SE
REMÉMORER LA GRANDEUR DU BOUDDHA
par
Vénérable U Pandita (en
cette vie même : les facteurs d'éveil)
Une
sixième façon de développer l’énergie
consiste à méditer sur la grandeur et les capacités
de celui qui a découvert et enseigné le chemin de la
libération. La grandeur du Bouddha a souvent été
attestée par la Terre-Mère qui trembla à
sept reprises au cours de sa vie : une première fois, au
moment où le Bodhisatta (en sanskrit bodhisattva), le futur
Bouddha fut conçu pour la dernière fois dans une
matrice maternelle ; la terre bougea également lorsque le
prince Siddhârta quitta son palais pour embrasser la vie de
reclus ; lorsqu’il atteignit l’illumination
suprême ; une quatrième fois au moment où le
Bouddha fit son premier sermon ; une cinquième fois
lorsqu’il réussit à vaincre ses opposants ;
une sixième fois lorsqu’il revint du plan céleste
de Tāvatimsa, où il s’était rendu pour
donner à sa mère un enseignement sur l’abhidhamma -
sa mère avait repris naissance dans ce plan. Lorsque le
Bouddha atteignit le parinibbāna au moment de sa mort physique
et qu’il quitta définitivement l’existence
conditionnée, la terre trembla pour la septième fois
Pensez
à l’immense compassion du Bouddha, à la
profondeur de sa sagesse ! Il y a d’ innombrables
histoires qui racontent la patience et la ferveur du bodhisattva tout
au long de son effort, la perfection de ses réalisations et
l’amour avec lequel il servit l’humanité par la
suite. Souvenez-vous que si vous persévérez dans la
pratique, ces magnifiques qualités du Bouddha seront les
vôtres.
Avant
l’illumination parfaite du Bouddha, les êtres se
débattaient dans un brouillard d’illusion et
d’ignorance. Le chemin de la libération n’avait
pas encore été découvert. Les gens marchaient à
tâtons dans l’obscurité. S’ils voulaient se
libérer, il fallait qu’ils s’inventent une méthode
ou qu’ils adhérent aux enseignements ceux qui
prétendaient avoir trouvé la vérité, ce
qui n’était jamais fondé. Le monde offre un vaste
assortiment de méthodes pour atteindre le bonheur. Elles vont
de la pénible mortification à la complaisance illimitée
dans les plaisirs sensoriels.
Le
Vœu de Libérer Tous les Êtres
Lors
d’une de ses existences précédentes, le Bouddha
était un ermite du nom de Sumedha. C’était
l’époque de Dipankara, le bouddha qui a précédé
celui-ci et qui vivait au cycle cosmique précédent.
L’ermite Sumedha vit l’immensité de la souffrance
des êtres qui se débattent dans les ténèbres
en l’absence d’un samma sambuddha, un bouddha pleinement
illuminé. Pour atteindre l’autre rive, ils devaient être
guidés; ils ne pouvaient pas y arriver tout seuls. Cette
vision amena l’ermite à renoncer à sa propre
illumination alors qu’il avait toutes les chances de
l’atteindre dans cette existence. Il fit le vœu de passer
le temps qu’il faudrait, d’incalculables éons
si nécessaire, pour élever ses propres qualités
au niveau d’un samma sambuddha et pouvoir ainsi mener beaucoup
d’êtres à l’émancipation, tout en se
libérant lui-même.
Lorsque
cette longue préparation fut achevée, apparut un être
exceptionnel, extraordinaire ; c’était le Bouddha
actuel. Au moment de la grande illumination, il possédait ce
que l’on appelle « les trois accomplissements » :
l’accomplissement de la cause, l’accomplissement du
résultat et l’accomplissement du service.
Le
Bouddha était accompli en vertu de la cause qui provoqua son
illumination : l’effort qu’il fournit tout au long
de ses nombreuses existences pour mener à maturité ses
pāramis, les forces vives de son esprit. Il y a beaucoup
d’histoires qui racontent la fabuleuse capacité du
bodhisatta à la générosité, à la
compassion et à la vertu. Vies après vies, il se
sacrifia pour les autres. La pureté d’esprit qu’il
développa allait devenir le fondement pour l’illumination
et l’omniscience qu’il réalisa sous l’Arbre
Bo. L’accomplissement du résultat, c’est
précisément cette réalisation puisqu’elle
était le résultat naturel de l’accomplissement de
la cause ; autrement dit, elle était le résultat
du développement en lui de forces très puissantes et
très pures. Le Bouddha détenait également
l’accomplissement du service, étant donné qu’il
avait passé de nombreuses années à aider les
autres par son enseignement. Après son illumination, il ne
s’est pas reposé ; par compassion et amour pour les
êtres qu’il sentait prêts, il se mit en route et
inlassablement partagea le Dhamma avec ceux qui étaient en
état de le recevoir jusqu’au jour de son parinibbāna.
A
réfléchir ainsi aux implications de ces trois grands
accomplissements du Bouddha, vous serez peut-être stimulé
à faire plus d’effort dans votre pratique.
La
Compassion Mène à l’Action
C’est
par compassion que le bodhisatta Sumedha renonça à sa
propre illumination pour faire l’incroyable effort de devenir
un bouddha. C’était sa seule motivation. Lorsqu’il
dirigea son regard extrêmement compatissant vers l’humanité
et qu’ il vit l’immensité de la souffrance des
êtres lorsqu’ils sont mal guidés, il fut ému
et fit le vœu d’accumuler suffisamment de sagesse pour
les guider aussi parfaitement que possible.
La
compassion doit mener à l’action. Et pour que cette
action porte des fruits, il faudra la sagesse. La sagesse permet de
faire la différence entre le bon et le mauvais chemin. Si vous
avez de la compassion mais que vous manquez de sagesse, vous pourriez
faire plus de tort que de bien. D’autre part, si vous êtes
très sage, voire illuminé, mais que vous manquez de
compassion, vous ne lèverez même pas le petit doigt pour
aider les autres.
Le
Bouddha était parfaitement accompli sur ces deux plans :
sagesse et compassion. C’est sa grande commisération
pour la souffrance des êtres qui permit au bodhisatta d’endurer
patiemment son errance dans le samsāra. Aux injures et insultes,
il répondait avec calme et constance. Il est dit que l’
immense compassion du Bouddha dépasse de loin tout l’amour
que les mères de cette planète éprouvent pour
leurs enfants. Les mères ont un grand pouvoir de pardon. Ce
n’est pas facile d’élever des enfants ; ils
peuvent parfois se montrer très cruels et infliger des
souffrances émotionnelles et physiques à leur mère.
Mais celles-ci sont en général toujours prêtes à
leur pardonner même si la blessure est profonde. Chez le
Bouddha, la capacité au pardon était illimité.
C’était une des manifestations de sa grande compassion.
Le
bodhisatta reprit un jour naissance sous forme de singe. Il se
balançait d’arbre en arbre dans la forêt, quand
subitement il remarqua un Brahman au fond d’une crevasse.
Voyant ce pauvre homme sans défense, le singe fut rempli de
compassion. Ce sentiment était très puissant puisque le
bodhisatta avait déjà passé plusieurs existences
à cultiver ce pārami (ou vertu).
Le
bodhisatta qui s’apprêtait à descendre dans la
crevasse pour sauver le Brahman, se demanda s’il aurait la
force de l’en extraire. La sagesse se manifesta en lui. Il
décida de tester ses capacités sur un tronc qui se
trouvait à proximité. L’ayant soupesé, il
constata qu’il était parfaitement capable de sauver
l’homme.
Il
descendit donc dans la crevasse et réussit à en
extraire le prisonnier. Il tomba au sol épuisé, ayant
dû faire un double effort, celui de tester ses capacités
avec la poutre et celui de porter le Brahman. Loin d’être
reconnaissant, celui-ci ramassa une pierre qu’il lança à
la tête du singe, espérant faire de lui son souper.
Revenu de son évanouissement, le singe réalisa qu’il
était proche de la mort, mais il ne se mit pas en colère.
Sa capacité au pardon était en effet arrivée à
maturité. Il se contenta de dire au Brahman « Est-ce
juste de me tuer alors que je t’ai sauvé la vie ? ».
Le
bodhisatta réalisa alors que le Brahman s’était
perdu et qu’il ne serait pas capable de retrouver son chemin
tout seul. La compassion du singe était sans limite. Serrant
les dents, il refusa de mourir tant qu’il n’aurait pas
guidé le Brahman à travers la forêt. Ses
blessures saignaient abondamment et laissaient une traînée
sur le sol ; il guida le Brahman et lorsque ce dernier fut hors
de danger, expira.
Si
le futur Bouddha fit preuve de tant de compassion et de sagesse alors
qu’il n’était qu’un singe, vous pouvez
imaginer l’ampleur de ses paramis lorsqu’il réalisa
l’illumination.
La
Pleine Illumination
Après
d’innombrables existences en tant que bodhisatta, c’est
dans le plan humain que le futur bouddha reprit naissance pour la
dernière fois. Ses pāramis étaient parfaitement
développées et il se mit en quête du chemin de la
libération. Il dut faire plusieurs tentatives avant de
découvrir le noble chemin qui allait lui permettre de réaliser
en profondeur l’impermanence, l’insatisfaction et
l’insubstantialité de tous les phénomènes
conditionnés. Approfondissant sa pratique, il passa
successivement par tous les stades d’illumination pour
finalement devenir un arahant complètement purifié de
toute trace d’avidité, de haine et d’ignorance. En
même que d’autres connaissances propres aux bouddhas,
l’omniscience qu’il s’était efforcé
de cultiver, s’éleva en lui. Elle permet à un
bouddha de voir apparaître spontanément dans son esprit
la réponse à ses questions par le simple fait de se la
poser.
Ayant
réalisé l’illumination, le Bouddha détenait
dorénavant « l’Accomplissement en Vertu
du Fruit du Résultat », pour reprendre l’expression
complète. C’est parce que certaines causes et pré
requis avaient été cultivés et menés à
maturité au cours d’existences précédentes,
que cet accomplissement a pu se produire.
Il
était devenu un Bouddha parfaitement illuminé mais n’en
oublia par pour autant le vœu qu’il avait fait des éons
auparavant lorsqu’il était l’ermite Sumedha. S’il
avait travaillé si dur et si longtemps, c’était
uniquement dans le but d’aider les êtres à
traverser l’océan de souffrances. Maintenant qu’il
était devenu un Bouddha parfaitement illuminé, vous
pouvez imaginer à quel point la puissance et l’efficacité
de sa compassion et de sa sagesse s’étaient amplifiées.
Prenant appui sur ces deux qualités, il commença à
enseigner le Dhamma et le fit pendant quarante-cinq ans, jusqu’à
sa mort. Il ne dormait que deux heures par nuit, consacrant le reste
de son temps à servir le Dhamma, à aider les autres
d’une façon ou d’une autre pour qu’ils
puissent, eux aussi, être heureux et en paix. Arrivé au
terme de sa vie, sur son lit de mort, il donnait encore des
instructions à Subhadda, un reclus d’une autre secte qui
fut le dernier de ses nombreux disciples à réaliser
l’illumination.
Ce
dernier accomplissement découle naturellement des deux
précédents ; son appellation complète est
« Accomplissement de Prise en Charge du Bonheur des
Autres ». Le Bouddha était devenu parfaitement
illuminé et donc entièrement libre des kilesas.
Pourquoi alors resta-t-il dans le monde ? Qu’est-ce qui le
poussait à se mêler aux gens? Il faut comprendre que son
but était de soulager les êtres de leurs souffrances en
leur indiquant le juste chemin. Il témoignait par là de
la plus pure compassion et de la sagesse la plus profonde.
L’extrême
sagesse du Bouddha lui permettait de faire la différence entre
ce qui est bénéfique et ce qui est nuisible. Comment
pourrait-on aider si on n’est pas capable de faire cette
distinction cruciale ? Mais sans compassion, on sera indifférent
au sort des autres même si on a de la sagesse et qu’on
sait ce qui mène au bonheur et ce qui mène à la
misère. C’est ce sentiment très concret de
compassion qui amena le Bouddha à s’occuper des autres
en les encourageant à éviter les actions nuisibles,
génératrices de malheur et de souffrance ; et
c’est la sagesse qui lui donna le discernement, la précision
et l’efficacité dans ses recommandations. La combinaison
de ces deux vertus, compassion et sagesse, en fit un professeur
inégalé.
Le
Bouddha n’était pas animé par des motivations
égoïstes, comme les honneurs, la réputation ou le
succès de foule. Il ne fréquentait pas la société
en homme du monde, mais dans le seul but d’indiquer la voie
juste pour que chacun puisse atteindre l’illumination en
fonction de ses capacités. Il était animé d’une
grande compassion. Lorsqu’il avait terminé ses
enseignements, le Bouddha se retirait dans une partie isolée
de la forêt. Il ne se mélangeait pas à la foule,
il ne restait pas là à badiner librement, comme une
personne ordinaire. Il n’exhibait pas ses élèves
en disant par exemple « Voici mon disciple, le riche
marchand un tel, et ici, le grand professeur un tel. ». Ce
n’est pas facile de vivre en solitaire, de mener une vie de
reclus. Les êtres ordinaires n’apprécient pas
l’isolement total. Mais le Bouddha n’était pas un
être ordinaire.
GÉNÉROSITÉ
par NONNE ARIYA NANI
Lors
de mon second voyage en Australie, en 1991. je suis allée à
Canberra avec mon ami David. En nous promenant dans la zone
piétonnière du sud de Canberra, nous tombâmes sur
une vieille femme qui distribuait des bols de soupe brûlante à
tous les gens qui passaient. Elle nous proposa de la soupe. Nous nous
arrêtâmes et elle remplit deux bols de cette soupe
fumante en la versant d'un grand pot. C'était un délicieux
potage aux légumes, visiblement préparé avec
soin et amour. En mangeant la soupe, je regardais à droite et
à gauche, en cherchant le nom de l'organisation ou du groupe
qui distribuait cette soupe : mais je ne pus trouver aucune
indication. Alors, je demandais à la femme au visage si
aimable pour quel groupe elle travaillait.
Elle
me répondit qu'il n'y avait aucune organisation ni aucun
groupe, mais que c'était son offrande personnelle aux gens
dans le besoin ou à tous les gens qui passaient. Elle
poursuivit en disant que chaque mois, après la réception
de son chèque du gouvernement, elle mettait de côté
ce qui lui restait après avoir dépensé ce qu'il
fallait pour sa propre nourriture, son loyer et ses assurances. "Vous
savez" ajouta t-elle. "les autres femmes dépen-sent
l'argent en surplus pour acheter de jolis vêtements et des
maquillages coûteux, mais je n'ai pas besoin de tout cela. Mon
coeur est plein de joie et je suis très heureuse quand je peux
offrir cette soupe chaque vendredi après-midi". Puis elle
se retourna et emplit un autre bol pour un businessman d'âge
moyen.
Le
mérite obtenu par cette action merveilleuse ne peut pas être
détruit- il ne peut pas être volé ou dérobé.
Ni le feu. ni les torrents de boue, ne peuvent détruire le
mérite acquis. Ce mérite ne peut non plus être
confisqué par les autorités et le gouvernement. Les
voleurs peuvent fouiller toute la maison, même emporter le
coffre-fort, mais ils ne peuvent pas s'emparer de notre mérite.
Dâna
est ce que nous pouvons extraire de nos possessions matérielles,
et ce qui en devient l'essence.
Il y
a. dans ces actes de générosité, une puissance
énorme et leurs résultats positifs peuvent beaucoup
contribuer à notre bonheur, à notre bien-être et
à notre contentement. Très souvent, le Bouddha ouvrait
ses causeries par le sujet du don. car c'est une qualité très
importante sur notre chemin spirituel. C'est la base de tout ce
chemin, c'est la fondation même des pas qui vont suivre.


