LA
REMÉMORATION DU DIVIN
115
Pour cultiver la remémoration du divin, le yogi doit avoir la.
conviction et les autres qualités que procure le chemin
immaculé, se retirer dans la solitude et se remémorer
ses propres qualités en prenant les divinités comme
référence1 : «Il y a les quatre grands rois
divins, lesdieux Trente-Trois, les
Yâma, les Tusita, les dieux Qui-aiment-créer et les
dieux Qui-ont-pouvoir-sur-les-créations-des-autres, il y a les
dieux du groupe de Brahma et les dieux qui leur sont supérieurs.
Ces divinités possèdent la conviction qui leur a permis
d'atteindre leur état divin après avoir péri
ailleurs; je possède, moi aussi, une telle conviction. Ces
divinités possèdent la discipline... l'érudition...
la générosité... la sagacité qui leur a
permis d'obtenir cet état divin après avoir péri
ailleurs ; je possède, moi aussi, une telle sagacité. »
116 On
lit dans le même sutta : «Au moment, Mahânâma,
où le disciple immaculé se remémore sa
conviction, sa discipline, son érudition, sa générosité,
sa sagacité et celles des divinités, son esprit n'est
pas envahi par l'attachement. » Cette citation montre que les
qualités du disciple égalent celles des divinités
qu'il prend comme référence. Et le commentaire confirme
qu'il se remémore ses qualités en prenant les divinités
comme référence.
117 Le
yogi doit d'abord se remémorer les qualités des
divinités, puis les siennes propres.Alors qu'il le fait, «son
esprit n'est pas envahi par l'atta chement, par l'aversion ni par la
confusion. A ce moment, il porte une attention sans défaut sur
le divin». En un seul instant, les obstacles sont écartés
et les facteurs du jhâna apparaissent comme précédemment.
Mais le moine n'atteint pas l'insertion parce que les qualités
du divin sont trop profondes ou parce qu'il est déterminé
à se les remémorer de plusieurs façons. Le jhâna
se limite donc à la proximité, et s'appelle
«remémoration du divin» parce qu'il survient lors
de la remémoration de qualités semblables à
celles des divinités.
118
Les divinités aiment et chérissent le moine qui se
consacre à la remémoration du divin. Ses qualités,
à commencer par la conviction, augmentent encore. Il connaît
un sublime ravissement et une joie profonde. S'il ne s'élève
pas plus haut, du moins atteint-il une bonne destinée.
Que
l'homme intelligent prête toujours attention à la
remémoration si puissante du divin. Ainsi finit l'exposé
détaillé de la remémoration du divin.
119
L'enseignement détaillé des remémorations dit en
premier : «A ce moment, il porte une attention sans défaut
sur le Tathâgata», puis enchaîne : «Du fait
de cette attention sans défaut, Mahânâma, le
disciple immaculé acquiert l'expérience du sens,
acquiert l'expériencedu
dhamma, acquiert la joie qui accompagne le dhamma, et de cette joie
naît le ravissement. »
L'«expérience
du sens» se rapporte à la satisfaction que cause la
compréhension de formules telles que : «Le Seigneur est
Accompli. » L'«expérience du dhamma»
concerne la satisfaction que cause la formulation du canon. «La
joie qui accompagne le dhamma» se réfère aux
deux.
120
Dans le cas de la remémoration du divin, «le divin en
tant qu'objet» se rapporte à l'étape préliminaire
qui porte sur les divinités, ou à la considération
des qualités, semblables à celles des divinités,
qui ont l'existence divine pour effet.
121
Les six remémorations ne réussissent que chez les
Disciples immaculés, car les qualités du Bouddha, du
Dhamma et du Sangha leur sont claires, leurs disciplines ne sont
souillées par aucun défaut, leur générosité
ne connaît ni souillures ni refus de partager, leur conviction
et leurs autres qualités rivalisent avec celles des plus
puissantes divinités.
122
Dans le Mahânâmasutta, lorsque Mahânâma lui
demanda dans quel état devait demeurer un
Entré-dans-le-courant, le Seigneur décrivit les six
remémorations en détail :
123 «
Ici, moines, le Disciple immaculé se remémore ainsi le
Tathâgata : "Le Seigneur est Accompli... "A ce
moment, son attention est sans défaut, et libre du désir
dont elle est libérée, dont elle a émergé.
Et "désir", moines, est synonyme des plaisirs des
cinq sens. Certains êtres, moines, se purifient en prenant le
[Tathâgata] comme objet2. » Cette citation du Gedhasutta
se rapporte au Disciple immaculé qui purifie son esprit en se
remémorant le Bouddha, et qui s'élève toujours
plus haut, jusqu'à la pureté de la réalité
ultime.
124 Le
vénérable Kaccana le Grand a dit dans le
Sambâdhokâsasutta :
«
Il est merveilleux, mon ami, il est extraordinaire, mon ami, que le
Seigneur qui sait, qui voit, qui est Accompli et parfait Bouddha, ait
découvert au milieu des encombrements de la vie cette
opportunité qu'ont les êtres de se purifier... et de
voir directement le Dénouement, à savoir les six
remémorations. Lesquelles ? Ici, mon ami, le Disciple immaculé
se remémore le Tathâgata... Certains êtres se
purifient ainsi. »
Cette
citation montre l'opportunité qui n'est donnée qu'à
un Disciple immaculé, parce qu'il connaît la nature de
la réalité ultime.
125
«En quoi consiste Vuposatha immaculé,Visâkha ? Il
consiste,Visâkha, en un nettoyage progressif de l'esprit quand
celui-ci est encore un peu souillé. Et comment, Visâkha,
nettoie-t-on progressivement l'esprit encore un peu souillé ?
Voici, Visâkha : le Disciple immaculé se remémore
le Tathâgata... » L'Uposathasutta montre que Vuposatha
est une pratique très fructueuse pour le Disciple immaculé
qui veut purifier son esprit.
126
«Le convaincu réussit, Mahânâma, non
l'incrédule. Le vigoureux... Le vigilant... Le concentré...
Le sagace réussit, Mahânâma, non l'esprit borné.
Si tu es ferme dans ces cinq choses, Mahânâma, tu pourra
en développer six autres : te remémorer le Tathâgata
: "Le Seigneur est Accompli"... » Cette citation du
Livre des Onze montre les états dans lesquels peut rester le
Disciple immaculé qui a demandé : «S'ils
demeurent dans des états variés, Seigneur, dans quels
états doivent-ils demeurer?»
127
[Tous ces exemples ne mentionnent que des Disciples immaculés.]
Cependant, l'homme ordinaire peut, lui aussi, pratiquer ces
remémorations dès lors qu'il possède les
qualités dont la première est une discipline sans
tache. Car, même s'il ne connaît les qualités du
Bouddha que par ouï-dire, [228] leur remémoration peut le
rasséréner. Cette expérience peut écarter
les obstacles, et la joie profonde qui en résulte lui
permettre de s'exercer à la supravoyance jusqu'à voir
directement l'Accomplissement.
128
Tel fut le cas du confirmé Phussadeva de Katakandhakâra.
On raconte que ce confirmé vit une apparence du Bouddha créée
par Mâra. Il se dit : « Cette apparence est splendide,
même si l'attachement, l'aversion et la confusion la souillent.
Comment le Seigneur, qui est totalement dépourvu
d'attachement, d'aversion et de confusion, pourrait-il ne pas être
splendide ? » Il fut envahi par un ravissement qui prenait
appui sur le Bouddha, il s'exerça à la supravoyance et
atteignit l'Accomplissement.
«
Le Chemin de la Pureté » est destiné à
réjouir les gens de bien.
Son
septième chapitre, qui expose six remémorations comme
des aspects du développement de la concentration,s'achève
ici.


