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Le
Bouddha a enseigné de voir le corps dans le corps. Qu'est-ce
que cela veut dire ? Nous connaissons tous bien les parties du
corps, comme les cheveux, les ongles, les dents et la peau. Alors
comment « voyons-nous le corps dans le corps » ?
Si nous acceptons que toutes ces choses sont non permanentes,
insatisfaisantes et « sans-moi », c'est ce que
l'on appelle « voir le corps dans le corps ».
Il n'est pas nécessaire d'entrer dans le détail et de
méditer sur les parties séparées. C'est comme
avoir des fruits dans un panier. Si l'on a déjà compté
chaque fruit, on sait ce qu'il y a et, quand il le faut, nous prenons
le panier et l'emportons et chacun des fruits est emporté.
Nous savons que tous les fruits sont là et nous n'avons donc
pas à les compter à nouveau.
Après
avoir médité sur les trente-deux parties du corps et
les avoir connues comme quelque chose d'instable et de non permanent,
nous n'avons plus à nous fatiguer à les séparer
ainsi et à méditer sur elles de façon si
détaillée. Tout comme avec le panier de fruits ;
nous ne devons pas le renverser pour recompter les fruits encore et
encore. Mais nous transportons le panier jusqu'à notre
destination en marchant l'esprit alerte et attentif en prenant bien
soin de ne pas trébucher et tomber. Quand nous voyons le
corps dans le corps, ce qui veut dire que nous voyons le Dhamma dans
le corps, sachant que notre corps et les corps des autres sont des
phénomènes non permanents, nous n'avons plus besoin
d'explications détaillées. Assis ici, nous contrôlons
constamment notre attention, connaissant les choses comme elles sont,
et la méditation devient alors plutôt simple. C'est la
même chose si nous méditions sur Buddho ; si
nous comprenons ce que Buddho est réellement, nous
n'avons pas besoin de répéter le mot « Buddho ».
Il signifie avoir une pleine connaissance et une conscience ferme.
C'est cela la méditation.
La
méditation est encore généralement mal comprise.
Nous pratiquons en groupe, mais souvent nous ne savons pas de quoi il
s'agit. Certains pensent que la méditation est vraiment
difficile à faire. « Je viens au monastère,
mais je ne peux pas m'asseoir. Je n'ai pas beaucoup d'endurance. Mes
jambes me font mal, mon dos me fait souffrir, j'ai des douleurs
partout ». Alors, ils abandonnent (la méditation)
et ne reviennent plus pensant qu'ils ne peuvent pas y arriver. Mais
en fait, samâdhi n'est pas s'asseoir. Samâdhi
n'est pas marcher. Ce n'est pas être allongé ou debout.
S'asseoir, marcher, fermer les yeux, ouvrir les yeux, tout cela sont
seulement des actions. Avoir vos yeux clos ne veut pas dire forcément
que vous êtes en train de pratiquer samâdhi. C'est
peut-être juste parce que vous êtes somnolent ou atone.
Si vous êtes assis avec les yeux clos et que vous êtes en
train de vous endormir, votre tête brinquebalant et votre
bouche ouverte, ce n'est pas être assis en samâdhi.
C'est être assis avec les yeux clos. Samâdhi et
les yeux clos sont deux choses bien séparées. Le vrai
samâdhi peut être pratiqué les yeux ouverts
ou les yeux fermés. Vous pouvez être assis, marcher,
être debout ou allongé.
Samâdhi
signifie l'esprit fermement centré, avec une acuité
d'esprit englobant tout, retenue et prudence. Vous êtes
constamment conscient de ce qui est juste et de ce qui est erroné,
observant constamment toutes les conditions apparaissant dans
l'esprit. Quand il s'élance pour penser à quelque chose
en ayant une disposition d'aversion ou d'envie de quelque chose, vous
en êtes conscient. Certains en sont découragés :
« Je ne peux vraiment pas le faire. Dès que je
m'assieds, mon esprit se met à penser à la maison.
C'est mal. » Dites donc, si seulement ça est mal,
le Bouddha ne serait jamais devenu Bouddha. Il a passé cinq
ans à se démener avec son esprit pensant à sa
maison et sa famille. Ce n'est qu'après six ans qu'il a
atteint l'éveil.
Certains
ont le sentiment que ces soudaines apparitions de pensée sont
erronées ou mauvaises. Vous pouvez avoir une pulsion pour tuer
quelqu'un. Mais vous en êtes conscient dans l'instant suivant,
vous réalisez que tuer est erroné et donc vous arrêtez
et vous vous retenez. Y a-t-il du mal en cela ? Qu'en
pensez-vous ? Ou bien, si l'idée vous vient de voler
quelque chose et que c'est suivi par un rappel que faire cela est
erroné et que donc vous vous retenez d'agir sur cette idée,
est-ce un mauvais kamma ? Ce n'est pas chaque fois que
vous avez une pulsion que vous accumulez instantanément du
mauvais kamma. Si c'était le cas, pourrait-il y avoir
libération ? Les pulsions sont seulement des pulsions.
Les pensées sont seulement des pensées. Tout d'abord,
vous n'avez rien créé jusqu'à présent.
Ensuite, si vous agissez avec le corps, la parole ou l'esprit alors
vous êtes en train de créer quelque chose. L'ignorance
(avijjâ) a pris le contrôle. Si vous avez une
pulsion pour voler, qu'ensuite vous avez conscience de vous-même
et conscience que ce serait erroné, ceci est la sagesse et il
y a alors connaissance (vijjâ) à la place. La
pulsion mentale n'est pas accomplie.
C'est
la conscience au bon moment, la sagesse apparaissant et informant
notre expérience. S'il y a le premier moment mental de vouloir
voler quelque chose et qu'on l'accomplisse ensuite, ceci est le
Dhamma de l'illusion et les actions du corps, de la parole et
de l'esprit qui suivent cette pulsion apporteront des résultats
négatifs. C'est ainsi. Ce n'est pas avoir seulement ces
pensées qui est un kamma négatif. Si nous
n'avons aucune pensée, comment la sagesse se
développera-t-elle ? Certains veulent seulement s'asseoir
avec l'esprit vide. C'est une mauvaise compréhension. Je
parle de samâdhi accompagné par la sagesse. En
fait, le Bouddha n'a pas souhaité beaucoup de samâdhi.
Il ne voulait pas jhâna et samâpatti. Il
voyait samâdhi comme un élément composant
le sentier. Sîla, samâdhi et paññâ
sont des éléments ou des ingrédients, comme les
ingrédients utilisés en cuisine. Les épices que
nous utilisons pour faire la cuisine sont destinées à
rendre la nourriture goûteuse. La fin n'est pas l'épice
en elle même mais la nourriture que nous mangeons. Pratiquer
samâdhi, c'est la même chose. Les Maîtres du
Bouddha, Udaka et Alara, attachaient beaucoup d'importance à
la pratique des jhâna et à l'atteinte de divers
genres de pouvoirs et de clairvoyance. Mais si vous arrivez si loin,
c'est difficile d'en revenir. Dans certains endroits on
enseigne cette tranquillité profonde, être assis
dans le ravissement et la jouissance de la quiétude. Les
méditants alors deviennent intoxiqués par leur samâdhi.
S'ils ont sîla, ils deviennent intoxiqués par
sîla. S'ils marchent sur le sentier, ils deviennent
intoxiqués par le sentier, éblouis par la beauté
et les merveilles dont ils font l'expérience et ils
n'atteignent pas la vraie destination.
Le
Bouddha a dit que c'était une erreur subtile ; c'est
toutefois quelque chose de correct pour ceux qui sont à un
niveau rudimentaire. Mais en fait, ce que le Bouddha voulait c'est
que nous ayons une quantité appropriée de samâdhi
sans en être intoxiqués. Après s'être
entraîné et avoir développé samâdhi,
samâdhi devrait alors développer la
sagesse. Samâdhi, qui est au niveau de samatha,
la tranquillité, est comme l'herbe couvrant un rocher. Dans le
samâdhi qui est sûr et stable quand les yeux sont
ouverts, la sagesse est là. Quand la sagesse est née,
elle englobe et connaît toute chose. Le Maître ne voulait
pas ces niveaux raffinés de concentration et de cessation, car
ils deviennent une diversion et le sentier est oublié. Donc ce
qui est nécessaire, ce n'est pas d'être attaché
au fait de s'asseoir ou à tout autre posture particulière.
Samâdhi ne réside pas dans le fait d'avoir les
yeux fermés ou les yeux ouverts ou d'être assis, debout,
marchant ou allongé. Samâdhi imprègne
toutes les postures et activités.
Les
personnes âgées, qui souvent ne peuvent pas s'asseoir
très bien, peuvent contempler particulièrement bien et
pratiquent samâdhi facilement et elles peuvent
développer beaucoup de sagesse. Comment se fait-il qu'elles
peuvent développer de la sagesse ? Tout les excite. Quand
elles ouvrent les yeux, elles ne voient pas les choses aussi
clairement qu'elles le faisait auparavant. Leurs dents leur donnent
des soucis et elles tombent. Leurs corps est douloureux la plupart du
temps. C'est donc bien là le lieu à étudier.
Donc en fait, la méditation est facile pour les personnes
âgées. La méditation est difficile pour les
personnes jeunes. Leurs dents sont solides et elles peuvent donc
apprécier la nourriture. Elles dorment profondément,
leurs facultés sont intactes et le monde est amusant et
excitant pour elles, elles sont donc largement égarées.
Pour les anciens, quand ils mâchent quelque chose de dur, ils
ont vite mal. Dans l'instant le devadûta leur parle ;
ils reçoivent chaque jour leur enseignement. Quand ils ouvrent
les yeux, leur vue est floue. Le matin leur dos leur fait mal. Le
soir, leurs jambes sont lourdes. Voilà, c'est cela. C'est
vraiment un excellent sujet à étudier... Certains parmi
vous, les anciens, diront que vous ne pouvez pas méditer. Sur
quoi voulez-vous méditer ? De qui apprendrez-vous à
méditer ?
C'est
voir le corps dans le corps et la sensation dans la sensation. Les
voyez-vous ou les fuyez-vous ? Dire que vous ne pouvez pas
pratiquer parce que vous êtes trop vieux est une mauvaise
compréhension. La question est : les choses sont-elles
claires pour vous ? Les personnes âgées pensent
beaucoup, ont beaucoup de sensation, beaucoup d'inconfort et de
douleur. Tout apparaît ! Si elles méditent, elles
peuvent vraiment en donner le témoignage. C'est pourquoi, je
dis que la méditation est facile pour les personnes âgées.
Elles peuvent le faire le mieux. C'est de cette manière que
tout le monde dit : « Quand je serai vieux, j'irai au
monastère ». Si vous comprenez cela, c'est
effectivement vrai. Vous devez le voir en vous. Quand vous vous
asseyez, c'est vrai ; quand vous êtes debout, c'est vrai,
quand vous marchez, c'est vrai. Tout est une corvée, tout
présente des obstacles et tout vous donne un enseignement.
N'est-ce pas exact ? Pouvez-vous, maintenant, simplement vous
lever et vous en aller en marchant très facilement ? Quand
vous vous mettez debout, c'est Aïe ! ou n'avez-vous pas
remarqué ? Et c'est Aïe ! quand vous
marchez. Cela vous aiguillonne.
Quand
vous êtes jeune, vous pouvez simplement vous mettre debout et
marcher, aller où vous voulez. Mais en fait, vous ne savez
rien. Quand vous êtes vieux, chaque fois que vous vous mettez
debout, c'est Aïe ! N'est-ce pas ce que vous dites,
Aïe ! Aïe ! Chaque fois que vous faites un
mouvement, vous apprenez quelque chose. Alors comment pouvez-vous
dire qu'il est difficile de méditer ? Y a-t-il un autre
endroit où chercher ? Tout est correct. Les
devadûta vous disent quelque chose. C'est très
clair : les sankhârâ vous disent qu'ils ne
sont pas stables ou permanents, qu'ils ne sont pas vous et ne vous
appartiennent pas. Ils vous le disent en ce moment même. Mais
nous pensons différemment. Nous ne pensons pas que c'est
correct. Nous soutenons une vue erronée et nos idées
sont loin de la vérité. Alors qu'en fait, les personnes
âgées peuvent voir la non-permanence, la souffrance et
l'absence de moi et permettre l'essor du calme et du désenchantement,
car l'évidence est là en eux tout le temps. Je pense
que c'est bon.
La
sensibilité à l'intérieur de vous toujours
consciente du bien et du mal s'appelle Buddho. Ce n'est pas la
peine de répéter sans cesse « Buddho ».
Vous avez compté les fruits dans votre panier. Chaque fois que
vous vous asseyez, vous n'avez pas à vous donner le mal de
renverser les fruits pour les recompter. Vous pouvez les laisser dans
le panier. Mais quelqu'un avec un attachement erroné comptera
et recomptera. Il s'arrêtera sous un arbre, renversera le
panier et comptera les fruits et les remettra dans le panier. Puis il
marchera jusqu'à son prochain arrêt et recommencera.
Mais il compte toujours les mêmes fruits. C'est de l'avidité
même. Il craint, s'il ne compte pas, qu'il y ait une quelconque
erreur. Nous craignons si nous ne répétons pas sans
cesse « Buddho » de faire une erreur.
Qu'est-ce qu'une erreur ? C'est seulement la personne qui ne
sait pas combien de fruits il y a qui a besoin de compter. Quand vous
savez, vous pouvez vous relaxer et les laisser dans le panier. Quand
vous vous asseyez, vous ne faites que cela. Quand vous êtes
allongé, vous ne faites que ça, parce que vos fruits
sont tous là avec vous.
En
pratiquant la vertu, en créant des mérites nous
disons : « Nibbâna paccayo hotu » :
« que ce soit une condition pour réaliser
Nibbâna ». Pour créer des conditions
pour réaliser Nibbâna, faire des offrandes est
bien. Respecter les préceptes est bien. Pratiquer la
méditation est bien. Écouter l'enseignement du Dhamma
est bien. Qu'elles deviennent des conditions pour réaliser
Nibbâna ! Mais qu'est-ce que le Nibbâna
après tout ? Nibbâna n'est pas empoigner.
Nibbâna n'est pas donner un sens aux choses. Nibbâna
est lâcher prise. Faire des offrandes et effectuer des actions
méritoires, observer les préceptes moraux, méditer
sur la bonté aimante, tout cela a pour but de se débarrasser
des souillures et de l'avidité et rendre l'esprit libre, libre
de l'amour du moi, libre de concept de moi et de soi, ne souhaitant
rien obtenir, ne souhaitant pas être, ou devenir quelque
chose.
« Nibbâna
paccayo hotu » : faites que cela devienne une
source de Nibbâna. Pratiquer la générosité,
c'est abandonner, lâcher prise. Écouter les
enseignements a pour but d'acquérir le savoir pour abandonner
et lâcher prise, pour arracher l'attachement à ce qui
est bon et à ce qui est mauvais. Au début, nous
méditons pour prendre conscience de ce qui est erroné
et mauvais. Quand nous les reconnaissons, nous les abandonnons et
nous pratiquons ce qui est bien. Ensuite, quand un peu de bien est
accompli, ne vous attachez pas à ce bien. Restez à mi
chemin dans le bien et au-dessus du bien - ne vous installez pas dans
ce bien. Si nous sommes dans le bien, alors ce bien nous fait aller
ici et là et nous devenons ses esclaves. Nous sommes les
esclaves et il nous force à créer toute sorte de kamma
et de démérite. Il peut nous conduire vers n'importe
quoi et le résultat sera le même genre de tristesse et
de circonstances malheureuses que nous éprouvions
précédemment. Abandonnez le mal et développez
des mérites ; abandonnez le négatif et développez
ce qui est positif. En développant des mérites restez
au-dessus des mérites. Restez au-dessus des mérites et
des démérites, au-dessus du bien et du mal. Continuez à
pratiquer avec un esprit qui abandonne, qui lâche prise, qui
devient libre.
C'est
la même chose quoi que vous fassiez, si vous le faites dans
l'esprit de lâcher prise, c'est alors une source de réalisation
de Nibbâna. Libre de désir, libre de souillure,
libre d'avidité, alors tout se fond dans le sentier,
signifiant saccadhamma, « noble vérité ».
Ce sont les quatre nobles vérités, avoir la sagesse qui
connaît tanhâ qui est à l'origine de
dukkha. Kama-tanhâ, bhava-tanhâ,
vibhava-tanhâ : elles sont au point de départ,
la source. Si vous allez dans cette direction, si vous désirez
quelque chose ou voulez être quelque chose, vous nourrissez
dukkha, amenant dukkha à exister, car c'est ce
qui donne naissance à dukkha. Ce sont les causes. Si
nous faisons ce qui cause dukkha alors dukkha va
survenir. La cause, le point de départ est tanhâ,
cette avidité inquiète et anxieuse. On devient esclave
du désir et l'on crée toutes sortes de kamma et
de mauvaises actions à cause de ça et donc la
souffrance naît. Pour le dire simplement, dukkha est
l'enfant du désir. Le désir est le parent de dukkha.
Quand il y a des parents, dukkha peut naître. Quand il
n'y a pas de parents, dukkha ne peut pas survenir, il n'y aura
pas de descendants.
C'est
sur ce point que la méditation devrait se concentrer. Nous
devrions voir toutes les formes de tanhâ qui provoquent
en nous des désirs. Mais parler du désir peut prêter
à confusion. Certains en viennent à penser que
n'importe quel désir, comme un désir de nourriture et
des nécessités matérielles de la vie, sont
tanhâ. Quand vous avez faim et que vous désirez
de la nourriture, vous pouvez prendre un repas un point c'est tout.
C'est tout à fait normal. C'est un désir qui est dans
les limites et qui n'a pas de mauvais effets. Ce genre de désir
n'est pas de la sensualité. Si c'est de la sensualité,
cela devient plus que du désir. Il y aura avidité pour
la consommation d'autres choses, une recherche de goûts, une
recherche du plaisir de manières qui provoquent des
difficultés et des ennuis, comme boire de l'alcool et de la
bière.
Des
touristes m'ont parlé d'un endroit où des gens mangent
des cervelles de singes. On met le singe au milieu de la table et
l'on ouvre son crâne. Ensuite on prend la cervelle avec une
cuillère pour la manger. C'est manger comme les démons
et les esprits affamés. Ce n'est pas manger de façon
naturelle et normale. Faire des choses de ce genre et manger ainsi
devient tanhâ. Ils disent que le sang des singes les
rendent forts ou le sang des éléphants. Alors, ils
essayent d'attraper ces animaux et, quand il les mangent, ils boivent
aussi de l'alcool et de la bière. Ceci n'est pas une façon
normale de manger ; c'est de la sensualité. Ils disent
que ça leur donne de l'énergie. Ce n'est pas une façon
naturelle de manger. C'est la façon des esprits et des démons
englués dans l'avidité sensuelle. C'est manger des
braises, manger du feu, manger de tout partout. Cette sorte de désir
est ce que l'on appelle tanhâ. Il n'y a pas de modération.
Parler, penser, s'habiller, tout ce que font ces gens vire à
l'excès. Si nous mangeons, dormons, et si toutes les autres
activités nécessaires sont faites avec mesure, alors il
n'y a pas de mal en elles. Il faut donc que vous soyez conscients de
vous-mêmes par rapport à ces choses et elles ne
deviendront pas une source de souffrance. Si nous savons être
mesurés et économes pour nos besoins, nous pouvons être
confortables.
Pratiquer
la méditation, créer des mérites et la vertu, ne
sont pas vraiment difficiles à faire, si nous les comprenons
bien. Qu'est-ce que mal faire
Le mérite est ce qui est bon et beau, il ne fait pas de mal
aux autres et à nous-mêmes par notre pensée, nos
paroles et nos actions. Alors, il y a du bonheur. Rien de négatif
n'est créé. Le mérite est ainsi. L'habileté
est ainsi.
Il
en est de même, si l'on fait des offrandes et si l'on fait la
charité. Quand nous donnons, qu'essayons-nous de donner ?
Donner a pour but de détruire l'amour du moi, c'est-à-dire
une croyance en un moi ainsi que l'égocentrisme.
L'égocentrisme est une souffrance puissante, extrême.
Les gens égocentriques veulent toujours être mieux que
les autres et avoir plus que les autres. Un exemple simple :
après avoir mangé, ils ne veulent pas faire la
vaisselle. Ils laissent quelqu'un d'autre la faire. S'ils mangent en
groupe, ils laisseront le groupe la faire. Après avoir mangé,
ils s'en vont. Ceci est de l'égocentrisme, c'est ne pas être
responsable et cela met un poids sur les autres. En fait, qu'est-ce
que ça dénote : quelqu'un qui ne prend pas soin de
lui, qui ne s'aide pas et qui ne s'aime pas vraiment. En pratiquant
la générosité, nous essayons de nettoyer nos
coeurs de cette attitude. Ceci est la création de mérite
par le don afin d'avoir un esprit de compassion et d'intérêt
envers tous les êtres vivants sans exception. Si nous autres
pouvons être libérés de cette unique chose,
l'égocentrisme, alors nous avons Bouddha comme Maître.
Il ne cherchait pas à obtenir des choses pour lui, mais
cherchait le bien de tous. Si nous autres avons le sentier et le
fruit s'élevant ainsi dans nos coeurs, nous pouvons
certainement progresser. En se libérant de l'égocentrisme,
toutes les activités des actions vertueuses, la générosité,
les offrandes et la méditation mèneront à la
libération. Quiconque pratique ainsi deviendra libre et ira
au-delà, au-delà de toute convention et apparence.
Les
principes de base de la pratique ne sont pas quelque chose hors de
notre compréhension. En pratiquant la générosité
(par exemple), si nous manquons de sagesse, il n'y aura aucun mérite.
Sans compréhension, nous pensons que la générosité
veut dire simplement donner des choses. « Quand j'ai envie
de donner, je donne. Si j'ai envie de voler quelque chose, je le
vole. Si je me sens généreux, je donne quelque chose ».
C'est comme si l'on avait un baquet plein d'eau. Vous y puisez un
plein seau, puis vous y reversez un plein seau. Puisez à
nouveau, reversez à nouveau, puisez, reversez, quand
aurez-vous vidé le baquet Une
telle pratique peut-elle devenir une cause de réalisation du
Nibbâna Un seau
d'eau retiré, un seau d'eau reversé. Voyez-vous quand
cela va finir ?
Aller
ainsi d'avant en arrière est vatta, le cycle lui-même.
Si nous parlons de vraiment lâcher prise, d'abandonner le bien
comme le mal, il n'y a qu'une façon de retirer. Même
s'il n'y a que très peu de chose, vous le retirez. Vous ne
reversez rien de plus et vous n'arrêtez pas de retirer. Même
si vous n'avez qu'un petit seau, vous faites ce que vous pouvez et
ainsi viendra le moment où le baquet sera vide. Si vous
retirez un seau et reversez un seau, retirez et reversez, quand
verrez-vous un baquet vide ? Ce Dhamma n'est pas
quelque chose de lointain. C'est là même dans le baquet.
Vous pouvez le faire chez vous. Essayez. Pouvez-vous vider un baquet
d'eau ainsi ? Faites-le toute la journée demain et voyez
ce qui se passe.
« Sabba
pâpassa akaranam, kusalassupa sampadâ, sacitta
pariyodapanam » : abandonnant les mauvaises
actions tout d'abord, nous commençons ensuite à
développer le bien. Qu'est-ce que le bien et le méritoire ?
Où est-ce ? C'est comme le poisson dans l'eau, si nous
retirons toute l'eau nous aurons le poisson, c'est une façon
simple de l'exprimer. Si nous retirons l'eau et nous la reversons, le
poisson reste dans le baquet. Si nous ne retirons pas toutes les
formes de mauvaises actions, nous ne verrons pas ce qui est vrai et
juste. Retirer et reverser, retirer et reverser, nous sommes
seulement comme nous étions. En allant en avant et en arrière
ainsi, nous perdons notre temps et, quoi que nous fassions, c'est
vide de sens. Faire des offrandes est vide de sens. Tous nos efforts
pour pratiquer sont vains. Nous ne comprenons pas les principes de la
voie du Bouddha et nos actions ne donnent pas les fruits désirés.
Quand le Bouddha a enseigné à propos de la pratique, il
ne parlait pas seulement de quelque chose pour les gens ordonnés
moines. Il parlait de pratiquer bien, de pratiquer correctement.
Supatipanno
signifie ceux qui pratiquent bien. Ujupatipanno signifie
ceux qui pratiquent directement. Ñayapatipanno
signifie ceux qui pratiquent pour la réalisation du sentier,
du fruit de la pratique et du Nibbâna. Sâmîcipatipanno
sont ceux qui pratiquent correctement (chorp jing : « en
appréciant la vérité »). Ce
pourrait être n'importe qui. C'est le Sangha des vrais
disciples (sâvaka) du Bouddha. Des laïques vivant
chez elles peuvent être sâvaka. Des laïcs
peuvent être sâvaka. Amener ces qualités à
l'épanouissement est ce qui fait de quelqu'un un sâvaka.
On peut être un vrai disciple du Bouddha et réaliser
l'Éveil.
La
plupart d'entre nous, dans la mouvance bouddhiste, n'avons pas une
compréhension aussi complète. Notre connaissance ne va
pas si loin. Nous faisons nos diverses activités en pensant en
général que nous obtiendrons d'elles une sorte de
mérite. Nous pensons qu'écouter les enseignements ou
faire des offrandes est méritoire. C'est ce que l'on nous dit.
Mais quelqu'un qui fait des offrandes pour obtenir des mérites
fabrique du mauvais kamma. Vous ne pouvez pas vraiment
comprendre ceci. Quelqu'un qui donne pour obtenir des mérites
a instantanément accumulé du mauvais kamma. Si
vous donnez afin de lâcher prise et pour libérer
l'esprit, là vous obtenez des mérites. Si vous le
faites pour obtenir quelque chose, c'est du mauvais kamma.
Écouter
les enseignements pour comprendre vraiment la voie du Bouddha est
difficile. Le Dhamma devient difficile à comprendre
parce que la pratique faite par les gens - respecter les préceptes,
s'asseoir en méditation, donner - a pour but d'obtenir quelque
chose en retour. Nous voulons des mérites, nous voulons
quelque chose. Eh bien ! si quelque chose peut être
obtenu alors qui l'obtient ? Nous l'obtenons. Quand c'est perdu,
à qui appartient ce qui est perdu ? La personne qui n'a
rien ne perd rien. Et quand c'est perdu, qui souffre de cette
perte ? Ne pensez-vous pas que vivre votre vie pour obtenir
des choses vous apporte la souffrance ? Sinon vous pouvez
continuer en essayant d'obtenir tout. Et pourtant, si l'on ouvre
complètement l'esprit, alors on gagne tout. Les domaines plus
élevés et le Nibbâna et toutes leurs
réussites. Nous gagnons tout. En faisant des offrandes, nous
n'avons aucun attachement ou but ; l'esprit est spacieux et
détendu. Nous pouvons lâcher prise et déposer le
superflu. C'est comme transporter une bûche en se plaignant
qu'elle est lourde. Si quelqu'un vous dit de la poser vous direz :
« Si je la pose, je n'aurais rien ». Eh bien !
maintenant vous avec quelque chose, vous avez la lourdeur. Mais vous
n'avez pas la légèreté. Voulez-vous la légèreté
ou voulez-vous continuer à porter ? Une personne dit de
poser, l'autre dit être inquiète de ne plus rien avoir.
Elles ne parlent pas de la même chose.
Nous
voulons le bonheur, nous voulons le bien-être, nous voulons la
tranquillité et la paix. Cela veut dire que nous voulons la
légèreté. Nous portons la bûche et
quelqu'un nous voit le faisant et nous dit de la poser. Nous disons
que nous ne pouvons pas car qu'aurions-nous alors ? Mais l'autre
personne nous dit que si nous la posions alors nous pourrions obtenir
quelque chose de mieux. Les deux ont beaucoup de mal à
communiquer.
Si
nous faisons des offrandes et faisons de bonnes actions afin
d'obtenir quelque chose, ça ne marche pas. Ce que nous
obtenons, c'est le devenir et la naissance. Ce n'est pas une cause de
réalisation du Nibbâna. Le Nibbâna
c'est abandonner et lâcher prise. Si nous essayons d'obtenir,
de retenir, de donner un sens aux choses, ce n'est pas une cause de
réalisation du Nibbâna. Le Bouddha voulait que
nous regardions ici, à cette place vide du lâcher prise.
C'est ça le mérite. C'est ça l'habileté. Quand
nous pratiquons n'importe quel mérite ou vertu, quand nous
avons fait cela nous devrions ressentir que nous avons fait notre
part. Nous ne devrions pas poursuivre plus avant. Nous le faisons
dans le but d'abandonner les souillures et l'attachement. Et ensuite
où irons-nous ? Nous n'allons nulle part. Notre pratique
est correcte et vraie.
La
plupart d'entre nous, les bouddhistes, bien que nous suivions des
formes de pratique et d'enseignement, nous avons des difficultés
pour comprendre ce genre de discours. C'est parce que Mâra,
c'est-à-dire l'ignorant, l'avidité, le désir
d'obtenir, d'avoir, d'être, embrume l'esprit. Nous trouvons
seulement un bonheur provisoire. Par exemple, lorsque nous sommes
pleins de haine contre quelqu'un, cela prend possession de nos
esprits et ne nous laisse pas en paix. Nous pensons à la
personne constamment, nous pensons à ce que nous pouvons faire
pour la frapper. Cette pensée ne cesse jamais. Et peut-être
qu'un jour nous avons l'opportunité de nous rendre à sa
maison et de le maudire et de lui dire tout le mal que nous pensons.
Cela fait un peu baisser notre tension. Est-ce que ça met un
terme à nos souillures ? Nous avons trouvé un
moyen de faire retomber la colère et nous nous sentons mieux.
Mais nous ne nous sommes pas débarrassés de la douleur
de la colère, n'est-ce pas ? Il y a un certain bonheur
dans la souillure et l'avidité. Mais c'est ainsi. Nous
continuons à garder la souillure à l'intérieur
de nous et quand les conditions sont propices, elle va rebondir
encore plus forte qu'avant. Nous voudrons alors trouver un nouveau
moyen de la faire redescendre provisoirement. Les souillures
prennent-elles fin un jour de cette façon ?
C'est
un peu comme lorsque l'épouse ou les enfants de quelqu'un
décèdent, ou quand les gens subissent une grosse perte
financière. Ils boivent pour oublier leur peine. Ils vont au
cinéma pour oublier leur peine. Est-ce que ça diminue
leur peine ? La peine en fait augmente ; mais pendant
un moment ils peuvent oublier ce qui s'est passé et ils disent
que c'est un moyen de traiter leur chagrin. C'est comme si vous aviez
une coupure sous le pied qui vous fait souffrir en marchant. Tout ce
qui le touche fait mal et vous boitez constamment en vous plaignant
de la gêne. Mais si vous voyez un tigre venant vers vous, vous
détalerez en courant à toute allure sans penser à
votre coupure. La peur du tigre est bien plus forte que la douleur de
votre pied, c'est donc comme si cette douleur avait disparu. La peur
en a fait quelque chose de minime. Vous pensez avoir des problèmes
au travail ou à la maison qui vous paraissent importants. Et
puis, vous vous saoulez et dans cet état d'ébriété
où les illusions sont plus puissantes, ces problèmes ne
vous préoccupent plus du tout. Vous pensez que vos problèmes
sont résolus et votre malheur a disparu. Mais, quand l'effet
de l'alcool a disparu, vos problèmes précédents
sont de retour. Qu'est-il donc arrivé à votre
solution ? Vous supprimez constamment les problèmes en
buvant et ils reviennent constamment. Vous pouvez finir avec une
cirrhose, mais vous ne vous débarrassez pas des problèmes
et puis un jour vous êtes mort.
Il
y a là un certain réconfort et un certain bonheur.
C'est le bonheur des imbéciles. C'est la façon qu'ont
les imbéciles d'arrêter leur souffrance. Il n'y a pas de
sagesse là-dedans. Ces différentes conditions confuses
sont mélangées dans le coeur qui a une sensation de
bien-être. Si l'esprit est laissé libre de suivre ses
humeurs et ses tendances, il ressent un certain bonheur. Mais ce
bonheur conserve toujours du malheur en lui-même. A chaque
nouvelle éruption, notre souffrance et notre désespoir
seront pires. C'est comme avoir une blessure. Si elle est traitée
en surface mais qu'à l'intérieur elle est toujours
infectée, elle ne guérit pas. Tout à l'air bien
pendant un temps, mais quand l'infection se répand, il faut
commencer à entailler. Si l'infection interne n'est jamais
guérie, on pourra toujours opérer en surface à
répétition, on n'en verra pas la fin. Ce que l'on peut
voir de l'extérieur peut avoir l'air bien pendant un temps
mais, à l'intérieur, c'est la même situation
qu'auparavant. Les affaires du monde sont comme ça. Les
affaires du monde ne sont jamais finies et révolues. Les lois
du monde dans les diverses sociétés sont donc toujours
en évolution. De nouvelles lois sont constamment établies
pour traiter différentes situations et problèmes.
Quelque chose est traité pendant un temps, mais il est
toujours nécessaire d'avoir d'autres lois et d'autres
solutions. Il n'y a jamais de solution interne, seulement des
améliorations de surface. L'infection existe toujours à
l'intérieur et il est donc toujours nécessaire
d'entailler davantage. Les gens sont bons en surface seulement dans
leurs paroles et leur apparence. Leurs paroles sont bonnes et leurs
visages ont l'air gentils mais leurs esprits ne sont pas si bons.
Quand
nous montons dans le train et que nous voyons quelqu'un de
connaissance, nous disons : « Oh ! Quel plaisir
de vous voir ! J'ai beaucoup pensé à vous
dernièrement ! J'envisageais de vous rendre visite ! »
Mais ce sont juste des mots. Nous ne le pensons pas vraiment. Nous
sommes en train d'être bons en surface, mais nous ne sommes pas
bons à l'intérieur. Nous disons les mots mais aussitôt
après une cigarette et une tasse de café avec lui, nous
filons. Et si nous le rencontrons par hasard un jour prochain, nous
redirons les mêmes choses : « Eh ! Quel
plaisir de vous voir ! Comment allez-vous ? J'avais
l'intention d'aller vous voir, mais je n'en ai pas eu le temps ».
C'est ainsi. Les gens sont superficiellement bons, mais en général
ils ne sont pas vraiment bons à l'intérieur.
Le
grand Maître a enseigné le Dhamma et le Vinaya.
C'est complet et ça englobe tout. Rien n'est mieux et rien n'a
à être changé ou amendé, car c'est
l'ultime. C'est complet, c'est donc là que nous pouvons nous
arrêter. Il n'y a rien à ajouter ou retirer parce que
c'est dans sa nature de ne pas être augmenté ou diminué.
C'est juste bien. C'est vrai.
Alors
nous, les bouddhistes, venons entendre l'enseignement du Dhamma
et étudions pour apprendre ces vérités. Si nous
les connaissons, alors nos esprits entreront dans le Dhamma ;
le Dhamma entrera dans nos esprits. Chaque fois que l'esprit
d'une personne entre dans le Dhamma, la personne a le
bien-être, la personne a un esprit en paix. L'esprit a le moyen
de résoudre les difficultés, mais il n'a pas le moyen
de se dégrader. Quand la douleur et la maladie affligent le
corps, l'esprit a plusieurs manières de résoudre la
douleur. Il peut la résoudre naturellement, en comprenant que
c'est naturel et en ne déprimant pas ou en ne craignant pas.
En obtenant quelque chose, nous ne nous égarons pas dans la
joie.
En
perdant quelque chose, nous ne sommes pas démesurément
bouleversés, mais nous comprenons plutôt que la nature
de toute chose est d'apparaître puis de décliner et
disparaître. Avec une telle attitude, nous pouvons nous diriger
dans le monde. Nous sommes lokavidû, connaissant
précisément le monde. Alors samudaya n'est pas
produit et tanhâ n'est pas né. Il y a vijjâ,
la connaissance des choses telles qu'elles sont réellement, et
cela éclaire le monde. Cela illumine la louange et le blâme.
Cela illumine le gain (et la perte). Cela illumine le rang (et la
mauvaise réputation). Cela illumine vraiment la naissance, le
vieillissement, la maladie et la mort dans l'esprit du
pratiquant. C'est quelqu'un qui a atteint le Dhamma. De
telles personnes ne luttent plus avec la vie et ne sont plus
constamment à la recherche de solutions. Elles résolvent
ce qui peut être résolu, agissant de façon
appropriée. C'est ainsi que le Bouddha enseigne : il
enseigna les individus qui pouvaient recevoir cet enseignement. Ceux
qui ne le pouvaient pas, il les écarta et les laissa aller.
Même s'il ne les avait pas écartés, ce sont
eux-mêmes qui s'écartaient, et donc il les abandonna. De
ceci, vous pouvez retirer l'idée que le Bouddha devait manquer
de mettâ pour écarter des gens. Dites donc !
si vous rejetez une mangue pourrie, manquez-vous de mettâ ?
Vous ne pouvez rien faire, c'est tout. Il était totalement
impossible de se faire comprendre de telles personnes. Le Bouddha est
loué comme ayant la sagesse suprême. Il n'a pas
simplement rassemblé tout le monde et tout chose, mis ensemble
dans un magma confus. Il avait la pénétration divine et
pouvait voir clairement toutes choses comme elles sont vraiment. Il
était le connaisseur du monde.
En
tant que connaisseur du monde, il voyait du danger dans la ronde du
samsâra. Pour nous qui sommes ses disciples, c'est la
même chose. Si nous connaissons toutes choses comme elles sont,
cela nous apportera le bien-être. Où sont précisément
ces choses qui font que nous sommes heureux ou que nous souffrons ?
Pensez-y sérieusement. Ce sont seulement des choses que nous
créons nous-mêmes. Chaque fois que nous créons
l'idée que quelque chose est nous ou à nous, c'est
alors que nous souffrons. Les choses peuvent nous apporter un dommage
ou un bienfait selon ce que nous comprenons. Le Bouddha a par
conséquent enseigné de faire attention à
nous-mêmes, à nos propres actions, aux créations
de nos propres esprits. Chaque fois que nous éprouvons un
amour ou une aversion extrêmes pour quelqu'un ou quelque chose,
chaque fois que nous sommes spécialement inquiets, cela nous
conduira à une grande souffrance. Ceci est important, alors
examinez-le attentivement. Examinez ces sentiments d'amour fort ou
d'aversion, et reculez. Si vous vous approchez trop, ils vous
mordront. Entendez-vous ? Si vous attrapez et caressez ces
choses, elles mordent et donnent des ruades. Quand vous donnez de
l'herbe à votre buffle, vous devez faire attention. Si vous
êtes prudent, quand il donne une ruade, il ne vous atteindra
pas. S'il mord, laissez le mordre sa corde. Vous devez le nourrir et
en prendre soin, mais vous devez être assez malin pour le faire
sans être mordu. L'amour pour les enfants, la famille, la
richesse et les possessions peuvent mordre. Comprenez-vous ?
Quand vous le nourrissez, ne vous approchez pas trop. Quand vous lui
donnez de l'eau, ne vous approchez pas trop. Tirez sur la corde quand
nécessaire. Ceci est la voie du Dhamma reconnaissant la
non-permanence, l'insatisfaction et l'absence de moi, reconnaissant
le danger et utilisant la prudence et la retenue de façon
attentive.
Ajahn
Tongrat n'a pas enseigné beaucoup de choses ; il nous
disait toujours : « Soyez vraiment prudent, soyez
vraiment prudent ». Voici comment il enseignait. « Soyez
vraiment prudent ! Si vous n'êtes pas vraiment prudent,
vous prendrez un coup en pleine figure ». C'est vraiment
ainsi. Même s'il ne l'a pas dit ; c'est encore ainsi. Si
vous n'êtes pas vraiment prudent, vous recevrez un coup en
pleine figure. S'il vous plait, comprenez ceci. Ce n'est pas
l'affaire de quelqu'un d'autre. Le problème n'est pas que
d'autres personnes nous aiment ou nous détestent. D'autres,
loin quelque part, ne nous font pas créer du kamma et
de la souffrance. Ce sont à nos possessions, à nos
maisons, à nos familles que nous devons faire attention. Alors
qu'en pensez-vous ?
Dernièrement,
où avez-vous ressenti de la souffrance ? Où
êtes-vous concernés par l'amour, la haine, la peur ?
Contrôlez-vous, prenez soin de vous. Faites bien attention à
ne pas être mordu. S'ils ne mordent pas, ils peuvent ruer. Ne
pensez pas que ces choses ne mordent ou ne ruent pas. Si vous êtes
mordu malgré tout, faites en sorte que ce ne soit qu'un petit
peu. Ne soyez pas roué de coups et couvert de morsures.
N'essayez pas de vous convaincre qu'il n'y a pas de danger. Les
possessions, la richesse, la renommée, les gens aimés,
tout peut ruer et mordre si vous ne faites pas attention. Si vous
faites attention, vous serez à votre aise. Soyez prudent et
mesuré. Quand l'esprit commence à s'accrocher aux
choses et à en faire grand cas, il faut que vous y mettiez un
terme. Il argumentera avec vous, mais il faut être ferme.
Restez au milieu tandis que l'esprit va et vient. Mettez à
part l'indulgence sensuelle d'un côté. Mettez les
tourments personnels à part d'un autre côté.
L'amour d'un côté, la haine de l'autre. Le bonheur d'un
côté, la souffrance de l'autre. Restez au milieu sans
laisser l'esprit aller dans aucune direction.
C'est
comme nos corps. Terre, eau, feu et air ; où est la
personne ? Il n'y a pas de personne. Ces quelques éléments
différents sont assemblés et l'ensemble est appelé
une personne. C'est un mensonge. Ce n'est pas réel, seulement
réel par convention. Quand le moment vient, les éléments
retournent à leur état précédent. Nous ne
restons avec eux que pendant un moment, nous devons les laisser
repartir. La part qui est terre, renvoyée à la terre.
La part qui est eau, renvoyée à l'eau. La part qui est
feu, renvoyée au feu. La part qui est air, renvoyée à
l'air. Allez-vous essayer de les accompagner ou d'en garder un peu ?
Nous en venons à compter sur eux pendant un certain temps.
Quand c'est pour eux le moment de partir, laissez-les partir. Quand
ils viennent laissez-les venir. Tous ces phénomènes
(sabhâva) apparaissent puis disparaissent. C'est tout.
Nous comprenons que toutes ces choses sont en flux constant,
apparaissant et disparaissant.
Faire
des offrandes, écouter les enseignements, pratiquer la
méditation, quoi que nous fassions devrait être fait
dans le but de développer la sagesse. Développer la
sagesse a pour but la libération, être débarrassé
de toutes ces conditions et ces phénomènes. Quand nous
sommes libres, peu importe notre situation, nous n'avons pas à
souffrir. Si nous avons des enfants, nous n'avons pas à
souffrir. C'est comme le lotus dans l'eau. « Je pousse
dans l'eau, mais je ne souffre pas à cause de l'eau. Je ne
peux pas être noyé ou brûlé parce que je
vis dans l'eau ». Quand l'eau baisse et s'écoule,
cela n'affecte pas le lotus. L'eau et le lotus peuvent exister sans
conflit. Ils sont ensemble et pourtant séparés. Ce qui
est dans l'eau nourrit le lotus et l'aide à pousser et à
devenir quelque chose de beau.
Ici
c'est la même chose pour nous. Richesse, maison, famille,
toutes les souillures de l'esprit ne nous souillent plus mais nous
aident plutôt à développer pâramî.
Dans un bosquet de bambous, les vieilles feuilles s'empilent autour
des arbres et, quand la pluie tombe, elles se décomposent et
deviennent de l'engrais. Des pousses sortent et les arbres se
développent à cause de l'engrais et nous avons une
source de nourriture et de revenus. Mais ça n'avait pas du
tout l'air d'être quelque chose de bon. Alors soyez prudents
pendant la saison sèche si vous allumez des feux dans la
forêt, ils brûleront tout le (futur) engrais et l'engrais
deviendra un feu qui brûle le bambou. Et alors, vous n'aurez
pas de pousses de bambou à manger. Si vous brûlez la
forêt, vous brûlez l'engrais du bambou. Si vous brûlez
l'engrais, vous brûlez les arbres et le bosquet
meurt. Comprenez-vous ?
Vous
et vos familles peuvent vivre dans la joie et l'harmonie avec vos
maisons et vos possessions, libérés du danger des
inondations ou des incendies. Si une famille est inondée
ou brûlée, c'est uniquement à cause des membres
de cette famille. C'est exactement comme l'engrais pour les bambous.
Le bosquet peut brûler à cause de cela ou le bosquet
peut pousser magnifiquement à cause de cela. Des choses
croîtront magnifiquement et puis pas magnifiquement et à
nouveau redeviendront magnifiques. Croître et dégénérer
et croître à nouveau et dégénérer à
nouveau, c'est ainsi que fonctionnent les phénomènes du
monde. Si nous connaissons la croissance et la dégénérescence
en tant que telles, nous pouvons y mettre un terme. Les choses
croissent et atteignent leurs limites. Les choses dégénèrent
et atteignent leurs limites. Mais nous restons constants. C'est comme
lorsqu'il y a eu un incendie dans la ville d'Ubon. Les gens se
lamentaient de la destruction et versaient beaucoup de larmes à
ce sujet. Mais les choses ont été reconstruites après
l'incendie et les nouveaux bâtiments sont en fait plus grands
et bien mieux que ce que nous avions précédemment et
les gens profitent plus de la ville maintenant.
Il
en est de même avec les cycles de perte et de développement.
Tout a ses limites. C'est pourquoi le Bouddha voulait que nous
contemplions toujours. Tant que nous sommes en vie, nous devrions
penser à la mort. Ne pensez pas que c'est quelque chose de
lointain. Si vous êtes pauvre, n'essayez pas de nuire aux
autres ou de les exploiter. Faites face à la situation et
travaillez dur pour vous aider vous-même. Si vous êtes
aisé, ne devenez pas amnésique dans votre richesse et
votre confort. Ce n'est pas très difficile pour que tout soit
perdu. Une personne riche peut devenir un miséreux en deux
jours. Un miséreux peut devenir une personne riche. Tout cela
est dû au fait que ces conditions sont non permanentes et
instables. C'est pourquoi le Bouddha dit « Appamâdo
maccuno padam » : « Le manque
d'attention est le chemin de la mort. ». Les inattentifs
sont comme des morts. Ne soyez pas inattentifs. Tous les êtres
et tous les sankhârâ sont instables et non
permanents. Ne formez absolument aucun attachement pour eux. Joyeux
ou triste, progressant ou se désintégrant, en fin de
compte tout arrive au même endroit. De grâce, comprenez
cela.
Vivant
dans le monde en ayant cette perspective, nous pouvons être
débarrassés du danger. Quoi que nous puissions obtenir
ou accomplir dans le monde, à cause de notre bon kamma,
cela appartient toujours au monde et est soumis à la
décrépitude et à la perte, alors n'en soyez pas
trop excités. C'est comme un scarabée grattant la
terre. Il peut accumuler un tas beaucoup plus gros que lui mais ce
n'est jamais qu'un tas de saletés. S'il travaille dur, il fait
un trou profond dans le sol mais ce n'est qu'un trou de saleté.
Si un buffle lâche une bouse là, ce sera plus gros que
le tas de terre du scarabée mais ce n'est toujours pas quelque
chose qui atteint le ciel. Ce n'est que de la saleté. Les
accomplissements dans le monde sont ainsi. Peu importe que le
scarabée travaille très dur, il ne s'occupe que de
saleté, faisant des trous et des tas.
Les
gens qui ont un bon kamma mondain ont l'intelligence pour
réussir dans le monde. Peu importe leur degré de
réussite, ils vivent toujours dans le monde. Tout ce qu'ils
font est de ce monde et a ses limites, comme le scarabée
grattant la terre. Le trou peut aller profond, mais c'est dans la
terre. Le tas peut devenir haut mais ce n'est que de la saleté.
Réussir, obtenir beaucoup, nous ne faisons que réussir
et obtenir beaucoup dans le monde. De grâce, comprenez cela et
essayez de développer le détachement. Si vous n'obtenez
pas beaucoup, ayez quelques satisfactions en sachant que ce n'est que
mondain. Si vous obtenez beaucoup, comprenez que ce n'est que
mondain. Contemplez ces vérités et ne soyez pas
inattentifs. Voyez les deux côtés des choses, ne restez
pas figés sur un côté. Quand quelque chose vous
ravit, gardez une part de vous-même en réserve car ce
ravissement ne durera pas. Quand vous avez de la joie ne basculez pas
complètement de ce côté car très bientôt
vous reviendrez à l'autre côté avec tristesse.
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