.
Que
l'homme intelligent prête toujours attention à la
remémoration si puissante de la discipline.
Ainsi
finit l'explication détaillée de la remémoration
de la discipline.
LA
REMÉMORATION DE LA GÉNÉROSITÉ
Pour
cultiver la remémoration de la générosité,
le moine doit faire preuve de générosité
naturelle en donnant et en partageant sans cesse. Ou, s'il débute
dans cette pratique, prendre l'engagement suivant : «Désormais
je ne mangerai pas, s'il y a un récipiendaire, sans lui avoir
fait un don, au moins d'une cuillerée. » Il doit faire
un don le jour même en
partageant selon ses moyens, selon ses capacités, avec des
récipiendaires aux qualités éminentes, saisir le
signe de la générosité, se retirer dans la
solitude et se remémorer les qualités de sa propre
générosité :
«
Quel gain c'est pour moi, quel profit c'est pour moi, de garder
ainsi, au milieu d'une engeance souillée par le refus de
partager, un esprit dépourvu de taches et libre du refus de
partager, d'être généreux, de garder les mains
propres, d'aimer abandonner, de répondre aux demandes et de
prendre plaisir à donner et à partager ! »
108
«Quel gain c'est pour moi». Cette attitude me sera
profitable et excellente, car je bénéficierai sûrement
de l'un des bienfaits que le Seigneur a promis aux donateurs : «
Qui donne la vie [en offrant de la nourriture] aura sa part de vie
divine ou humaine2», ou : «On aime ceux qui donnent, on
les fréquente beaucoup », ou encore : « Quand on
donne, on est aimé et on suit le vrai dhamma. »
109 «
Quel profit c'est pour moi » : le profit de l'enseignement et
de la condition humaine dont je bénéficie à
présent. D'où vient ce profit? Du fait que «je
garde, au milieu d'une engeance souillée par le refus de
partager, un esprit... »
110
«Souillée par le refus de partager» : maculée
par cette tache que constitue le refus de partager.
On
appelle les êtres « engeance » parce qu'ils sont
engendrés. Ce mot s'applique ici aux êtres que souille
le refus de partager, l'une de ces choses sombres qui altèrent
la nature rayonnante de l'esprit. Ce défaut se caractérise
par le refus de mettre en commun avec autrui ce qu'on a reçu.
111
«Dépourvu de taches et libre du refus de partager»
: ne refusant pas de partager et fibre des autres taches comme
l'attachement et l'aversion.
«De
garder un esprit» : de vivre dans cet état d'être.
On trouve dans certains récits3 l'expression «je demeure
au foyer...» qui vise à montrer à Mahânâma
Sakka dans quel état d'esprit il doit rester, lui qui est déjà
un Entré-dans-le-courant. Ces mots signifient en fait : «Je
vis en surmontant... »
112 «
Généreux» : libéral, qui ne retient pas.
«Garder
les mains propres» : avoir toujours les mains lavées
afin de donner avec respect, de ses propres mains, ce qui peut
l'être.
«Aimer
abandonner» : prendre plaisir à constamment abandonner
ses» biens.
«Répondre
aux demandes» : donner tout ce que les aunes demandent.Autre
lecture : «Prêt à sacrifier», c'est-à-dire
prêt à sacrifier avec abnégation.
«Prendre
plaisir à donner et à partager» : se réjouir
de donner et de partager, et se remémorer que «je donne,
je partage ce qui m'est utile et je m'en réjouis».
113
Pendant que le yogi se remémore les qualités de sa
propre générosité, « son esprit n'est pas
envahi par l'attachement, par l'aversion ni par la confusion. A ce
moment, il porte une attention sans défaut sur h générosité.
» En un seul instant, les obstacles sont écartés
et les facteurs du jhâna apparaissent comme précédemment.
Mais le moine n'atteint pas l'insertion parce que les qualités
de la générosité sont trop profondes ou parce
qu'il est déterminé à se remémorer ces
qualités de plusieurs façons. Le jhâna se limite
donc à la proximité, et s'appelle «remémoration
de la générosité» parce qu'il survient
lors de h remémoration des qualités de la générosité.
114 Le
moine qui se consacre à la remémoration de la
générosité est de plus en plus déterminé
à pratiquer la générosité. Il n'a plus de
désir et ne s'attache à rien. Ses actions restent dans
le droit fil de la bienveillance. Il acquiert de l'assurance et
connaît un sublime ravis sement et une joie profonde. S'il ne
s'élève pas plus haut, du moins obtient-il une bonne
destinée.
Que
l'homme intelligent prête toujours attention à la
remémoration si puissante de la générosité.
Ainsi
finit l'explication détaillée de la remémoration
de la générosité.


